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MOULIN

de Laszlo Nemes ***(*)

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FRANCE

avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Félix Lefèbvre, Hortense Quentin de Gromard, Louise Bourgoin

21 Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté à Caluire-et-Cuire alors qu'il s'apprête à participer à une réunion avec les forces de l’Armée Secrète. 

Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon se charge des interrogatoires qui commencent presque comme une discussion de salon. Le machiavélisme de Barbie alternera ensuite  cruautés morales et violences physiques. Tout dans l'outrance et la démesure. La peur ultime de Jean Moulin est de ne pas réussir à supporter la torture. Nous savons tous ce qu'il en est SPOILER puisqu'il meurt le 8 juillet suivant.

Pour certains films il est difficile de dire simplement j'aime ou j'aime pas. La figure historique de Jean Moulin impose à notre regard de spectateur de ne pas rester neutre. Le courage, l'engagement, le destin tragique de cet homme appartiennent à notre mémoire collective. Alors forcément, on attend beaucoup d'un film qui choisit de s'intéresser à lui.

C'est là que réside ma petite frustration. J'aurais aimé un véritable biopic, qui nous permette de découvrir davantage l'homme derrière le héros. Qui était-il avant de devenir cette figure essentielle de la Résistance ? Que savait-on de ses goûts, de ses doutes, de ses aspirations ? On apprend notamment son talent pour le dessin, mais finalement assez peu de choses sur sa personnalité et sa vie.

Le film choisit un autre angle : celui de son arrestation et des interrogatoires menés par Klaus Barbie. Il se concentre sur cet affrontement terrible, cette confrontation entre un homme qui refuse de parler et celui qui entend le faire céder. Et dans ce face-à-face, l'interprétation est remarquable.

Bien que trop vieux pour leurs rôles (Barbie n'avait que 30 ans à l'époque ce qui le rend encore plus monstrueux), Lars Eidinger et Gilles Lellouche sont formidables. Le premier tout en froideur sadique, le second transpire la peur malgré l'intériorité de son interprétation. Tous deux trouvent le ton juste, sans emphase. Eidinger compose un Barbie glaçant, dont la violence ne passe pas uniquement par les gestes. Il savait aussi pratiquer la torture morale, jouer avec les nerfs, installer la peur, humilier, épuiser jusqu'à faire croire à une libération ou lors d'une scène d'exécution. Une cruauté parfois plus insidieuse encore que la violence physique.

La réalisation, particulièrement sobre, fait d'ailleurs le choix de ne pas nous imposer frontalement l'horreur. Les scènes de torture sont pour la plupart hors champ. Le cinéaste travaille beaucoup sur les sensations, les sons, les silences, les regards, les corps. Ce que l'on ne voit pas n'en est pas moins terrible évidemment puisque l'on voit les résultats de ces entrevues sur le corps et le visage de Jean Moulin et d'autres détenus.

J'ai en revanche été moins convaincue par les séquences de séduction avec une comtesse inventée pour les besoins du récit. Ces parenthèses romanesques m'ont semblé assez inutiles, presque incongrues au regard de la tension et de la gravité du sujet. Si ce n'est la scène de danse qui m'a beaucoup touchée...

Reste un film qui choisit de raconter un moment précis plutôt que de retracer toute une existence. Un choix de mise en scène et de narration que l'on peut comprendre, même si j'aurais personnellement préféré qu'il nous donne davantage accès à l'homme, à ses fragilités et à sa complexité.

Jean Moulin demeure au centre du récit, mais c'est finalement surtout dans l'épreuve, le silence et le refus de céder que le film nous le donne à voir. Et cela suffit à rappeler, avec une sobriété bienvenue, ce que cet homme a été capable d'endurer pour ne pas trahir.

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