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Stella de Sylvie Verheyde ****

Stella - Léora Barbara

Stella - Guillaume Depardieu

Stella ou comment devenir grande quand on est une petite fille de 12 ans entourée d’adultes paumés qui vous regardent sans vous voir ? Malgré tout, Stella pousse tant bien que mal, un peu comme une herbe folle, pleine de doutes, de peurs et de violence. Elle intègre un collège du XVIème arrondissement où elle décide de baisser la tête pour ne pas se faire remarquer par tous les jeunes de son âge nantis qui se moquent de son allure, de ses vêtements. Elle vit avec ses parents débordés, dépassés mais affectueux, dans un troquet qui semble accueillir tout ce que Paris fait de marginaux, alcoolos, petits truands, clodos, chômeurs. Le soir on y chante, on y danse, on y boit encore et encore. Dès que Stella rentre de l’école, elle oublie son cartable jusqu’au lendemain où elle ne peut que constater qu’elle ne comprend rien à ce qui se passe en classe et évidemment qu’elle n’a jamais fait ses devoirs. Par contre, le poker, le billard, le flipper et la télé, elle connaît. Ainsi que les chansons de Sheila, Eddy Mitchell ou Daniel Guichard. Et puis un jour elle sympathise avec Gladys qui va devenir sa meilleure amie. Elève douée, fille de psychiatre Gladys fait découvrir la lecture à Stella dont la mère s’étonne qu’elle puisse lire des livres qui ne sont pas imposés par les profs. Stella va se prendre de passion pour Cocteau, Balzac, Duras : « je lis, je ne peux plus m’arrêter de lire » et découvrir les douces chansons pleines de rage de Bernard Lavillier qui parlent si bien d’elle.

Je reconnais qu’en tout premier lieu je suis allée voir ce film sans rien en savoir, juste parce qu’il y avait Guillaume Depardieu au générique. C’est évidemment un crève-cœur de le revoir et même difficile de retenir ses larmes car il y est plus que jamais tendre, calme et d’une infinie douceur. Être l’ami, un peu le Prince Charmant dont Stella rêve lui va forcément à merveille car dès qu’il est en présence d’enfants tout le charme, la gentillesse, la délicatesse dont il était capable semblent plus que jamais déferler sur l’écran. C’est également frustrant car son rôle, même s’il est capital pour l’épanouissement de Stella, est secondaire. Et puis en un long gros plan fixe sur son visage de plus en plus balafré, son énigmatique et insaisissable tristesse envahit l’écran. Inconsolable à jamais.

Stella, c’est une petite actrice Léora Barbara, absolument saisissante de justesse, de rage contenue et de volonté. Jamais elle ne minaude ou n’agace mais toujours elle surprend. Lucide au point de s’apercevoir sans presque l’aide de personne, que c’est seule qu’elle s’en sortira. La réalisatrice suit son évolution sur une année scolaire, véritable parcours du combattant, pour elle plus que pour d’autres, à une époque (les années 70) où les profs ne s’embarassaient pas de psychologie, où les mauvais élèves étaient humiliés devant toute la classe et renvoyés à leur condition de cancres. Jusqu’à ce qu’un prof étonnamment plus attentif que d’autres (formidable Christophe Bourseiller qui a bien joué les cancres dans sa jeunesse…) s’aperçoive lors d’un exercice d’une belle finesse que Stella est vibrante, intelligente, réfléchie et hyper sensible. C’est très beau. Tout d’ailleurs est très beau et très dur dans ce film d’une pertinence et d’une authenticité sidérantes. Il ne s’agit pas tant de la reconstitution une nouvelle fois parfaite d’une époque mais de tout un ensemble qui fera que tous ceux qui étaient adolescents à cette époque vont se retrouver immanquablement en Stella car tout y est juste et finement observé. Si les fillettes de l’époque accrochaient des photos d’Alain Delon dans leur chambre et passaient de longues heures alanguies ou révoltées à écouter des 33 tours, le culte du physique et la dictature de l’apparence n’étaient pas encore d’actualité, il fallait s’occuper, faire ses devoirs, montrer son bulletin aux parents qui ne s’occupaient pas de vous aider mais se contentaient de vous dire de travailler « c’est pour toi que je dis ça ! » et bien souvent comme Stella comprendre toute seule quels adultes étaient dignes de confiance et ceux dont il fallait se méfier.

Cette histoire et ce film sont à la fois bouleversants et plein d’espoir et le casting est étourdissant d’authenticité, empli d’acteurs aux rôles souvent border line. Je n’ajouterai rien à la prestation sans artifice de Guillaume Depardieu. Benjamin Biolay au bord du précipice mais affectueux avec sa fille est magnifique, Karole Rocher est une mère aimante, un peu vulgaire mais touchante parce que totalement perdue et malheureuse. Tous les autres sont dans le ton et la petite Léora Barbara est extraordinaire.

Et bravo mille fois à Sylvie Verheyde pour ce film fort, bouleversant, sincère.

Précipitez-vous !

Commentaires

  • Quel enthousiasme! Ca me donne envie d'y aller! Sans toi, je serais certainement passée à côté...:-)

  • C'est sûr que ce n'est pas l'affiche et le titre qui peuvent attirer l'attention et comme je ne vois rien à la télé, je ne sais quelle promo en est faite. En tout cas, ne le rate pas. C'est une splendeur délicate et jamais mièvre. En plus le scénario a obtenu un prix du meilleur scénario je ne sais plus où.
    Incontournable en ce qui me concerne.

  • Et puis je sais comment t'attirer...
    les photos de Tancrède au mur de la chambre de Stella sont de toute beauté :-)
    J'ai même failli ajouter qu'il y avait Johan Libereau : distributeur de bisous à Cabourg et complimenteur des cheveux longs des filles...

  • Tu n'as pas vu "Chateau en Suede" hier soir sur Arte ? Guillaume y est ... excellent... bon bah oui comme toujours, mais c'est comme ça avec lui, jamais déçu !

    PS : j'ai réussi à avoir le net chez mes ancêtres, alors plus d'excuses pour moi maintenant.

  • Bien sûr que je l'ai vu ce Chateau zarbi. Géraldine est mauvaise comme d'hab' mais lui sublime en dandy chic décadent... Et quand il répète, murmure, ronchonne, fredonne "qu'est-ce que je peux faire, j'sais pas quoi faire ?"... j'ai encore craqué.

    Non : PLUS D EXCUSES ! Et n'oublie pas d'aller voir Stella c't'aprèm'.

  • 13 h 35 ou 20 h 15 pour Stella !

  • Comme tu as raison...
    J'en ai même oublié les petites erreurs de reconstitution qui, d'habitude, me gâchent le plaisir (des numéros de téléphone à 10 chiffres sur les enseignes, des bouquins de Douglas Kennedy à la librairie...). C'est très beau.

  • J'ai raison ????
    Tu repasseras quand tu auras cuvé !
    En tout cas, Robbie, (tu permets que je t'appelle Robbie ?) t'es fort au jeux des sept zerreurs !

  • @ Pascale: Tu as trouvé l'argument pour achever de me convaincre: je ne dirai pas lequel! Et maintenant tu files voir "Two lovers"! J'ai hâte de lire ta critique (et je la redoute un peu quand même, cf Vicky).

  • Comment ??? Ce n'est pas encore fait ???
    Quant à l'argument, tout le monde sait que tu as l'intégrale de Daniel Guichard.
    "Two lovers" est MA priorité pour jeudi. Si je suis déçue "j'arrête" le ciné. Mais avec Ouakim et Djèmz, même pas peur !

  • Je n'ai pas encore eu le temps m'dame, j'espère qu'il sera encore à l'affiche en fin de semaine. Tu te trompes de Daniel.:-) et celui-là ne chante pas... (enfin, je ne crois pas)
    Comment ça jeudi? Mercredi!! Je me demande si je ne vais pas y retourner... Ouakim y est exceptionnel! Un Oscar sinon rien.

  • Cohn Bendit n'est pas évoqué dans ce film ???
    Jeudi parce que mercredi : journée hardos j'te ferai dire !
    L'oscar pour Ouakim à vie, je suis pour !

  • Cuila, il faut que j'aille le voir, je suis sure que je vais adorer ;-)

  • Belle reconstitution des années 70. Violence sourde.

  • T'es un peu trop sobre. J'ai trouvé ce film admirable ! Et enfin une ado (ou pré-ado) de cinéma qui semble avoir une vie à l'intérieur !

    Et Guillaume...

  • ...bon, c'est bien tard, je sais, mais je viens de le voir... Guillaume, même avec un rôle minime, m'a anéanti... la petite Stella, il y a beaucoup de ma Lily dans le regard, et dans ses expressions... actrice en devenir (j'espere) superbe film, très bonne BO, et puis Biolay, excellent, mais ça, j'en doute plus depuis son album "Négatif"... il ferait vigneron, j'acheterai son vin !

  • et jle boira, hein ! j'le boira !

    Putain Guillaume, MERDE !

  • Vieux motard, tu le sais !
    Guillaume en Prince Charmant trash... c'était idéal. Quelle douceur avec les enfants c'est fou.
    Faut que j'y achète aussi et Two Lovers too :-)))
    (j'ai pas répondu je faisais baby-sitting : miam !)

    Oui c'est vrai Stella et ta Lily, y'a d'ça !

  • moi j'ai vue le film et je peux vous dire que c'est super

  • Vieux motard comme tu dis ... 2008, quand même , hein ... mais je viens de regarder ce film ce soir sur Arte (et je me souvenais que tu en avais fait un billet positif que je me suis empressée de rechercher après) et j'ai été foudroyée ! J'en suis encore toute retournée !!! Des échos personnels bien sûr (j'ai fait ma 6ème dans une école privée de l'île St Louis alors que ce n'était pas mon "milieu naturel") mes parents venaient de divorcer, un peu larguée, j'allais dormir chez des copines dont l'environnement me paraissait très "exotique",j'ai même passé une soirée chez une copine dont les parents tenaient un café, tiens mais ... peu importe ... quelle justesse, quelle délicatesse dans ce film, toujours en équilibre sur un fil ténu ... un état de grâce de ceux qu'il vaut mieux ne pas trop chercher à expliquer peut-être (j'ai moi aussi noté quelques anachronismes mais à ce stade là, qu'importe ...) un de ceux qui touchent en plein coeur , oui ! J'ai envie de le signaler sur mon blog mais sans avoir forcément envie de trop développer personnellement , m'autorises-tu à renvoyer sut ton billet, qui me paraît parfait ?

  • Tu fais ce que tu veux avec ce billet, soit tu renvoies, soit tu le copies colles pour chez toi. Je ne suis pas regardante voyons.
    Du coup j'ai relu. Evidemment ce n'est pas parfait mais merci, en tout cas, ça donne fichtrement envie de le revoir ce film.
    Que j'aimais Guillaume !

  • Naaaan , je copie/colle pas, je renvoie of course ... avec tous mes remerciements ! ;-)
    Ayé, c'est en ligne chez moi...

  • Moi aussi je me souviens des étoiles et de m'être dit que j'aurais dû aller le voir ce film, mais en 2008 je ne devais pas avoir un emploi du temps qui me laisse comme cette année aller une fois par semaine au ciné, avec en plus un cours de peinture, un autre de qi gong, et en plus des soirées télé pas si mal.
    C'est vrai ce n'est pas seulement le portrait d'une époque, d'ailleurs, peut-être exprès, elle y a mis des chansons sorties bien après 1977. Mais en 1977 l'école était bien comme ça, et je sens parfois que certains collègues regrettent qu'elle ne le soit plus. (Bourseiller, au début, il n'est pas plus fin que les autres ! Quant à la prof d'anglais, j'en ai eu une exactement comme ça en 1973 en seconde)

  • Oui, ça rappelle plein de choses. Elle était bien comme ça notre vieille école !

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