KARMA
de Guillaume Canet ***
FRANCE
Avec Marion Cotillard, Denis Menochet, Leonardo Sbaraglia, Luis Zahera
Jeanne coule des jours heureux avec son compagnon Daniel dans un village du nord de l'Espagne.
Malgré l'amour qui ruisselle entre les deux, on sent que Jeanne n'est pas d'une sérénité absolue. Elle s'occupe régulièrement de son filleul de 6 ans Mateo mais exaspère un peu les parents à force de retards injustifiés et le fait qu'elle veuille le voir de plus en plus souvent. Alors qu'elle l'emmène au foot, elle lui propose une balade au bord de la rivière et le garçonnet disparaît. Pour la police, elle est la première suspecte et pour y échapper elle retourne en France dans la secte qui l'a vu naître et où elle a passé de nombreuses années. Daniel réalise qu'il ne connaît rien du passé trouble de la femme qu'il aime mais ne croit absolument pas à sa culpabilité. Alors qu'elle disparaît sans l'avertir ni lui dire où elle se rend, il met tout en oeuvre pour la retrouver.
Jeanne doit en passer par une terrible sanction pour réintégrer la communauté ultra chrétienne et intransigeante dirigée par un gourou qui fait régner les secrets, les mensonges, les rites hors d'âge et l'emprise sur ses ouailles complètement soumises. Marc (Denis Menochet) est un monstre qui exerce son pouvoir et ses exactions sur plus de 90 personnes dont des enfants qui n'ont rien connu d'autres que cette façon de vivre.
Guillaume Canet choisit le thriller (dans le style de Ne le dis à personne) avec disparition(s) et enquête(s) pour nous faire pénétrer dans les méandres d'une secte. Et ce n'est pas joli joli. Pédophilie, viols, consanguinité sont au programme et le réalisateur ne fait pas dans la demi-mesure. Les retournements de situation et les péripéties s'enchaînent jusqu'à l'exagération mais il parvient néanmoins à entretenir le suspense et nous donner envie de connaître la fin. C'est mon cas en tout cas. Comment Marion (parfaite) eueueueuh Jeanne va-t-elle se sortir de ce bourbier ? Car même si les mécanismes de l'emprise, de la soumission et de la violence des sectes sont évoqués, je n'ai pas l'impression que le sujet central soit celui-ci. Le film reste un thriller dont le milieu où il prend place n'est qu'un prétexte. ça me va. J'ai eu l'impression que la salle bien pleine (il faisait un temps d'automne avec la queue de la tempête Austen) ne mouftait pas jusqu'à la fin mais je n'ai pas eu le courage d'attendre et écouter les commentaires (souvent savoureux) à la sortie.
On sait Marion Cotillard capable de s'investir pleinement dans un rôle. C'est encore le cas ici. J'aime cette actrice. Son intensité, sa fragilité et sa force me touchent. Elle doit ici s'infiltrer sans éveiller les soupçons et l'étrangeté de retourner dans cet endroit dont elle avait réussi à s'échapper ne cesse de nous interroger. Qu'est-elle partie rechercher là-bas ? La réponse est en salle.
Ce thriller tendu tient en haleine jusqu'au bout et ce n'est déjà pas si mal.
NB : la présence de deux acteurs merveilleux. L'argentin Leonardo Sbaraglia que l'on a vu en double de Pedro (Almodovar) dans le splendide Douleur et gloire, et le non moins merveilleux et très charismatique Luis Zahera, habitué de Rodrigo Sorogoyen qui nous a notamment fait trembler dans As bestas (déjà avec Denis Ménochet... le cinéma est une grande famille) et ce n'est pas rien non plus.
