19.08.2009
Inglourious Basterds de Quentin Tarantino *****




« Il était une fois dans la France occupée par les nazis… »
ainsi commence cette fable racontée par Quentin Tarantino. Je suis sûre que plus personne ne l’ignore aujourd’hui car il faudrait avoir vécu ces six derniers mois les pieds en éventail à Nantucket pour ne pas savoir qu’il s’agit (en gros) de l’histoire d’un nazi « chasseur de juifs » poursuivi par un lieutenant américain « scalpeur de nazis » et d’une juive « vengeresse » miraculeusement rescapée d’un massacre orchestré par le premier.
Mais que dire pour vous donner envie, si d’autres ne vous l’ont pas déjà donnée mille fois mieux que moi, mais surtout sans rien trahir, sans rien révéler ? Car un film qui fourmille d’autant d’idées, de rebondissements et de surprises suppose qu’on n’en dévoile rien et mérite à la fois qu’on en parle à l’infini.
Ce film, un chef d’œuvre… Tarantino lui-même nous l’affirme effrontément comme le garnement irrésistible qu’il est, se découpe en cinq chapitres. Le premier chapitre est virtuose, le dernier une apothéose ! Entre les deux chapitres, deux heures de PUR cinéma, total, absolu, intransigeant, abracadabrant mais GENIAL
Ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur tient en respect la barbarie mais personne n’ignore que Tarantino n’hésite pas à l’utiliser aussi. Qui d’autre que lui réussit à faire sourire ou rire avec une violence inouïe, tellement intolérable qu’elle en devient inconcevable alors que finalement on se doute que la guerre « off » n’a rien de propre.
Dans cette histoire, tout le monde est plus ou moins espion, plus ou moins agent double mais on ne doute jamais de qui sont les « gentils » et qui sont les « méchants ». Rien ne peut être dit sur les « victimes » que Tarantino exécute sans épargner son public.
Ce film est un western. La première scène évoque ce genre sans ambiguïté. La musique, les grands espaces, la maison isolée ne font qu’accentuer la menace qui rôde, qui pèse et ne cessera d’ailleurs d’accabler tous les personnages, ensemble ou séparément.
C’est un western, un film de guerre, un film d’espionnage et il est d’une beauté prodigieuse aussi bien dans la campagne que dans la ville ou dans ce décor de carton pâte que semble être le cinéma où une grande partie de l’action va se dérouler.
Car Shosanna (Mélanie Laurent, sublime, renversante, bouleversante) la rescapée juive du début s’est reconstruit une vie et une identité en devenant gérante d’un cinéma à Paris.
Comme dans un film choral où tous les personnages se retrouvent à la fin par des pirouettes pas toujours subtiles, c’est avec maestria que Tarantino, lui, rassemble tout le monde dans ce cinéma pour y faire jouer l’épilogue. Le réalisateur nous propose une fin de rêve comme seul le cinéma d’un gamin utopiste peut l’oser, nous laissant malgré tout bizarrement abandonné, comme « sonné », étourdi d’avoir réussi à nous emporter là, en faisant littéralement flamber l’écran…
Dans ce film pour cinéphiles, plusieurs personnages sont cinéphiles, acteurs, projectionniste, gérant de salle… et leur passion s’intègre à l’histoire. C’est le film d’un cinéphile amoureux éperdu de cet art qu’il réinvente en utilisant le génie de ses aînés et en leur rendant un vibrant hommage. C’est touchant, émouvant, mais aussi terriblement troublant et réjouissant.
Pas une seconde qui ne soit sublime, drôle, surprenante, étourdissante, inquiétante et bouleversante ou tout cela à la fois. C’est rare. C’est magnifique.
Et cette sublime aventure, que serait-elle sans son casting prestigieux et en tout point remarquable ?
A noter dans la scène d’ouverture la présence d’un acteur français absolument remarquable : Denis Ménochet, à suivre de très près. Mais tous les autres sont au niveau sans doute emportés par la direction d’acteurs irréprochable de Tarantino et des dialogues savoureux de bout en bout.
Diane Kruger, Eli Roth, Michael Fassbender, Daniel Bruhl... tous, absolument tous sont parfaits.
Mais il convient néanmoins de citer à part Christoph Waltz, le nazi le plus horripilant, le plus obséquieux et aussi le plus machiavélique et tordu que la planète cinéma ait porté, sous des dehors doux, mielleux et poli. Qu’il puisse commettre des erreurs et être « victime » de naïveté est tout simplement inconcevable. Son prix d’interprétation cannois est mille fois mérité. Mais où était cet acteur (hilarant quand il replace ses décorations...) pendant tout ce temps ?
Ne pas citer Brad Pitt serait tout aussi invraisemblable. Il faudra peut-être ne pas attendre qu’il ait 80 ans pour lui remettre un Oscar d’Honneur car cet acteur qui ne cesse de grandir est de plus en plus extraordinaire. Pratiquement défiguré par un faciès prognate et très péquenaud avec un accent invraisemblable, il est ici encore une fois immense (et d’une drôlerie sans nom quand il parle italien). Il en fait des tonnes, se ridiculise et mène cette bande de bâtards sans faiblir un instant.
Dernières précisions : la musique comme toujours chez Tarantino est sublime et il faut absolument voir ce film en VO car les allemands parlent allemand, les français, français etc… c’est rare !
Ah oui, au fait, ce film est un chef-d’œuvre et dès la dernière ligne du générique affichée, une seule envie m’a saisie : le revoir au plus vite.
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