UNE FEMME AUJOURD'HUI
de Robert Guédiguian ***(*)
FRANCE
Avec Marilou Aussiloux, Ariane Ascaride, Lola Naymark, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Louis Leprince Ringuet, Robinson Stévenin, Adrien Jolivet, Geneviève Mnich
Juliette est l'image même de la réussite.
A 30 ans, juchée sur sa trottinette électrique elle fonce vers la cage de verre où elle bosse 80 heures par semaine le regard vissé sur des écrans à observer les fluctuations du CAC 40. Elle vit seule dans une villa avec piscine et baies vitrées et s'offre quelques distractions en accueillant de jolis garçons choisis sur une application de rencontres qu'elle jette au matin s'ils ne conviennent pas. Tout cela sous l'oeil voyeur du voisin José (Jean-Pierre Darroussin, doucereux puis inquiétant) qui s'est attribué le rôle de protecteur. Sa mère râle de ne pas assez la voir, son père (Gérard Meylan toujours craquant) l'admire, ses deux frères (dont un est au chômage, les excellents Robinson Stévenin et Adrien Jolivet) l'envient un peu d'avoir été la chouchou qui a pu faire des études et tout va presque bien dans le meilleur des mondes.
Tout s'effondre lors d'une soirée arrosée au cours de laquelle son supérieur hiérarchique l'agresse et la viole. Totalement détruite, Juliette trouve peu à peu les forces et les moyens de se "reconstruire". Avec l'aide de son amie parfaite Rebecca (Lola Naymarc, l'amie dont on rêve) et un beau jeune homme responsable d'une association (Louis Leprince Ringuet, parfait).
Juliette n'est pas représentative des femmes d'aujourd'hui. Elle est une femme parmi toutes les autres, une fille qui veut qu'on lui caresse les cheveux. Le réalisateur nous propose son parcours résilient. Il offre ce beau rôle à Marilou Aussiloux (magnifique et excellente) qui peu à peu s'intègre à la bande de l'Estaque. Ils sont venus, ils sont tous là ou presque, même Jacques Boudet, fidèle de la première heure et mort en 2024, trône en portrait. Et hormis la scène de nu inutile (Juliette plonge dans sa piscine sous le regard du voisin voyeur) et Ariane Ascaride (formidable MAIS) qui râle tout le temps, ce film à la fois romanesque et social captive de bout en bout.
Même si le réalisateur se disperse un peu en voulant en dire et en montrer beaucoup : le viol, le voisin voyeur, la guerre d'Algérie et le racisme associé, les racines, les pouvoirs magiques, la reconstruction... les intrigues se croisent et les histoires se répondent pour que le tout reste cohérent. Chapeau.
L'utopie reste chevillée au corps du réalisateur : le bénévolat et la solidarité valent mieux que la finance et la course au profit. Le temps d'un film et peut-être au-delà, malgré les bons sentiments, cette foi en l'humanité qui ne faiblit pas, on a envie d'y croire
Robert Guédiguian rêve toujours de rendre le monde meilleur voire de le sauver.
Il y a pire comme projet et c'est réconfortant.
