EGOIST
de Daishi Matsugana ****
JAPON
avec Hio Miyazawa, Ryohei Suzuki, Yuko Nakamura
Kosuke est éditeur pour un magazine de mode.
Ses amis qu'il retrouve régulièrement dans un bar lui conseillent, puisqu'il en a les moyens, d'engager un coach sportif pour garder la forme et la ligne. Le jeune Ryuta se présente. Les deux hommes sympathisent immédiatement et au fil des rencontres, tombent amoureux l'un de l'autre. La différence de milieu gêne beaucoup Ryuta qui s'occupe de sa maman âgée et accepte les cadeaux de Kosuke. La relation des deux hommes qui au début se contentent de se voir une fois par semaine devient de plus en plus intense et profonde. Brutalement, Ryuta qui cache plusieurs secrets, met fin à la relation et disparaît.
Difficile d'en dire plus sans en dire trop qui gâcherait le plaisir et la douleur que provoque ce film. Une rareté au pays du soleil levant puisqu'il traite d'une grande histoire d'amour entre deux hommes et que l'homosexualité y est encore un sujet tabou et le mariage homosexuel pas encore reconnu. Le réalisateur révèle que : "plusieurs comédiens du film, notamment ceux qui jouent les amis de Kōsuke sont non professionnels et gays. Il a appris qu’un certain nombre d’entre eux n’avaient pas réussi à annoncer leur homosexualité à leurs parents mais l’avaient fait plus facilement auprès de leurs amis. Plusieurs acteurs du film ont alors montré Egoist à leur famille et s’en sont servis pour faire leur coming out". Le film n'en est pas pour autant un plaidoyer pour l'homosexualité mais une grande histoire d'amour où la passion charnelle est décrite sans détour. Les quelques scènes de sexe très réalistes de la première partie en ont d'ailleurs découragé certains qui ont quitté la salle (cela m'amuse toujours beaucoup ces réactions offusquées). J'ai été davantage gênée par la caméra à l'épaule qui suit les personnages au plus près de leur épiderme parfois... mais je m'y suis accoutumée car ce film subtil, doux et bouleversant traite surtout des relations d'amitié, de connivence, de proximité, d'entraide qui émergent peu à peu au sein d'un couple qui s'aime d'amour.
Pendant toute une partie idyllique on ne peut cesser d'imaginer ce qui va venir contrarier la belle harmonie des débuts et l'interprétation subtile des deux garçons nous laissent parfois envisager le pire. La rupture dans tous les sens du terme ne survient absolument pas où on l'attend. Il est également question ici de différences de classe sociale, d'amour filial mais finalement d'amour surtout.
Je n'ai pas compris le titre car le personnage principal (comme la plupart des autres) absolument investi dans le beau rôle de Kosuke (alors qu'il est un habitué des films d'action) est un exemple de générosité et d'altruisme. J'ai trouvé cette explication guère convaincante : "Le titre du film n’a pas été pensé de manière négative. En effet, le réalisateur souhaite en réalité aborder ici les thématiques de l’altruisme et de l’attention aux autres. Le désir que l’on a pour soi-même est l’enjeu principal développé par le cinéaste. Ce dernier tenait surtout à montrer avec ce long-métrage que si les gens ne prennent pas soin d’eux-mêmes alors ils ne peuvent pas prendre soin des autres".
Il n'en reste pas moins un grand et beau film d'amour troublant et poignant.


Commentaires
Ce n'est pas un mauvais film, loin de là, mais je l'ai trouvé trop "larmoyant". Et leurs tendances à s'excuser tout le temps. Je suppose que c'est réaliste, mais...
Je préfère faire comme si je n'avais rien lu.
Il me tente bien également, mais où vais-je trouver le temps, l'envie, la pêche pour le voir... En même temps (oui tous les films qui m'intéressent sortent en même temps)... Chien 51 et Lumière pâle sur les collines également sont sur mes envies, besoins... et le week-end ne dure toujours que deux jours malgré les changements successifs de gouvernement...
Tu es dure (cruelle ?) de me tenter comme ça avec ton indispensabilité de 4 étoiles...
Celui-ci plutôt que Chien 51 (vu aujourd'hui) qui ne restera plus longtemps. Et le Japon... tout ça.
Lumières pâles est sur ma liste.
Nous étions 5 ou 6 dans la petite salle du Caméo et personne n'est sorti ! Moi non plus pas trop compris le titre ni l'explication.... Mais le plus important est ce beau film avec ces 3 beaux personnages et oui une love story plutôt inattendue pour in film japonais. J'étais pas très tenté au début. Content d'avoir changé d'avis et heureux de voir que tu l'as aussi apprécié.
Le studio Langlois et son écran timbre poste... mais j'aime bien cette salle. Moins quand elle est pleine à craquer (je ne devrais pas dire ça). Je trouve que parfois le choix des salles n'est pas adapté. Combien de fois me suis-je retrouvée avec 3 ou 4 personnes en Fellini ? Bref, elle m'énerve les 2...
Mais le film et sa belle histoire d'amour, j'en redemande.
En lisant le titre, un parfum de Prokofiev s'est immédiatement invité dans mon esprit. On ne sort pas indemne du conditionnement publicitaire imposé par la maison Chanel et Jean-Paul Goude.
Rien à voir visiblement avec ce film dont tu loues les vertus romantiques. J'avais vu la BA qui déflorait le sujet. Ce sera néanmoins difficile de la caser dans mon agenda avant changement d'air pour les vacances. Mais tu le vends bien.
"Ses amis qu'il retrouve régulièrement dans un bar lui conseille"
Pauvre Proko, mais il est vrai que ces fenêtres qui s'ouvraient et se fermaient étaient quand même une belle idée.
Je n'ai pas l'impression que la BA déflore le sujet.
Un film aux vertus romantiques, tu as bien compris.
C'est gentil de me citer. C'est ta phrase préférée ?