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golden door -

  • Golden Door de Emanuele Criaelese ***

     

    Début du XXème siècle en Sicile. Salvatore (Vincenze Amato, époustouflant du début à la fin) quitte sa misère et embarque avec ses deux fils et sa mère pour le Nouveau Monde. Ses rêves d’Amérique sont bercés par des photos truquées où les légumes ont la taille d’une maison, où des pièces d’or tombent des arbres… Durant la traversée, il rencontre Lucie (Charlotte Gainsbourg, mystérieuse, aristocratique, idéale).

    Il va me manquer des mots pour évoquer cette baffe monumentale administrée par ce film unique. Ni historique, ni politique cette histoire l’est pourtant mais le réalisateur ne porte ni jugement et n’incite pas à la polémique. Il expose et démontre que l’histoire et la richesse d’un pays s’écrivent parfois, voire souvent par et avec son immigration (à qui le conseilleriez-vous ???). Il est italien de l’Ancien Monde et la destination est l’Amérique mais à aucun moment on ne sent d’amertume ou de sentence. Evidemment, à l’arrivée les services d’immigration (pratiquement toujours hors champ) font un « tri » parfois douloureux mais c’est le rêve, l’espoir et la foi qui animent toujours les futurs citoyens américains.

    Avant d’en arriver là, il y a la traversée en « troisième classe » dans des conditions révoltantes mais acceptées sans résistance. Emanuele Crialese nous enferme littéralement avec les personnages, et leurs promenades sur le pont sont pour eux comme pour nous, des moments de respiration ("Respiro"...). Ce film est claustrophobique et il n’y a jamais sans doute moins de 15 personnes à l’écran. La promiscuité suinte de toute part et pourtant des scènes magiques, magistrales parcourent l’aventure comme celles des femmes se peignant les unes les autres les cheveux, ou encore celles oniriques où Salvatore rêve de Lucie dans une rivière de lait ! Oserai-je évoquer Fellini ? Lors d’une tempête, le réalisateur choisit encore une fois de ne pas montrer la mer déchaînée mais plutôt les passagers malmenés, chahutés dans leur cale étouffante qui semble sans issue. Les trouvailles scénaristiques pullulent et c’est visuellement d’une beauté à tomber.

    Quant à l’interprétation, je tiens à revenir sur la prestation remarquable, absolument sidérante de Vincenzo Amato qui porte ses rêves avec une fraîcheur et une obstination hors du commun.

    En prime, Crialese nous gratifie d’un dialogue amoureux, l’un des plus juste et plus beau que j’ai entendu au cinéma. En effet, pour qu’une fille entre en Amérique il vaut mieux qu’elle soit mariée ou attendue là-bas par un fiancé. Lucie (Charlotte Gainsbourg) un jour de promenade demande à Salvatore :

    -   Voulez-vous m’épouser ?

    -  Bien sûr et tout de suite, répond-il.

    -  Vous savez, je ne vous épouse pas par amour !

    -  Mais enfin, on ne se connaît pas ! Il faut du temps pour l’amour, non ? ».

    Nul doute que des deux-là ont un avenir…