mercredi, 15 avril 2009
Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier ****




Ancien flic reconverti, Dave Robicheaux aide la police locale de New Iberia en Louisiane à résoudre un crime sadique commis sur une jeune prostituée de 19 ans. Au cours de son enquête, il sympathise avec Elrod Sykes, star hollywoodienne alcoolique qui tourne un film dans la région produit par un mafieux local, Balboni. Par ailleurs, le squelette d’un homme noir enchaîné, mort 40 ans plus tôt refait surface suite à l’Ouragan Katrina et Robicheaux, marié, père d’une jeune fille qu’il a adoptée doit également faire face à ses démons personnels qui se manifestent sous forme de visions…
Le plus cinéphile de nos réalisateurs français (il est une encyclopédie à lui seul, jamais pédant ou donneur de leçon, un livre ouvert passionnant, passionné…) réalise son rêve américain, et il le réussit haut la main. Ce film sera placé très très haut dans mon palmarès 2009 tant il m’a procuré de bonheur et de sensations. C’est une réussite totale, un thriller haletant, filmé magistralement, avec à la fois nonchalance et efficacité et paré d’un casting en accord parfait avec le réalisateur et l’acteur principal qui domine (évidemment) sans pour autant écraser les autres.
Ce Dave Robicheaux est un ancien alcoolique qui ne cesse de lutter contre sa tentation de boire à nouveau et un souvenir lointain qui le hante, lui fait éprouver une profonde culpabilité dont il voudrait se débarrasser, s’en libérer en expiant. Cet homme préoccupé jusqu’à l’obsession est un idéaliste qui évolue dans un monde qui lui semble corrompu et qu’il voudrait délivrer de la pourriture ambiante. Les hallucinations dont il fait l’objet lui font apparaître un général de l’armée confédérée avec qui il discute de l’avenir du monde. La vision de certains endroits dévastés par l’ouragan, l’ambiance ouatée, brouillardeuse des bayous filmés à la fois comme un paradis d’une beauté envoûtante, et un enfer où des cadavres ressurgissent du passé, où ce sont les moustiques qui mangent les chauve-souris, où les lianes des arbres s’enchevêtrent jusqu’à provoquer le vertige, des blues râpeux, les vapeurs moites et parfois les accès de violence inattendue confèrent à ce film envoûtant, à cette histoire simple et complexe une mélancolie sombre et déchirante.
Homme tourmenté qui va s’impliquer encore davantage quand le serial killer va s’approcher de très (trop) près de sa famille, Dave Robicheaux est incarné, et c’est peu de le dire, par Tommy Lee Jones à la fois si prévisible et tellement déroutant. Et tant pis, si ce rôle fait plus qu’évoquer ceux qu’il tenait déjà dans « Trois enterrements » et « No country for old man », à aucun moment on ne pourrait imaginer un autre que lui. Et tant pis si on abandonne sans le résoudre le cas d’une pauvre fille dévorée par des crabes bleus. Tout ici est rassemblé pour offrir un grand film rare, baigné dans une ambiance moite et ténébreuse et une langueur étouffante. Le tout porté par cet acteur étonnant, immense, parfois drôle et troublant qu’est Tommy Lee Jones, par Mary Steenburgen qui obtient enfin un rôle digne d’elle, subtil, profond et délicat et qui prouve quelle belle présence elle a tout en sobriété, par Kelly Mac Donald touchante en amoureuse sacrifiée, par John Goodman pourri génial qui s’amuse à jouer les dépravés et par Peter Sarsgaard très convaincant en star blessée. Sans parler de l’apparition de Buddy Guy.
Ce film sublime, sombre et lumineux, baigné de brume électrique a obtenu récemment le Grand Prix du Premier Festival International du Film Policier de Beaune (qui prend le relais de l’ancien festival de Cognac) et c’est tant mieux. Il donne par ailleurs une envie irrésistible de s’intéresser de près à l’œuvre de l’écrivain James Lee Burke dont il est l’adaptation.
08:11 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : dans la brume électrique, bertrand tavernier, tommy lee jones, cinéma
Commentaires
Écrit par : La Pyrénéenne | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireQuant à Tavernier, il n'a quasiment rien fait de bien depuis 20 ans. C'est un gros lourdaud baignant dans sa couenne de faux cinéaste classique, d'où le fait que je considère "Dans la brume électrique" comme une relative surprise, moins pesante et cousue de fil blanc qu'à l'accoutumée. Et guère plus.
Écrit par : Rob | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marine | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireRob : Ben voilà, ça c'est dit ! Lâche ta colère mon Robie.
Gros balourd aux couilles rasées toi-même !!! Le rapport avec The Pledge (que j'adore) m'échappe un peu, question ambiance évidemment. Faudrait que je revois la bête.
De Tavernier j'avais aimé "Laissez-passer" et "ça commence aujourd'hui" et "Capitaine Conan" et "L627" qui ont moins de 20 ans. De là à dire que c'est un gros lourdaud qui baigne dans sa couenne !!! MDR quand même. Quand je pense que je me suis fait "traiter" de pas respecter le travail accompli parce que j'ai osé ne pas aimer "Villa Amalia"... toi, tu frôles la difammation anti obèse !
Quant à Katrina, c'est vrai qu'il montre quelques maisons délabrées, ça doit être juste pour situer et montrer qu'il a actualisé. ça ne me gêne pas...
Marine : tu connais pas Tavernier ou Burke !!! Les autographes, non pas la peine. Je préfère les photos cheek to cheek... tu m'connais, faut que je tripote pour savoir si c'est du vrai !
Écrit par : de Pascale @ La Pyrénéenne @ Rob @ Marine | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : SAM | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireA bientôt!
Écrit par : PublikArt | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaire(oui je sais)
Écrit par : Jochû | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentairePublikArt : oulala, j'ai peur :-)
Jochû : c'est déjà une bonne raison, il est excellent dans ce film (quoique assez méconnaissable).
Écrit par : de Pascale @ SAM @ PublikArt @ Jochû | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireJe reviens lire le billet juste après !!!
Écrit par : Yohan | mercredi, 15 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Charles-Henri | jeudi, 16 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | jeudi, 16 avril 2009
Répondre à ce commentaireCharles-Henri : effectivement ce film sort directement en DVD au Etats Unis et Tavernier n'a pas le "droit" d'en parler. Et d'après ce que j'ai lu, la version française est différente de la version US DVD. Et je trouve le film mieux que pas si pire :-)
Aifelle : good !
Écrit par : de Pascale @ Yohan @ Charles Henri @ Aifelle | jeudi, 16 avril 2009
Répondre à ce commentaireUn très bon film en tout cas, ce qui venant d'un réalisateur français qui copie le cinéma américain est suffisamment rare pour être souligné. Mais s'il s'agit bien d'un film américain, c'est un film américain pour le moins atypique comme en témoigne ce choix étrange de ne pas sortir le même film et de ne pas le sortir en salle outre-Atlantique...
Écrit par : Nicolinux | jeudi, 16 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Nicolinux | jeudi, 16 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : PublikArt | samedi, 18 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ PublikArt | samedi, 18 avril 2009
Répondre à ce commentaireet l'interview de Bretrand Tavernier : http://publikart.net/interview-de-bertrand-tavernier-dans-la-brume-electrique
Écrit par : PublikArt | lundi, 20 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : benoit gautier | lundi, 20 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Benoît gautier | lundi, 20 avril 2009
Répondre à ce commentaireC'est juste le scénario qui a quelques faiblesses, rien de méchant ;)
Écrit par : PublikArt | lundi, 20 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ PublikArt | mardi, 21 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : zygaena | mardi, 21 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ zygaena | mardi, 21 avril 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : benoiot | vendredi, 29 mai 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Benoit | samedi, 30 mai 2009
Répondre à ce commentaireMais alors, je me suis fait prêter le film, et tu sais quoi ?
C'est dans la plus grosse daube électrique que je me suis emmerdé pendant 2 heures et quelques !
C'est incroyable, hein ?
Bah non, parce que à force de vouloir faire dans l'esthétisme, le film en perd son histoire.
Soit je suis con (mais ça je ne pense pas), soit je n'ai pas été envoûté par le film en lui-même alors que j'adore Tommy Lee Jones.
Voilà, pas accroché pour un sou, heureusement que ce n'était qu'un prêt de DVD, j'aurais eu du mal à le vendre celui-ci aussi !
Tu vas croire que je râle tout le temps, mais non, c'est comme les séries télés, il y en a des bonnes comme des mauvaises, et c'est pas dans les meilleurs casts que l'on fait les meilleures oeuvres !
Bisoux
Écrit par : David | samedi, 26 mars 2011
Répondre à ce commentaireTes parents le savent ?
Quant aux séries, tu le sais peut-être, je n'en connais absolument AUCUNE... donc bonnes et/ou mauvaises, je te les laisse !
Écrit par : de Pascale @ David | dimanche, 27 mars 2011
Répondre à ce commentaireEt bien tu viendras faire ton éducation sur les séries chez moi, et tu verras que le bon goût, bah je l'ai, mais pour d'autre chose que certains films de cinéma qui n'hésitent pas à reprendre le travail effectué dans les séries pour se mettre en avant ! ;)
Et comme dit, je me suis perdu dans cette brume électrique, et je me rappelle qu'à la fin de ce film, je me suis dit "tout ça pour ça ! ".
Écrit par : David | dimanche, 27 mars 2011
Répondre à ce commentaireEt comme redit, j'irai pas me perdre dans des séries, j'ai trop à faire avec le cinéma sur BIG ECRAN !!!
Écrit par : de Pascale @ David | dimanche, 27 mars 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : David | dimanche, 27 mars 2011
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