Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

DOULEUR ET GLOIRE

de Pedro Almodovar *****

douleur et gloire de pedro almodovar,cinéma,antonio banderas,asier etxeandia,leonardo sbaraglia,penelope cruz

J'ai revu cette merveille que j'avais vue à sa sortie. J'ai été bouleversée par l'histoire, la façon dont elle est racontée et par l'interprétation renversante d'Antonio Banderas. Sa voix, son sourire, sa démarche, sa douleur, son regard éperdu quand sa mère lui dit qu'il n'a pas été un bon fils... quand il lui demande pardon de l'avoir déçue rien que parce qu'il a été tel qu'il est... Inoubliable.

Du coup j'ajoute la 5ème étoile sans hésitation.

 

Avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Penelope Cruz

Synopsis : Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner. 

D'Almodovar on reconnaît ici les couleurs, certains thèmes (le cinéma, l'homosexualité, la place et le rôle de la mère, la création) mais s'y ajoutent une tristesse, une mélancolie fortes, intenses, profondes. On sourira néanmoins à plusieurs reprises mais aucun personnage fantasque ne viendra mettre son grain de folie pour atténuer le cafard et la douleur (comme le titre l'annonce) ambiants. Et pourtant le film parle aussi je crois d'une résurrection, d'une sortie de tunnel dont on croit à raison quand on le traverse, ne plus jamais en voir l'issue. Pedro nous y amène avec une infinie douceur en passant de la lumière à la détresse pour revenir à la lumière. J'ai évidemment entendu parler de film testament. Une ânerie à mon sens (même si des rumeurs circulent prétendant qu'il s'agit de son dernier film...) tant le personnage finit par se relever faisant preuve comme il l'annonce "d'une force de caractère exceptionnelle". Et c'est magnifique, bouleversant.

La puissance émotionnelle que Pedro déverse dans ses films n'est plus à démontrer. Ici, il touche encore davantage car les personnages réel et fictif se mélangent et qu'il choisit de parler d'une période où son Salvador Mallo, réalisateur mondialement célèbre, se trouve au plus mal. Perclus de douleurs (arthrose, asthme, acouphènes, ulcère, dépression...) explicitées en animation, et assommé de médicaments, il vit reclus dans son grand appartement madrilène sans plus aucun goût à rien et surtout pas à paraître en public ou à réaliser un nouveau film. Car aux maux physiques s'ajoute une grande douleur existentielle. Des rencontres et retrouvailles inattendues vont le faire sombrer encore plus profond puis réagir. Et par là même plonger dans ses souvenirs les plus précieux, les plus fondamentaux, voire fondateurs.

Pour parler d'Antonio Banderas (dont le Prix d'interprétation à Cannes serait mille fois justifié et mérité, mais empêcherait alors la Palme d'Or...), il va me manquer des mots et des superlatifs tant son interprétation exceptionnelle, exemplaire remplit de bonheur. Jamais je ne l'ai trouvé aussi fascinant. Jamais encore je n'avais remarqué à quel point son physique et sa voix sont uniques, magnétiques. Alter ego évident d'Almodovar, il emprunte à son réalisateur les costumes colorés, la coupe de cheveux hirsute mais aussi l'appartement en tous points almodovarien et offre son corps diminué, souffrant, couturé à ce personnage qui fera date dans leurs filmos respectives. Et pourtant jamais il n'appuiera à l'excès les conséquences de ces souffrances. Juste un coussin indispensable pour se mettre à genoux, des difficultés à entrer et sortir d'une voiture mais sans abus. Bien que souvent sous l'emprise de médicaments opiacés puis de drogues dures, jamais il ne "jouera" les drogués défoncés. Et son visage toujours dans l'émotion et la sobriété en devient encore plus captivant.

Comme souvent, le réalisateur va nous balader du présent au passé, nous bousculer dans un labyrinthe de souvenirs et d'émotions sans jamais nous perdre. Plongé dans une piscine, son héros se souvient de l'héroïne de son enfance : sa mère.  Il fait le cadeau à Penelope Cruz d'interpréter cette mère vénérée. C'est Almodovar qui lui permet toujours d'être une actrice merveilleuse, plantureuse, lumineuse, généreuse. Une véritable mamma italienne qui n'outrage en rien la beauté de l'actrice. Lavandière voluptueuse, elle chante avec ses amies en faisant sécher le linge sur les herbes. Salvador/Pedro ne la quitte pas un instant. Cette scène inaugurale d'une luminosité éclatante contraste avec l'appartement où le réalisateur est obligé de vivre dans l'obscurité pour résister à ses douleurs, ses migraines et à sa dépression. Puis l'enfant et ses parents quittent la campagne joyeuse pour émigrer à Paterna près de Valence. Ils vivront dans une maison troglodyte, sous terre. Après un temps d'adaptation, la mère rendra cet endroit que Salvador appelle la grotte, plus accueillant, profitant d'un puits de lumière qui descend dans une petite cour où l'enfant passera beaucoup de temps à lire. C'est là aussi qu'il s'évanouira en ressentant sa première émotion sexuelle. Et qu'il sera dessiné par un jeune maçon, peintre amateur de grand talent qui, touché par la scène de cet enfant qui lit dans cette grotte l'immortalisera sur un dessin qu'il emporte chez lui pour le mettre en couleurs. Ce dessin réapparaîtra dans la vie de Salvador, des décennies plus tard par la magie que seuls le cinéma ou Almodovar peut oser.

Le film est une succession d'instants magiques et cruels. Drôle aussi parfois. Notamment ces retrouvailles avec un acteur avec qui Salvador s'est fâché 30 ans plus tôt évoquant sans doute la brouille entre Pedro et Antonio. Heureusement, que les deux hommes, comme les deux personnages ont pu dépasser cette querelle ancienne pour nous offrir cette merveille.
Instant cruel quand la mère ose un : "Tu n'as pas été un bon fils". Cette génération de parents ne s'embarrassait pas de psychologie. La tête d'Antonio Banderas à cet instant est un crève-coeur, comme cette scène de pardons qui suivra plus tard.
Instant magique, les retrouvailles avec un ancien amant, un grand amour et ce baiser fougueux, inattendu pour mettre fin correctement à une histoire.

Ode à la vie, hymne au cinéma, ce film sombre et lumineux est un cadeau.

Hermoso, esplendido.

Muchas gracias.

Commentaires

  • Comme tu peux t'en douter, mon choix cannois a été plus zombie que ode à la vie.
    Mais je ne tourne pas le dos l'Almodovar, surtout si tu y as trouvé satisfaction.

  • Je comptais me précipiter sur le Jarmush, mais étant donné les échos déplorables j'ai préféré attendre. J'irai vraisemblablement demain car aujourd'hui il y a une invasion de GJ en ville.
    L'Almodo m'a donné un peu plus que satisfaction.

  • J'ai découvert les critiques assassinés après coup, effectivement c'est de la volée de bois vert pour ce bon vieux Jim. Je crois que beaucoup se sont pris la tête pour pas grand chose.

  • Je le verrai quand même le Jarmush. Avec ce casting il doit bien y avoir quelque chose à sauver.

  • Rebonjour Pascale, je n'étais peut-être pas "in the mood" pour voir ce film mais je suis nettement moins enthousiaste que toi. L'histoire ne m'a pas touchée ni "parlé". Banderas est très bien mais bon je ne le reverrai pas alors que j'avais adoré Julieta (le film précédent du réalisateur). Bonne après-midi.

  • Bonsoir dasola. Ah quel dommage. J'ai revu Julieta. J'ai beaucoup aimé mais celui ci est bien supérieur selon moi, en émotions et l'interprétation d'Antonio est bouleversante bien que tout en retenue.

  • Comme toi j'ai beaucoup aimé le film ! Je rêve d'avoir un apart' comme le sien... en tous cas je me porte volontaire pour consoler le bel Antonio :-D
    Petite question : qui est exactement Mercedes ? Son agent ?

  • Ah moi aussi je suis partante pour que Pedro décore ma maison. Partante aussi pour consoler Antonio, Salvador et Pedro.
    Je pense aussi que Mercedes est son agent, et devenue son amie.

  • Je te lis en diagonale parce que je compte aller le voir très vite. Je reviendrai te lire quand ce sera fait. En tout cas je m'en fais une joie d'avance (et j'ai revu Julieta cette semaine avec grand plaisir).

  • J'espère que tu seras autant emballée. J'étais aimantée à l'écran.
    J'ai aussi revu le très beau Julieta (même si je trouve que l'interprétation de la Julieta jeune n'est pas à la hauteur).

  • 'Douleur et gloire', on se croirait à Chateauvallon 'Sous la lumière illusoire d'un soleil artificiel' .... :-)
    Perso Almodovar et sa clique ne sont pas mes tasses de Jerez, je passe donc.
    Bon dimanche.

  • Nous partageons entièrement votre enthousiasme - nous avons adoré ce film et la composition de Banderas ! Oui, ode à la vie et au cinéma. Un joli post bien plus travaillé que notre avis...

  • ah enfin quelqu'un qui partage mon émotion :-) En général je trouve que les avis sur les films sont personnels et subjectifs. Pour ce film je trouve dommage de passer à côté de toute cette émotion.
    Merci. J'ai écrit avec le cœur :-)

  • Banderas est très bien en effet. Mais comme discuté, chez moi, je n'ai pas été aussi touché que je l'aurais voulu, même si ça reste un beau film. Ton enthousiasme fait plaisir à lire.

  • La carrière hollywoodienne d'Antonio ne laissait pas présager une si subtile et profonde interprétation. Pedro tire le meilleur de ces acteurs que sont Banderas et Penelope Cruz qui se dépassent avec lui je trouve.
    Tant pis pour l'émotion, elle surgira quand tu le reverras :-)

  • Ça y est, je l'ai vu et j'ai lu attentivement ton billet. Je n'en changerais pas un mot, tu as bien résumé ce que j'ai ressenti. Bon, si j'avais voulu oublier mes douleurs chroniques, ce n'était pas le film qu'il fallait voir, mais j'utilise des moyens moins radicaux que lui ! Il est extrêmement touchant Salvador, même s'il nous fait grincer des dents par moments. Et le reproche de sa mère, franchement, c'est dur là .. Il y a plein de moments à retenir mais celui qui m'a le plus "cueillie" c'est quand le fameux dessin ressurgit. Je le reverrai c'est sûr, pour bien rentrer dans les détails.

  • Ah je suis aussi d'accord avec tes précisions.
    Oui ce film fait souffrir aussi.
    Cette scène du dessin est incroyable.
    C'est terrible ce que lui dit sa mère. Et sa réaction : ah oui ?
    Je le reverrai aussi c'est sûr.

  • Bonjour Pascale, merci pour ton long commentaire sur mon billet. Je n'ai plus qu'à retourner voir le film… Bonne journée.

  • :-)
    Je suis surprise que tu n'aies pas aimé, c'est pourquoi je me suis permise
    Bonne soirée.

  • Bonjour Pascale, merci pour ton long commentaire sur mon billet. Je n'ai plus qu'à retourner voir le film… Bonne journée.

  • Beaucoup aimé ce film, et tu as entièrement raison quand tu dénonces les gens qui y voient un film testamentaire, le genre d'expression qui me donne envie de donner des gifles. Tu te demandes parfois si les gens voient le même film que toi. Surtout qu'il s'agit d'une ode à l'imagination et l'inspiration qui ne s'éteint pas.
    Je suis sortie de cette séance bouleversée, dans un état second. Peut-être que c'est ce sentiment en question qui lui a empêchée d'avoir la Palme - ça peut dérouter. Banderas excellentissime, prix mérité en tout cas. Un de mes films préférés cette année !

  • Cette expression ne me plait pas non plus.
    J'ai TRES envie de le revoir.
    On sort en effet bien secoué d'une telle séance.

  • Je viens d'aller le voir et j'ai adoré et je retrouve dans ce billet tout ce que j'y ai vu. Magnifique hommage à ce film !

  • Merci beaucoup.
    J'aimerais le revoir avant qu'il disparaisse des écrans. En DVD ce n'est pas pareil.

  • Il ne passait pas dans mon cinéma... alors j'ai profité de Paris et de la fête du cinéma... que dire.... je pense que c'est certainement le meilleur film d'Almodovar... et j'ai bien fait de ne pas te lire avant d'aller le voir..... Antonio Banderas est d'une justesse et Pénélope Cruz tout simplement magnifique... sans compter le petit Salva très touchant... un excellent moment de cinéma

  • La deuxième vision a été encore plus foudroyante.

  • Je l'ai revu hier et j'ai été encore plus bouleversée que la 1ere fois.
    Excuse moi, je n'ai pas encore répondu à ton mail mais je vais le faire :-)

  • Ta critique est magnifique. Même si j'ai été plus touchée par des plans que par l'ensemble, je comprends très bien ce que tu en dis, et tu mets en lumière toute sa réalisation grâce à tes mots.

  • La deuxième vision a été encore plus foudroyante.

  • Bonjour Pascale, ce n'est pas de l'amour, c'est de la rage, ton engouement pour ce film. Je ne te suis pas forcément dans ton avis mais merci pour ton partage. Bonne fin d'après-midi.

  • Bonjour Dasola, oui je sais qu'hélas tu es beaucoup plus frileuse sur ce film.
    C'est un sommet pour moi. :-)

  • Eh bien moi, pour la Fête du cinéma, je suis retourné voir "Nicky Larson et le parfum de Cupidan"... et j'ai ri comme un cochon !





    (Euh... ça rit, un cochon ?)

Écrire un commentaire

Optionnel