08.05.2010
DANS SES YEUX de Juan José Campanella ****


En 1974 à Buenos Aires, Benjamin Esposito travaille auprès d'un juge. Il est envoyé sur les lieux d'un crime abominable. Une jeune et belle fille de 23 ans, institutrice et mariée depuis peu a été violée et massacrée par un sadique. Immédiatement Benjamin est fortement ému par ce crime. Cette sensation ne fait qu'empirer devant la détresse du mari à qui il doit annoncer la nouvelle. Au terme de l'enquête, l'assassin est retrouvé puis inexplicablement relâché et l'affaire classée. Parallèlement, Benjamin fait la connaissance d'Irene qui devient sa supérieure hiérarchique. L'assassin disparaît à nouveau sans explication. 25 ans plus tard, Benjamin est à la retraite. Il retrouve Irene et lui parle de son projet d'écrire un roman qui aurait pour trame à la fois cette histoire de meurtre et l'amour qu'il éprouvait pour celle qui fut sa collègue et "chef".
Alors je le dirai franchement, je n'étais déjà pas ravie à l'idée que le "Ruban Blanc" d'Haneke puisse ravir l'Oscar du meilleur film étranger à "Un Prophète" et à MON Tahar. Et j'avoue que j'étais encore plus déconfite en apprenant que c'était un film Brésilien qui ne serait peut-être même pas arrivé jusqu'à nous sans cet honneur qu'il a remporté ! Et là, en voyant "Dans ses yeux", je me dis que l'Académie parfois a des coups de génie. Et ce, même si cette andouille de Laurent Delmas, qui n'en est jamais à une ânerie pour tenter de faire comique, a affirmé : "c'est comme si Simenon était en lice pour le Goncourt et qu'on attribuait le prix à Marc Lévy" ! Car ce film est de l'espèce précieuse et rare devant laquelle je me prosterne tant il me ravit sans condition. Mener de front et de cette façon subtile et implacable une histoire, puis deux, puis trois, sur deux périodes différentes, alterner les flash-backs, le présent, le passé, mêler histoire d'amour, thriller, enquête, vengeance, passion et justice avec parfois en fond sonore la télé qui nous rappelle qu'on est en Argentine où sévit une dictature, où les disparitions de personnes qui ne réapparaissent jamais ne sont pas surprenantes, où la corruption est implicite, la justice une chimère, est tout simplement impressionnant. Et encore, je ne parle pas des acteurs qui sont prodigieux.
Ce film est brillant à tous les niveaux. C'est assez époustouflant de rendre une histoire d'amour qui en fait n'a jamais lieu aussi envoûtante. On s'étonne avec effaremment de toutes les occasions manquées d'un homme intelligent que l'amour rend stupide. Le spectateur voit les signes et les appels indiscutables qu'Irene s'évertue à envoyer à Benjamin qu'il s'applique à ne pas remarquer, par timidité, à cause de la différence de classe sociale ou parce qu'il croit cette fille rêvée trop bien pour lui. Le voir gâcher leurs deux vies avec tant d'application par pur aveuglement est à la fois horripilant et bouleversant. Quant à l'enquête, elle est passionnante car elle nous mène sur les traces d'un grand malade, tueur par dépit et aussi parce qu'elle est menée par Benjamin et son impayable acolyte, son collègue alcoolique, un type un peu pathétique mais hallucinant de drôlerie. Quelques moments d'anthologie entre Benjamin et lui donnent lieu à des scènes hilarantes et là encore le réalisateur réussit le tour de force que ces fourires ne soient pas incongrus dans une histoire si sombre et douloureuse parfois.
Le film doit aussi énormément à ses acteurs, notamment le trio formé par Guillermo Francella, le collègue à la tête d'ahuri impossible (son message pour s'annoncer chaque fois qu'il décroche le téléphone est désopilant), par Irene qui s'appelle Soledad dans la vraie vie, et l'on comprend pourquoi, cette fille est un astre solaire, et surtout, surtout, l'immense, époustouflant, prodigieux Ricardo Darin. Je l'ai découvert dans "Les neuf reines" (film que je vous recommande vivement), il ne cesse de démontrer depuis qu'il est un acteur extraordinaire, magnétique, charismatique...
Avant d'en arriver à une porte qui se ferme sur une possibilité d'apaisement, Juan Jose Campanella nous fait vivre une scène strictement thétanisante comme j'en ai peu vécue au cinéma. Maintenant, si vous ratez ce film, c'est à désespérer !
19:32 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : dans ses yeux de juan josé campanella, ricardo darin, soledad villamil guillermo francella, pablo rago, cinéma

Commentaires
Écrit par : Jordane | 09.05.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kilucru | 09.05.2010
Répondre à ce commentairekilucru : il ne fallait pas mettre tes lunettes 3D pour ce film, ça enlève toute brillance. En tout cas je suis contente de ne pas avoir le télégraphe ici car la fin "télégraphiée" je ne l'ai pas vue arriver moi. Enfin, je ne sais si tu parles de la toute fin ou de celle juste avant avec la scène qui m'a presque fait hurler !!!
Écrit par : de Pascale @ Jordane @ kilucru | 09.05.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Jordane | 09.05.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Jordane | 09.05.2010
Répondre à ce commentaireComment vas tu ?...
n'ai pas été aussi sensible que toi à dans Ses yeux. Je croisais mes 21 doigt pour le ruban blanc !
t'embrasse & t'espère au miex.
Benoit
Écrit par : benoit | 09.05.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ benoît | 10.05.2010
Répondre à ce commentaireJe rejoins totalement tes impressions sur la force de ce film et la réussite du jeu des acteurs.
Comme Kilucru, j'avais deviné la fin, (la méthode vengeresse appliquée par le veuf) grâce aux petits indices distillés par le scénariste avant la fameuse scène tétanisante. M'attendant à ce dénouement, cela ne m'a pas empêché d'apprécier totalement la fin du film. Quel aboutissement !
Écrit par : Lo | 22.05.2010
Répondre à ce commentaireSeul le titre, qui n'était déjà pas terrible en espagnol me semble vraiment faible, pour les reste du tout grand cinéma, un art de la narration, de la manière de filmer, de grands acteurs... Tout bien ! Méritait vraiment le prix, Delmas est pour le coup un peu lourd avec sa métaphore foireuse.
Écrit par : Joël | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireBises à Catherine.
Écrit par : de Pascale @ Joël | 28.06.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Pauline | 19.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Pauline | 19.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Pauline | 19.12.2010
Répondre à ce commentairedu grand art, comme quoi les acteurs presque inconnus dirigés de main de maître, excellent.
Super, j'en redemande.
Écrit par : Bertrand | 23.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Bertrand | 23.12.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nymphette | 19.01.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Nymphette | 19.01.2011
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