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DE ROUILLE ET D'OS de Jacques Audiard *****

De rouille et d'os : photoDe rouille et d'os : photo Matthias SchoenaertsDe rouille et d'os : photoDe rouille et d'os : photo

 De rouille et d'os : photo

Ali et son fils de 5 ans Sam quittent le Nord ou peut-être la Belgique (j'ai vu des plaques d'immatriculation rouge moi). Ils se connaissent à peine pour n'avoir jamais vécu ensemble. Entre autres réjouissances, le petit garçon était utilisé comme « mule » par sa mère pour faire passer de la drogue aux Pays-Bas. Sans argent et sans logement, le père et l'enfant voyagent en stop, trouvent leur nourriture dans les poubelles de train. Ils traversent la France pour rejoindre la sœur d'Ali à Antibes. Elle les héberge dans son garage, s'occupe de Sam quand elle n'est pas au travail. Ali trouve des emplois de surveillant de nuit ou de videur dans une boîte. Et c'est une nuit qu'il fait la connaissance de Stéphanie belle et libre jeune femme légèrement blessée dans une bagarre. Il la ramène chez elle et c'est rien de dire que le courant ne passe pas entre les deux. Ali laisse néanmoins son numéro de téléphone à Stéphanie au cas où... Elle ne le rappelle que quelques mois plus tard. Amputée des deux jambes, la jeune femme désespérée vit désormais recluse dans un appartement sale et puant. Dresseuse d'orques au Marineland d'Antibes, elle a été victime d'un grave accident lors d'un spectacle. Sans poser de questions, sans s'apitoyer, avec fermeté et délicatesse, Ali emmène Stéphanie à la plage et va peu à peu lui redonner espoir et goût à la vie.

Délicatesse, voilà bien le mot qui va être la clé des relations entre Stéphanie et Ali même si elles feront régulièrement l'objet de doutes et d'incompréhension. Entre ce garçon qui s'exprime peu, se pose peu de questions, mais a dû en baver, entre cette force de la nature et Stéphanie jadis sûre d'elle et aujourd'hui diminuée dans tous les sens du terme, naît progressivement, aux termes d'épreuves que la vie ne va cesser de leur imposer, un sentiment qui va les mener vers la lumière. Les événements, les hasards, les coïncidences et une mouise infernale qui leur colle aux basques vont constamment mettre des bâtons dans les roues de ces survivants. Comme s'il fallait toujours davantage d'épreuves pour s'en sortir quand déjà tout va mal.

On se croirait chez Ken Loach ou chez les Dardenne tant la fatalité semble s'acharner sur des êtres déjà bien éprouvés mais aussi eu égard au contexte social qui s'impose régulièrement, notamment avec les personnages de Corinne Masiero (la Grande Louise Wimmer) et Bouli Lanners toujours justes. Cela pourrait être mélo, sombre et insupportable, vraiment too much si Jacques Audiard ne donnait à ces anti-héros pas immédiatement sympathiques et qui s'endurcissent au fil des calamités une obstination et un charisme insolents, époustouflants.

Ali parle peu, ne s'explique pas, ne se justifie pas, il agit. Le handicap de Stéphanie n'est un obstacle à rien. Ali est disponible, généreux, « opé ». Jusqu'à proposer ses services au cas où Stéphanie souhaite vérifier sa libido. « Tu veux baiser ? »... et elle le voudra de plus en plus. Et puis Ali est drôle parfois, involontairement peut-être : « elle est où ta poussette ? », « il faut que tu arrêtes de parler maintenant », « ça va Robocop ?»... mais nature et sans tabou. Stéphanie ne veut pas qu'il la voit dans telle ou telle situation (elle doit ramper pour aller aux toilettes !), il la porte sans lui demander son avis. Il n'explique rien, il prouve. Il est là ! Et elle finira par véritablement exhiber ses prothèses comme un défi.

Et Ali pour arrondir les fins de mois participe à des combats clandestins à mains nues dans lesquels tous les coups sont permis. Stéphanie assiste aux combats, se met à trembler et toujours sans un mot galvanise son champion.

Audiard filme Stéphanie et Ali, meurtris dans leur chair. Les os se brisent, les corps s'empoignent, transpirent et souffrent. Et il va au-delà de tout ce qu'un mélo peut proposer. Même le petit Sam (adorable Armand Verdure) aura sa part d'horreurs. Et si vous retenez vos larmes lorsqu'Ali verse les siennes, ou lorsqu'il murmure les mots suprêmes... bravo !

Ce film mériterait le prix de la mise en scène à Cannes (je n'ose envisager la Palme d'Or) parce qu'Audiard est ici encore, une fois de plus virtuose et inspiré. Il va toujours plus loin et montre tout. Ses effets spéciaux sont sidérants. On se dit que non il ne va pas oser... et si, il ose ! Mais on peut imaginer sans les surestimer, un prix d'interprétation pour Marion Cotillard ou Matthias Schoenaerts (car je sais de source sûre qu'on ne peut attribuer qu'un seul prix à un film). Marion Cotillard est tout simplement plus que parfaite. Elle peut être princesse séductrice et finalement totalement « trash ». C'est lors de « La scène Robocop » au ralenti (pour qu'on en profite bien) que pour moi elle obtient sa Palme d'interprétation, son César... Elle traverse impériale et à nouveau debout une haie de malabars aux tronches patibulaires ! Mais elle est de bout en bout exceptionnelle avec son visage défait où s'inscrivent ses épreuves. A l'instar de Matthias Schoenaerts qui renouvelle avec subtilité, profondeur et intensité son rôle animal de boxeur déchirant et y ajoute une touchante dimension sentimentale. Cet acteur époustouflant peut être un ami, un amoureux, un amant, un père. Son regard s'embrume, s'illumine et nous bouleverse. La caméra est inconditionnellement amoureuse et pas seulement la caméra de son corps, de son visage, de son regard et de ses rares sourires !

Commentaires

  • Ah ben on voit que tu étais en vacances. T'as eu le temps de faire long.

  • déjà que j'étais tentée, tu m'achèves... je vais pleurer je suppose ? Pfff...

  • Je vais me prendre une volée de bois vert, je ne partage pas l'enthousiasme général. Bon, c'est parfait, la mise en scène, l'interprétation et tout et tout, pour une fois Cotillard ne m'a pas énervée. Il y a quelques moments de forte émotion, mais j'ai trouvé l'ensemble très froid et trop mélo. Les films d'Audiard ne sont pas trop ma tasse de thé en général.

  • Je crois que je vais partager le bois vert avec Aifelle. Tout à fait d'accord sur la belle mise en scène ou la magnifique interprétation de tous les acteurs. En revanche, j'ai trouvé le scénario fait de grosses ficelles et sans aucune surprise une fois donné les caractères des deux personnages principaux. Du coup, je n'ai pas été touché par cette histoire qui se déroule assez logiquement devant nous, entre un blessé physique et un blessé des sentiments. C'est un peu comme si Audiard avait tout mis dans la mise en scène en laissant de côté le fond. Alors, c'est très bien sur la forme, mais le fond laisse tout de même à désirer...
    Du coup, même pas une larmichette alors que je suis très enclin à ce genre de choses... snifff!

  • Euh j'ai pas compris... Fallait pleurer ?

  • Effectivement ce n'est pas le film qui m'a le plus "émotionnée" si j'ose dire.... Loin de là, même... Par contre je ne suis pas d'accord sur le manque de fond, je me suis totalement retrouvée dans la description de Pascale, tout est tellement vrai, tout est tellement cru...
    On oscille en permanence entre les plages privées et la noirceur de cette cour qui ne voit jamais le soleil... ou presque !
    J'ai été touché par les personnages, mais aussi par le travail des acteurs, de tous les acteurs, par la mise en scène bien sûr, même la caméra tremble par moment.
    J'ai été scotchée par cette descente de voiture au milieu des molosse.... cette assurance, cette fragilité permanente....
    J'avais lu quelque part qu'avec ce film Audiard renouait avec la lumière, c'est la seule faiblesse que je trouverais peut-être j'ai eu du mal à trouver la lumière, mais pour le reste, pour tout le reste, j'ai ressenti la même chose que Pascale, vraiment *****
    Merci pour ce regard et Dieu merci on ne voit pas tous la même chose.
    Bonne soirée à tous
    Alexia

  • Et l'on s'emballe, s'emballe....Vite avant qu'il ne soit l'heure de remballer...

  • Fred : et j'y suis encore, mais il fallait bien se mettre à l'abri.

    Loreal : normalement oui.

    Aifelle : dehors.

    Yohan : dehors.

    Fred : à qui tu parles ?

    Alexia : oui oui et oui.

  • Ok, je sors. Je reviendrai quand Matthias aura cessé d'occuper tes mirettes ;-)

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  • Un critique a qualifié ce film de 'torturé sexuellement' ahah j'adore les critiques :) au fait c'est comment Nancy sous les eaux ?

  • Il paraît que c'est apocalyptique... Nous sommes à 3kms de la ville dont on parle bcp... mais là.. nous sommes à 1 000 kms de là !!!

  • "Take Shelter" et "de Rouille et d'Os" mes coups de coeur de l'année, pour le moment.
    Totalement d'accord avec toi, que dire de plus ? :)

  • J'ai ouvert les vannes lacrymales pour La vie d'une autre et celui-ci non (mais j'étais pas loin). Et pourtant c'est peu dire si j'ai aimé ce film. Je ne me comprends pas toujours.

  • Jordane : take shelter : bof !

    Ph : être une énigme pour soi-même, c'est beau.

  • Je rejoins ton avis sur le prix d'interprétation qui tient à cette scène de Robocop... J'ai eu exactement la même réaction que toi: voilà à quoi tient un prix d'interprétation: à une scène qui confirme toutes les autres!!!

  • Oui elle y est extraordinaire !

  • Je n'ai pas aimé .... le dernier quart d'heure. De la scène du lac jusqu'à la consécration sportive. C'est bâclé. Je ne comprends pas cet acharnement à vouloir des happies ends.Pour le reste absolument d'accord avec tout ce qui a été dit dans vos commentaires : Mise en scène et acteurs au top. Mais je suis frustré, voilà !

  • Jacques audiard est incorrigiblement optimiste et ne peut laisser ses héros dans la mouise. C'est ainsi !

  • Ayé !!! je l'ai enfin vu ! je suis enfin allée au cinéma ! Alléluiah ! bon, je dois dire, tout comme pour Un prophète, je n'arrive pas à savoir si j'ai aimé ou pas...mais comme son précédent film, je ne doute pas un instant que De rouille et d'os va m'obséder encore longtemps. C'est à ça que je me dis que c'est un très bon film, qui reste en tête, et dans le coeur. J'ai trouvé les acteurs magnifiques, absolument tous, tu n'as pas mentionné Céline Sallette qui est lumineuse et qui aurait mérité un plus grand rôle. Mais elle est une des lumières de ce film qui n'en manque pas je trouve. Le regard de Cotillard dans la boîte de nuit quand il s'en va, m'a juste glacée. Matthias est magnifique et toujours juste, ce qui n'était pas gagné.

  • Céline est parfaite comme d'hab' mais rôle anecdotique ici !

  • Je n'aime pas Jacques Audiard (et oui!) et je m'attendais à un film trip bobo amateur (que j'aime par ailleurs, mais pas chez lui ! et oui!!) et finalement, je l'ai trouvé limite grand publique. On ne s'ennuie pas vraiment alors que le rythme est plutôt lent mais colle pazrfaitement à l'ambiance voulu du film. Matthias en grand beauf torturé est très bien et Marion Cotillard, sans m'avoir ému, ne m'a pas donné envie de lui trancher la jugulaire à travers mon écran : JOIE (et fait rare).
    Son rôle doit être jouissif pour tout bon acteur qui se respecte, quel pied se doit être de jouer quelqu'un qui n'en a pas !

    Bon et beau film ( et pas si dramaqueen que ça, au final !)

  • La scène de Marion en Robocop est INOUBLIABLE et je reverrai ce film prochainement puisqu'on me l'a offert à Noël en DVD.

  • Il est mon meilleur film de 2012, palme d'or personnelle des films que j'ai pu voir !
    Je vais me le procurer en DVD !
    Bisous

  • Moi je l'ai déjà.
    Mais as tu vu Laurence ?

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