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THE SOCIAL RECKONING

d'Aaron Sorkin ***(*)

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ETATS-UNIS

avec Mikey Madison, Jeremy Allen White, Jeremy Strong

En 2004, Mark Zuckerberg encore geek débutant, étudiant à Harvard, petit génie de l'informatique et amoureux éconduit brutalement créait dans sa chambre et en pyjama, le réseau social Facebook qui s'est appelé pendant deux jours Facemash.

La première intention était la vengeance envers cette fille inélégante. Voyez la délicatesse du gars : "Facemash avait pour but de classer les femmes selon leur physique et les goûts des utilisateurs en utilisant des photos obtenues illégalement du «face book» (trombinoscope) de l'université. Mais cela allait contre les règles de l'institution, ce qui força le site à être fermé. Facemash avait tout de même attiré plus de 450 personnes et 22 000 votes en deux jours"... C'est ainsi que Facemash est devenu Facebook avec des intentions beaucoup plus sympathiques : partager photos, vidéos, statuts et reels avec des proches, retrouver des amis, rejoindre des communautés selon des centres d'intérêts... Le film de David Fincher The social network évoquait la création du réseau social et les procès qui opposèrent rapidement Zuckerberg à ses "amis" et co-fondateurs. Aaron Sorkin co-scénariste à l'époque, se charge tout seul comme un grand aujourd'hui de la réalisation de cette enquête en forme de pseudo suite. 

22 ans plus tard et 16 ans après le 1er film, où en sommes-nous ? Je vous fais grâce de toutes les fonctionnalités qui ont été développées depuis (messageries, appels, applications...). L'entreprise est cotée en Bourse et a permis à Mark Zuckerberg d'être en possession en 2026 d'une fortune personnelle estimée à environ 230,7 milliards de dollars (plus du double de l'estimation de... 2023). Pour le reste, les critiques, les controverses et les méfaits et dommages causés par le réseau, le film tente de les mettre en lumière. Et je dois reconnaître qu'il est pratiquement impossible d'en résumer les dégâts manifestement irréversibles au niveau mondial. Pour faire vite, la montée des partis d'extrême droite à travers le monde proviendrait de l'influence des réseaux.

En 2021, le Wall Street journal a publié des articles qui révélait ces dégâts. Il est d'ailleurs étrange que le film revienne sur ce cas de lanceurs d'alertes qui n'a eu absolument aucun effet. Le film démontre qu'il est clairement trop tard. Néanmoins, il est passionnant et arrive à ce constat alarmant (je ne suis pas absolument certaine des chiffres énoncés dans le film mais au moins à 87 %) : 47 % des adultes s'informe(rai)ent exclusivement sur Facebook (inondé de fake news) et 64 % se trouve(rai)ent systématiquement dirigés en quelques clics vers des contenus d'extrême droite, complotistes ou négationnistes.

Pour parvenir aux résultats de cette enquête, le journaliste du Wall Street journal Jeff Horwitz (Jeremy Allen White, un peu fade), complètement novice en matière de techniques informatiques et internautiques, incapable de faire fonctionner un GPS, a rencontré Frances Haugen. La jeune femme est une employée modèle et investie dans un travail qu'elle adore. Elle est une ingénieure scientifique et travaille dans l'entreprise... Facebook. Un soir elle découvre la publication d'une de ses connaissances qui dans une vidéo se montre complètement radicalisée alors qu'elle l'a connue particulièrement modérée. C'est en cherchant à savoir comment cette jeune femme est parvenue à se transformer en furie complotiste que Frances découvre les ravages causés par les algorithmes sachant que la majorité des "gens" préfèrent cliquer sur des contenus rageurs (que sur des vidéos de chatons). Le fameux "partage de contenus" survenus il y a quelques années n'a fait qu'accentuer les nuisances. Idéaliste et persuadée que l'entreprise où elle travaille n'est animée que des meilleures intentions, Frances se montre d'abord réticente à partager ce qu'elle sait et encore moins des documents avec le journaliste. Peu à peu ses découvertes vont faire vaciller ses certitudes.

L'histoire s'inspire donc de "The Facebook Files" du Wall Street Journal, une série d'articles publiés en octobre 2021 par Jeff Horowitz et ce genre de film à la manière des Hommes du président (même s'il ne lui est pas vraiment comparable, notamment dans ses effets) est vraiment passionnant. Entrer dans les mystères de la Meta platforms inc. une des plus puissantes GAFAM (Google, Apple, Amazon, Microsoft) fait froid dans le dos. On peut enquêter, accumuler les preuves, démonter les mécanismes, mettre au jour les responsabilités, rien ne change.

Aaron Sorkin s'attaque aux dérives des réseaux sociaux et à leur pouvoir dévastateur. La menace n'est pas abstraite pas plus qu'une dystopie lointaine. C'est notre quotidien. Et c'est ainsi que le film devient effrayant. Aussi nécessaire soit-elle, l'enquête semble dérisoire face à l'ampleur du problème. Le constat est désespérant. Nous savons et nous continuons à cliquer, scroller et à alimenter la machine.

Mikey Madison (la révélation de Anora) est très bien en enquêtrice qui se fait lanceuse d'alerte. Et Jeremy Strong est glacial. Presque désincarné. Son interprétation met mal à l'aise. Il est froid, exclusivement animé par le profit. Aucune émotion ne peut atteindre cet homme. Il terrorise tout son entourage par sa seule présence.

Jesse Heisenberg qui interprétait le rôle de Zuckerberg aurait refusé de reprendre le rôle ne voulant plus rien à avoir à faire avec ce personnage, cet homme. On le comprend. Il est terrifiant.

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