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festival international du 1er film d'annonay 2009

  • FESTIVAL INTERNATIONAL DU PREMIER FILM - ANNONAY 2009 (les films de la compétition, suite)

    THE SHAFT de Zhang Chi ****

    Chine.

     

    Dans un petit village de la Chine Occidentale un mineur vieillissant s’approche de la retraite. Avec la modeste somme qui lui est allouée après 40 ans d’un travail accablant, il part à la recherche de sa femme disparue. Sa fille amoureuse fera un mariage de raison pour sortir de sa condition toute tracée d’ouvrière et son fils fait l’école buissonnière et rêve de devenir chanteur.

    Par ce film tout en finesse, en douceur et en subtilité, le réalisateur s’applique à démontrer la diversité de la Chine et surtout l’écart phénoménal entre le développement prodigieux de l’ouest et le sud quasi sous-développé. Pour avoir passé trois mois en compagnie de ces mineurs aux conditions de travail moyen-âgeuses et à la pauvreté écrasante il peut affirmer que tous, sans exception n’ont qu’une idée en tête : PARTIR, s’enfuir. Pour les jeunes, le choix est restreint. S’ils réussissent dans leurs études ils tentent d’intégrer les prestigieuses écoles de Pékin dans lesquelles il semble vraiment difficile d’entrer. Les filles peuvent espérer se marier avec un « beau parti » pour échapper à cette vie de misère. Ce sera le cas ici où la fille du mineur épousera un homme manifestement beaucoup plus âgé. Elle fondera une famille, totalement résignée à son sort.

    Toujours reliés au reste du monde par l’écran de télévision, les personnages voient leurs rêves s’écraser un à un face aux réalités, à l’adversité et au manque de moyens. Pour le fils, c’est par une participation à un karaoké dans une scène à la fois burlesque et bouleversante qu’il verra son rêve s’effondrer. Quant au père, on le verra partir et le plan qui l’accompagne est d’une beauté saisissante, symbolique des méandres qu’emprunte parfois la vie d’un homme.

    Aucun misérabilisme ni tentative d’apitoiement sur le sort des personnages et la monotonie de leur quotidien ne sont à déplorer ici. C’est au contraire avec une grande intelligence, beaucoup de délicatesse, d’élégance et des images superbes plus évocatrices que bien des discours que Zhang Shi raconte les désillusions de cette famille.

     

    Le réalisateur a mis 5 ans à financer son film, hypothéquant son appartement pour y parvenir. En Chine, seuls rois réalisateurs sont connus et obtiennent des financements. C’est aussi grâce à sa participation dans un film qui a obtenu un prix qu’il a pu réaliser celui-ci. Heureusement.

     

     

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    CONTINENTAL, UN FILM SANS FUSIL de Stéphane Lafleur***

    Québec

    Il fait nuit, un homme descend d’un bus et s’enfonce dans une forêt. On ne le reverra plus. Sa femme s’inquiètera de sa disparition auprès de la police qui lui rira plus ou moins au nez. Un homme démarre un nouveau travail d’agent d’assurances et peine à trouver des arguments pour placer des contrats. Loin de chez lui, il devra également soutenir par téléphone interposé une grande scène de ménage avec sa femme qui lui reproche son absence. Une jeune femme travaille de nuit à la réception d’un hôtel, elle rêve d’avoir un enfant mais ne trouve pas le père convenable. Un homme d’une soixantaine d’années accro aux jeux a été quitté par sa femme, il tente de la reconquérir mais avant souhaite s’offrir un nouveau sourire grâce à une chirurgie dentaire.

    Nous suivons pendant 1 heure 45 le destin sans beaucoup de joie de ces héros ordinaires. Le premier talent du réalisateur est de n’en perdre aucun en route, de les coller au plus près, de faire qu’on s’y attache et de parfois un court instant faire croiser leurs chemins. Le film est moins mystérieux et énigmatique que son beau titre, mais c’est effectivement un film sans fusil où les personnages accablés de solitude sans l’exprimer jamais vraiment, semblent ne même plus avoir la force et l’énergie nécessaires pour hurler l’amour dont ils sont emplis. L’humanité, la compassion et l’empathie s’échappent de chaque scène sans qu’à aucun moment on ne soit tenté de céder à un sentiment plus mesquin telle que la pitié. C’est l’autre grand miracle de ce film de faire de ces êtres touchants et vulnérables des hommes et des femmes qu’on aime sans les plaindre, qu’on aimerait aider ou prendre dans les bras. Un film qui révèle sa propre part d’humanité. Le dernier prodige et pas le plus négligeable de Stéphane Lafleur est évidemment de nous faire rire franchement aux déboires, au parcours de ces anti-héros « ben » ordinaires. On rit effectivement beaucoup sans se moquer car chacun peut se retrouver et reconnaître les petites tentatives ridicules que l’on déploie parfois pour être aimé. Les 4 acteurs/héros principaux n’ont pas leur pareil pour passer du tragique au comique dans la même scène avec ces petits riens burlesques, bizarres ou absurdes qui rendent la vie plus supportable parfois.

    Une belle part de vie, d’humour et d’humanité pour un beau film empli de douloureuse solitude.

    L’acteur canadien Gilbert Sicotte (il jouait dans « Mesrine : l’instinct de mort ») était présent et reconnaît que le fait de jouer dans des premiers films fait toujours évoluer un acteur.

    Voir des premiers films est aussi une expérience qui fait redécouvrir le cinéma parfois, encore et encore. Merci.

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