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VICTOR COMME TOUT LE MONDE

de Pascal Bonitzer ***

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FRANCE

Avec Fabrice Luchini, Suzanne de Baeque, Iris Bry, Louise Orry-Diquéro, Marie Narbonne, Chiara Mastroianni, Sarah Touffic Othman-Schmitt, Naidra Ayadi, Yannick Choirat, David Ayala

Robert Zucchini est comédien de théâtre et ne vit que pour Victor Hugo, le lire encore et encore et transmettre sa passion pour le génie au public.

En dehors de ses heures sur scène, il répète beaucoup et traîne un peu sa solitude et son spleen existentiel en attendant que sa femme adorée partie pour quelque temps à l'étranger rentre. Cette absence le rend encore plus mélancolique. Sa rencontre avec une bande de filles qui proposent sur une autre scène un spectacle du point de vue des femmes de la vie de Victor Hugo mais aussi la réapparition de sa fille dont il ne s'est jamais occupé se contentant de lui envoyer à chaque anniversaire une oeuvre de Hugo, bouleversent fortement son quotidien.

Le Luchini de ce film n'a rien à voir avec celui, exubérant, déchaîné, envahissant et excessif que l'on connaît dans les interviews télé ou radio et que certains ne supportent pas (personnellement j'adore aussi cette facette du personnage persuadée qu'il dissimule sa dépression chronique en étant survolté). Il est ici calme, doux, délicatement cafardeux, attentif et à l'écoute des autres, un poil dépressif bien sûr et retrouve toute sa verve (mais sans les excès des interviews) dès qu'il est enfin sur scène où ici il fait partager sa passion pour Victor Hugo. J'ai eu le bonheur de le voir en novembre dernier au Théâtre des Bouffes parisiens. Le film reprend de larges extraits de ce spectacle : même tenue, même décor minimaliste, même tapis au sol. L'enchantement quasi extatique était le même et je me suis surprise à avoir un sourire béat lors de ces moments délicieux où il décortique Booz endormi, ceux très drôles où il commente les séances de spiritisme de Victor et ceux bouleversants où il évoque le drame insurmontable de la mort de sa fille préférée Léopoldine.

Vous connaissez sans doute l'histoire de ce film. Sophie Fillières est à l'origine du projet et Fabrice Luchini lui rend hommage chaque soir sur scène. Hélas la réalisatrice est morte avant de pouvoir réaliser le film. C'est donc Pascal Bonitzer (le père de ses enfants) qui s'est chargé de la réalisation. Elle n'a rien d'extraordinaire ni de flamboyant mais explore comment Fabrice alias Robert (le vrai prénom de Luchini dans la vraie vie) Zuchini est passé à côté de sa vie et surtout de sa fille en se consacrant exclusivement aux grands textes. C'est comme si on entrait dans l'intimité de la vie de l'acteur, étranger au monde, dans les coulisses et préparatifs des spectacles. Est-ce que cela peut intéresser des spectateurs qui ne connaissent pas, n'aiment pas voire ne supportent pas Luchini ? Pas sûr. En tout cas, le film est surprenant. Ménageant de beaux moments d'échanges inter-générationnels emmenés par la toujours géniale Suzanne De Baecque qui s'appelle Pia Pépin (la tête de Luchini quand elle lui révèle son nom ! Un régal).

La fragilité, la maladresse de Robert sont incarnées avec beaucoup de douceur et d'émotion par cet acteur génial qui jamais ne hurle ni ne grimace.

Le personnage choisira un merveilleux endroit très symbolique pour la réconciliation avec sa fille dont on ne doute pas mais qui peut réchauffer un coeur en hiver.

De Sophie Fillières je pense n'avoir vu que Arrête ou je continue, un joli film déroutant, tristement gai sur l'effondrement d'un couple. Avec ce Victor comme tout le monde*, Bonitzer et Luchini lui offrent un délicat et élégant hommage posthume.

N.B. : le titre viendrait d'une remarque de Jules Renard qui aurait dit :

"Hugo était tellement génial qu'on en oubliait qu'il s'appelait Victor comme tout le monde".

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