WICKER
de Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson ***(*)
ROYAUME UNI
Avec Olivia Colman, Alexander Skarsgard, Elizabeth Debicki, Peter Kinklage
Dans une époque non identifiée mais boueuse et sans doute moyen âgeuse, les habitants du village ne s’appellent que par le nom de la profession qu’ils exercent : le boucher, le tailleur, l’aubergiste...
Les femmes sont corvéables à merci et n’ont d’autre droit que d’épouser très jeune de préférence le premier mari qu’on leur propose (même s’il pourrait être leur père voire leur grand-père). La très belle femme du tailleur (Elizabeth Debicki) règne sur le sérail et veille à l’organisation de ces mariages arrangés. Seule une femme qui pêche et vend son poisson (Olivia Colman) dans le village, la pêcheuse donc, est une solitaire. Elle est la risée de tout le village car elle pue, elle est sale, ne se change jamais et s’en fiche royalement. Sa cabane de guingois en lisière de forêt lui convient parfaitement.
Un jour, elle décide de prendre son destin en mains et sa revanche sur la vie. Elle demande au vannier (Peter Dinklage) vaguement philosophe et sorcier de lui créer un mari. L’homme fabrique un garçon de toute beauté qui a la carrure de géant et le beau regard azur d’Alexander Skarsgard (récemment byker SM hypnotisant dans Pillion). Dès qu’il trouve des vêtements à sa taille pour dissimuler son anatomie avantageuse, il se rend à la chapelle, épouse la pêcheuse et l’honore le soir même. Elle découvre deux aspects très inattendus de la vie : le plaisir puis le désir. Encore plus formidables lorsqu’ils sont partagés. Dès la première nuit les deux amants cassent le lit que l’homme d’osier parfait va réparer. Pendant que madame travaille la journée, l’homme au foyer répare, jardine et dès qu’ils sont ensemble il l’inonde de mots doux et autres paroles réconfortantes.
Le bonheur du couple saute aux yeux de tous les villageois-e-s lors d’une fête de mariage où ils dansent enlacés de façon non équivoque. Et le soir venu, les plaisirs (sonores) du couple ne passent pas inaperçus.
Forcément, ce comportement, la métamorphose de la pêcheuse, la douceur et la beauté de l’homme osier attirent les convoitises, les jalousies et bouleversent le quotidien bien réglé d’une communauté pas habituée au changement.
Ce beau conte tendre, romantique, cruel et vaguement grivois est adapté d’une nouvelle d’Ursula Wills The wicker husband (Le mari en osier). Les réalisateurs expliquent que c’est en lisant cette phrase : "Lorsque le couple eut passé sa première nuit de noces, le mari en osier dit à sa femme : Ce lit est cassé. Apporte-moi un marteau. Je vais le réparer.’" Ils ont alors compris que cette histoire allait bien au-delà de la simple fable d’époque.
Pas de doute, le bonheur des autres dérange. Cette fable étrange et malicieuse prend le parti des femmes et se moque joyeusement d’un monde où elles n’ont aucun droit. Elle parle aussi de la différence et de l’acceptation de l’autre. La pêcheuse aime cet homme, ce corps singulier qui grince à chaque mouvement. Il aime cette femme sans charme ni séduction qui pue.
La merveilleuse idée est de ne pas avoir fabriqué une créature numérique mais «orné» un acteur de prothèses. La créature est de toute beauté.
La beauté des images et la lumière du film participent à la magie.
Il ne s’agit pas uniquement d’une fantaisie médiévale mais d'une histoire qui parle de liberté, de désir et de tolérance.
Et tenterai-je le mot ? Féministe !
