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CE QU'IL RESTE DE NOUS

de Cherien Dabis ****(*)

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Allemagne, Chypre, Palestine, États-Unis, Jordanie, Émirats arabes unis...

Avec Saleh Bakri, Cherien Dabis, Mohammad Bakri, Adam Bakri, Muhammad Abed

De 1948 à 2022, sept décennies de la vie d'une famille palestinienne. Et c'est PASSIONNANT.

L'histoire commence en 1988, Noor adolescent intenable court dans les rues de Jaffa avec un ami. Au bout de leur course ils s'intègrent à une manifestation pacifiste violemment réprimée. Une balle est tirée. Nous saurons beaucoup plus tard où cette balle a fini sa course. Des années après, une femme âgée face caméra se confie à un interlocuteur qu'on ne voit pas et assure que pour comprendre Noor, son fils, il faut comprendre son grand-père, Charif.

Retour en arrière en 1948. Charif, sa femme et ses trois enfants vivent dans une maison bourgeoise au coeur d'une orangeraie qui fait la fierté de la famille. Charif exporte ses oranges à travers le monde et considère Jaffa comme le plus bel endroit sur terre où la vie fut douce et facile. Dans cette famille, on récite des poèmes, on chahute avec les enfants, on se raconte des histoires. Mais le plan de partage de la Palestine décrété par l'ONU qui crée l'Etat d'Israël sur les terres palestiniennes (je résume très sommairement) déclenche des exactions, les bombes commencent à tomber. Rarement on aura vu ce que ces fracas permanents occasionnent comme peur, sur les enfants notamment, qui se réveillent en hurlant en pleine nuit, terrorisés.

L'endroit se retrouve rapidement invivable. Des familles, des milliers de personnes sont jetées sur les routes, quittent tout, leur travail, leur domicile, leur pays. Mais Charif reste et envoie sa famille en sécurité avec promesse de les rejoindre. Rien ne se passe comme prévu. Et c'est à travers le destin contrarié de cette famille sur plusieurs générations que la réalisatrice nous conte 70 années de cette histoire insensée qui n'en finit jamais. Se plaçant du côté le plus intime qui soit, elle envisage tous les points de vue et ce qu'endure la famille de vivre exilée dans son propre pays. La répression, l'humiliation d'un père par des soldats complètement crétins devant son fils qui pour le défendre sera désormais considéré par ce fils comme un lâche et un traitre est une scène centrale qui finit par hanter tout le film.

Tout est décrit de façon intime et personnelle au travers de personnages terriblement attachants. Les années ont beau passer, on sait toujours exactement où on en est. L'art de conteuse de la réalisatrice est impressionnant. Jamais on ne se perd parmi les nombreux personnages qui prennent de l'âge.

Rien de didactique ici mais simplement la vie d'une famille aimante qui finit par se retrouver dans un camp de réfugiés, avec des tickets de rationnement pour tout secours mais surtout l'amour comme socle sans faille. Rarement j'ai vu au cinéma autant d'amour circuler entre tous les membres d'une famille. De génération en génération, les couples sont soudés, unis. Les enfants sont au centre des préoccupations. C'est magnifique, romanesque parfois, souvent triste, parfois un peu drôle, avec toujours comme un refrain improbable, l'espoir de jours meilleurs qui ne passeraient pas par un exil à l'étranger. Mais comment faire ? Au fil du temps, des années, des décennies, les séparations, les deuils, les désaccords émaillent ces vies jamais tranquilles, jamais apaisées. Les photos des disparus restent figées sur les murs. Cette famille est l'interprète et la métaphore de tout un peuple qui n'en finit pas de souffrir.

On sort de cette projection assez anéanti mais en même temps rempli d'amour et d'une forme d'espoir, hélas très hypothétique voire naïf, que si l'on écoutait les hommes et les femmes de bonne volonté, les juifs et les arables pourraient partager un même coeur... Il n'est pas interdit de rêver. Ce beau film bouleversant dont les personnages hantent encore quelques jours après la projection nous y invite et nous y encourage.

Le titre original est All that's left of you (Tout ce qui reste de toi), beaucoup plus en accord avec la dernière demi-heure du film dont certains jugent qu'elle sombre dans le pathos (pas moi). Cette grande fresque admirable n'a pour moi aucun défaut. Superbement réalisée, magnifiquement interprétée (notamment par trois membres de la famille Bakri dont le grand-père est mort récemment) et profondément poignante.

Le film se clôt sur une vue de Tel-Aviv-Jaffa avec au fond la vieille ville de Jaffa. C'est très beau.

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