LE CORSET
de Louis Clichy ****
FRANCE
avec (voix) Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin, Alexandre Astier
Le corset est une splendeur d'animation visuelle faite de douces aquarelles et de silhouettes.
Louis Clichy avait co-réalisé les 2 Asterix avec Alexandre Astier et travaillé sur les magnifiques Wall-E et Là-haut. Sur un C.V. cela fait très chic.
Mais la forme n'en est pas sa seule qualité. L'histoire nous embarque pendant plusieurs années sur les pas de Christophe un petit garçon de 10 ans qui penche et qui tombe. La première scène est exceptionnelle de réalisme et de cruauté lors de la traditionnelle et annuelle photo de classe.
Les parents de Christophe, surtout le père, trop préoccupés par l'activité de la ferme de la Beauce qui périclite ne s'intéressent guère au départ à ce qu'ils considèrent comme des simagrées. Le père lance à la mère : "tu crois qu'on a besoin d'un fils qui pousse de travers ?" Jusqu'à ce qu'une grave scoliose soit détectée et l'oblige à porter un corset pendant plusieurs années.
Ce costume barbare et moche n'est guère pratique pour mener la vie de tous les enfants de cet âge. Christophe fait pourtant tout ce qu'il peut pour aider son père, jamais content, à la ferme. Il est sujet à bien des moqueries évidemment mais le corset peut aussi à l'occasion se faire armure aux pouvoirs magiques voire être très utile pour passer innocemment les portiques de sécurité...
Puis Christophe fait la rencontre de Michel (ne faites pas comme moi, ne cherchez pas pendant toute la séance à essayer de deviner la voix du personnage, à vous dire qu'on dirait celle d'Alain Chabat tout en vous disant non ce n'est pas lui... c'est la voix d'Alexandre Astier), le très attentif organiste de l'église qui descelle chez le garçonnet de réels talents pour cet instrument. Il se prend de passion pour cet orgue qui requiert beaucoup d'agilité pour jouer avec les mains sur plusieurs claviers et avec les pieds sur un pédalier. Autant dire qu'au niveau coordination c'est coton. La musique comme exutoire à tous les empêchements, les humiliations, la sévérité hors de proportion d'un père, aux déceptions... c'est beau.
Et c'est là mesdames et messieurs que je sors ma science très récente... la musique est ici intradiégétique c'est-à-dire qu'elle ne sert pas illustrer, provoquer (ou forcer) l'émotion mais fait partie intégrante de l'action telle un personnage. Et je vous garantis que le Requiem de Gabriel Fauré se prête admirablement à cette réelle et forte émotion.
On peut également entendre (savourer ?) l'unique tube (véritable scie musicale et plaisir coupable du père) d'une certaine Stéphanie de Monaco. L'amour a tout emporté !
Christophe fait aussi la rencontre de l'énergique et facétieuse Clara qui l'aidera à échapper aux déconvenues et déceptions de sa vie, d'en découvrir d'autres et de voir que la vie peut être joyeuse et insouciance même si c'est parfois dans la transgression des interdits...
Mais j'en ai déjà trop dit.
Ce beau film tendre, cruel, joyeux et émouvant avec ses personnages si attachants évoque également les relations intra-familiales (la mère, la fratrie sont très présents et importants) et cette nature magnifiée par les couleurs et les dessins (la Beauce s'y prête) est à voir absolument.
