Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LA FRACTURE

de Catherine Corsini ****

2904334.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

avec Valeria Bruni Tedeschi, Marina Foïs, Pio Marmaï, Aïssatou Diallo Sagna, Jean-Louis Coulloc'h

Une nuit aux urgences d'un hôpital parisien pendant et après une manifestation des gilets jaunes.

En quelques instants nous faisons la connaissance de Raf et Julie, couple en crise. Julie n'en peut plus des exigences, de l'égoïsme et du caractère possessif et envahissant de Raf. Elle est bien décidée à la quitter mais Raf tombe lourdement dans la rue (en suivant Julie) et se retrouve aux urgences. Dans le même temps, Yann, routier en colère qui participe à une manif de gilets jaunes, provoque de façon pacifiste (et drôle) des CRS qui finissent par charger et le blessent à la jambe. A l'hôpital on découvre l'infirmière Kim (Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante dans la vraie vie) qui enchaîne sa 6ème nuit de garde consécutive avec dévouement voire dévotion.

Pour une fois les superlatifs indiqués sur l'affiche sont justifiés. En tout cas je les partage. Pourtant je n'y croyais pas plus que ça. Les films militants me paraissent souvent un peu lourds et surtout il y a des réalisateurs (Jacques Audiard si tu m'entends : TAIS TOI !) qui ne sont pas les meilleurs ambassadeurs pour "vendre" leurs films lors des interviews. Catherine Corsini fait partie de ceux-là. Sans mettre en doute un seul instant la générosité et la sincérité du propos évidemment. Malgré cela, je suis allée en salle et j'ai bien fait. Ce film m'a mise KO. La tension croissante de cette nuit cauchemardesque m'a littéralement prise aux tripes. A aucun moment l'intérêt, l'attention et la tension ne retombent et c'est un véritable exploit.

Il y a quelques scènes d'une puissance rare qui se vivent quasiment en apnée par leur réalisme et la qualité de la réalisation. L'immersion totale au coeur de la manif du début est impressionnante voire éprouvante. Si la réalisatrice prend clairement le parti des manifestants, la violence surgit dans la confusion la plus totale et on a vraiment l'impression d'être au coeur d'une scène de guerre. Plus tard, la réanimation et le massage cardiaque d'un patient est un autre moment fort d'une rare intensité. Et le moment où l'hôpital est pris d'assaut de nuit par les manifestants chargés une fois encore par les CRS, qui cherchent à se réfugier est d'une précision incroyable malgré la confusion. Les soignants se voient contraints de réagir pour protéger les patients et se protéger des gaz lacrymogènes. Un infirmier dira à ce moment : "obligés de fermer les urgences d'un hôpital, c'est le comble !" Catherine Corsini, caméra à l'épaule (qui ne tremble pas) réussit ces scènes d'une grande violence avec beaucoup de maîtrise. C'est vraiment impressionnant.

Mais au-delà des scènes de chaos qui surgissent, il y a les moments où l'on observe l'hôpital d'une vétusté incroyable, en manque de moyens, de personnels et ces urgences pleines à craquer où on priorise les cas suivant la gravité apparente des blessures ou de l'état du patient. Mais l'on peut aussi oublier dans un coin, sur un brancard, une vieille dame mourante, silencieuse et complètement perdue.

Et de tout ce tumulte ambiant finit par surgir un humour dévastateur que l'on doit au trio d'acteurs dans une forme internationale. Mention spéciale à Valeria Bruni Tedeschi, absolument irrésistible dans le rôle de l'amoureuse qui pleure, souffre, hurle, tombe et retombe de son brancard. J'ai souvent tendance à la trouver hystérique. Ici, elle est vraiment drôle. Et la rencontre de cette bourgeoise avec le prolo de service rageusement interprété par Pio Marmaï est assez savoureuse. Chacun a des idées et des préjugés bien ancrés sur la classe sociale de l'autre. Ils n'iront certes pas jusqu'à une réconciliation mais une forme d'apaisement. Yann le routier refuse tout antalgique car bien que sa jambe soit en bouillie, il veut reprendre la route pour assurer ses livraisons et ne pas perdre son emploi. Quant à Julie, c'est une amoureuse déterminée à ne plus subir le despotisme envahissant de sa compagne. Marina Foïs a remisé sa blouse de bouchère pour jouer les bobos parisiennes. Elle commencera par snober un ancien camarade de lycée (Jean-Marie Coulloc'h, si rare et tellement excellent) pour finalement accepter et reconnaître autour d'un café quel mec bien et plus que fréquentable il est.

Alors évidemment on peut se plaindre de la multitude d'événements qui surgissent au cours de cette longue nuit (l'enfant malade de l'infirmière, la prise d'otage, l'accouchement etc...), certains sans doute invraisemblables, du manque de subtilité de certains personnages trop "chargés" et j'en passe. Catherine Corsini a sans doute voulu faire un tour d'horizon de toutes les fractures actuelles mais je crois qu'il y a des moments forts dans la vie qui font basculer certaines certitudes et puis filmées et interprétées de cette façon ce fut pour moi un régal de chaque instant et j'en redemande. Je trouve ce film efficace et qu'il mélange habilement comédie et drame social. Une rareté.

Commentaires

  • Je n'ai pas le smiley qui lève les yeux au ciel... Parfois ce n'est pas drôle.

  • Je vais au cinéma ( plus beaucoup d'ailleurs ) pour rêver, m'évader, voir des trucs qui sortent de l'ordinaire, pas pour me retaper la vie et son quotidien, le ciné social, agricole, d'entreprise, des banlieues etc.. ne m'intéresse pas.
    Pour en revenir au casting de 'la Fracture', les 3 têtes de gondoles me donnent des boutons pour ne pas dire plus, et pour le coup je devrais aller aux dites urgences.
    ++

  • Le truc c'est que Francis Lalanne n'est pas acteur donc ça ne m'a pas amusée.

  • Ben si Le Lalanne il est acteur : Joseph dans Marie de Nazareth, de Jean Delannoy, Francix Lalanix dans Astérix aux Jeux Olympiques, de Frédéric Forestier et Thomas Langmann, entre-autres.
    Dans Cyrano un jour, il a déjà les bottes :-)

  • La preuve que Francis Lalanne est acteur : il a joué dans un épisode de "Commissaire Magellan" ! Quoi qu'il en soit, je n'ai guère envie d'aller voir un film tourné avec des œillères et que je suspecte d'encenser les gilets-jaunes-devant-marrons-derrière. (Je note qu'il a fait 100 000 entrées en première semaine. Il est parti pour être le plus gros succès de la carrière de Mme Corsini...)

  • Bonjour, je m'étais fié à votre jugement aux quatre étoiles. Cruelle déception, j'ai failli quitter la séance au bout de dix minutes... Rien que l'on connaisse déjà (gilets jaunes, CRS, urgences, patients).
    Une seule actrice crédible : KIM. Pour le reste; ce fut -pour moi- un calvaire. Superlatifs de l'affiche galvaudés et surtout trompeurs.

  • Bonsoir. En effet nous ne sommes pas du tout d'accord. Désolée de vous avoir mal orienté.

  • Pas surestimé car certaines critiques ne sont pas tendres et d'ailleurs ce film va vite disparaître des écrans. Dommage en ce qui me concerne.

  • La vie et le quotidien des autres, agriculteurs infirmiers ou jeunes de banlieues, très différents du m'intéresse énormément et j'ai donc suivi cette nuit l 'hospital avec intérêt.
    Contrairement à toi ai trouvé Valeria B. T un peu excessive dans ses geulements..
    Même si la réalisatrice invite beaucoup de personnages différents. J'ai aimé suivre leurs aventures et celle de Kim l'infirmière.
    ( viens de me rendre compte que mes petits messages postés depuis mes vacances algériennes n'étaient pas arrivés... Dommage)

  • Je suis d'accord avec toi. Moi aussi j'aime quand le cinéma se fait réaliste même si, d'accord, Valeria en fait trop... Mais je me surprends à l'aimer de plus en plus alors qu'elle m'agaçait.
    Dommage pour les messages algériens.

  • Je passe après tous ces commentaires négatifs... pour dire, comme toi, que j'ai aimé ce film, que je viens juste de voir. D'abord pour le trio d'acteurs, Valérie, Marina et Pio, je vais même inclure Aïssatou Diallo Sagna, qui est évidemment magnifique d'humanité. Et surtout quelle énergie, j'ai trouvé. Pas de temps mort, ce qui n'était pas gagné avec un film dont les 75% du temps se passent dans les couloirs défraîchis d'un hôpital aux abois, que tu soulignes si bien. Et je n'irai pas à te contredire ta conclusion : efficace dans le mélange comédie et drame social. Je rajouterai juste, un film humain.

  • Bah les commentaires négatifs... non rien. Disons qu'ils ont le droit.
    J'ai vu qu'il était passé dans le poste, j'aurais aimé le revoir.
    Ravie que tu aies aimé ce triste chaos parfois drôle.

Écrire un commentaire

Optionnel