LE TESTAMENT D'ANN LEE
de Mona Fastvold **
AMERICANO BRITANNIQUE
avec Amanda Seyfried, Lewis Pullman, Thomasin McKenzie, Stacy Martin, Christopher Abbott, Tim Blake Nelson, Scott Handy
Brady Corbet (souvenez-vous) et sa compagne Mona Fastvold se sont penchés sur la vie d'Ann Lee, prophétesse ayant vécu au XVIIIème siècle. Cette fois c'est madame qui réalise.
Mais qui est Ann Lee ? Elle est la fondatrice de l'Organisation de la société unie des croyants dans la deuxième apparition du Christ... plus simplement nommée Les shakers. Pourquoi ? Parce que les fidèles qui vénèrent Dieu cherchent l'extase dans la danse et les tremblements. Ce qui est très spectaculaire et donne au film un aspect comédie musicale mais d'un genre tout à fait inédit. La vie de celle qui deviendra Mère Ann Lee est tellement chaotique et romanesque qu'elle méritait peut-être bien qu'on s'y attarde (ou pas). La réalisatrice s'y attèle en reprenant chronologiquement toutes les étapes de cette vie mouvementée.
Née en 1736 dans une famille de 10 enfants à Manchester en Angleterre, la petite Ann se montre dès son plus jeune âge (6 ans) particulièrement dévote, à l'instar de sa mère. Son petit frère William la suit partout. Très jeune elle travaille dans une usine de coton puis à l'infirmerie d'un hôpital tout en se prenant des coups de trique par son choupinou de père. Plus tard, lors d'un office religieux, elle attire Abraham qui l'épouse. De cette union naissent quatre enfants qui meurent tous avant d'avoir un an (longues scènes sur les quatre accouchements particulièrement éprouvants). De ces expériences choquantes Ann sort fortement traumatisée et déclarera dès lors avoir reçu un message de Dieu lui signifiant que l'union entre l'Homme et la foi ne peut avoir lieu que dans la chasteté et l'abstinence. En gros : "un renoncement complet aux désirs de la chair, ajouté à une confession pleine et entière, devant témoins, de tous les péchés commis sous leur influence, est le seul remède possible et la seule voie de salut." On peut éventuellement avancer que son cher époux ne pouvant l'honorer qu'après l'avoir fouettée comme seul préliminaire serait la cause de son dégoût de l'acte sexuel et on la comprendrait parfaitement. Mais ce serait sans doute blasphémer. Cela ne se fait pas. Lorsqu'elle rencontre James Wardley et son épouse Jane, prédicateurs agités, elle adopte complètement cette croyance selon laquelle en agitant le corps et en tremblant, ce même corps sera libéré de ses péchés et l'adorateur purifié ! Elle finit par créer sa propre secte et ses fidèles l'adorent, la vénèrent. Elle est plusieurs fois emprisonnée pour ce que le clergé appelle des blasphèmes et décide de partir outre Atlantique avec quelques adeptes dont son frère adoré qui se chargera d'aller évangéliser l'Amérique tel un apôtre. Je passe rapidement sur les détails du voyage chaotique et l'installation en Nouvelle-Angleterre où elle profitera d'une éclipse du soleil pour recruter davantage de croyants. La mission est économiquement autonome et prospère. Les plus malins inventent même l'épluche légumes, la scie circulaire et la pince à linge. Mais comme souvent (toujours ?) tout ce qui touche de près ou de loin à la religion finit immanquablement par des violences, des injustices et un bain de sang.
On reconnaît la patte de Brady Corbet jusque dans le générique, copie de celui de The brutalist et la musique de Daniel Blumberg, encore une fois exceptionnelle. La réalisation est ample, complètement folle, on peut dire audacieuse et magnifiquement éclairée. L'interprétation ébouriffante d'Amanda Seyfried complètement illuminée, mystique, possédée par la foi est remarquable. Elle chante et joue très bien, se secoue admirablement en se tapant la poitrine. Et le spectateur se laisse d'abord envouté par la prestation et la beauté du spectacle.
Mais l'abondance de scènes de transe (on est à un chouïa du ridicule) finit par lasser et assommer. L'absence totale de recul, de point de vue sur les dérives sectaires de ce genre de communautés est gênant. Le titre de chaque chapitre est complètement abscons et l'émotion totalement absente.

Commentaires
Merci pour cette chronique !
Bon... honnêtement, quand j'ai aperçu la bande-annonce, je me suis dit : "Pourquoi pas ?". Mais si c'est aussi assommant que tu le suggères, je crois que je vais passer mon tour. D'autant que le sujet ne m'intéresse pas tant que cela, à vrai dire. Un jour, sur un écran plus petit, peut-être...
J'attends avec (une relative) impatience un autre film en costumes : "L'île de la demoiselle", qui sort mercredi 25. Je ne veux pas digresser. On en reparlera sûrement.