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M. & MME ADELMAN

de Nicolas Bedos ***

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Avec Nicolas Bedos, Doria Tillier

Synopsis : Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l'ombre de son mari ? Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d'un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Très agréable surprise que ce film ! J'avais trouvé la bande-annonce plutôt plaisante mais je ne m'attendais pas à être ainsi cueillie. A m'intéresser, à rire et à être émue. Nicolas Bedos pour sa première réalisation trousse une bien belle comédie "à l'américaine" et entreprend tout en flash-backs de raconter la rencontre et la vie d'un couple pas vraiment comme les autres mais pas non plus complètement exceptionnel.

Cela commence avec l'enterrement de Monsieur, écrivain célèbre et Académicien. Lors de la cérémonie post-obsèques, Madame reçoit un journaliste qui veut entreprendre l'écriture d'une énième biographie de la star. Elle lui suggère de plutôt s'intéresser à elle, à son point de vue. Et elle y va de sa vision de leur histoire, que personne ne connaît mieux qu'elle évidemment.

Rien ne manque, la rencontre, les petites joies, les grands bonheurs, les insurmontables chagrins que l'on finit par surmonter. C'est toute une vie qui défile et j'ai trouvé que c'était particulièrement bien vu et j'ai même réussi à m'identifier dans cette histoire d'amour qui dure, qui dure, qui dure...

Nicolas Bedos a lu beaucoup de livres et vu beaucoup de films, ça se sent, ça se voit. Son film est plein de références littéraires et au lieu de faire un hommage à un réalisateur que manifestement il adore, en plein milieu, il se permet une scène copiée-collée d'Annie Hall où Monsieur et Madame Adelman, en grande discussion (que l'on entend pas) se baladent dans un jardin parisien en automne. Et c'est beau.

Mais pas seulement, c'est vif, joyeux, plein de surprises, d'imprévus. C'est mouvementé, il y a des coups d'accélérateur et quelques ralentissements. Comme dans la vraie vie où l'on est pas toujours au sommet de la béatitude ni au fond du désespoir. C'est aussi parfois totalement politiquement incorrect surtout lorsque le fils tant attendu, tant idéalisé se révèle différent de tout ce qu'ils avaient imaginé. Le regard que les parents portent sur cet enfant décevant est vraiment osé. Et le couple (à la ville comme à la scène, je l'ai découvert) pense tout haut ce que certains doivent supporter tout bas. Ce n'est pas impossible que cela mette mal à l'aise certains, mais finalement, une pensée n'a jamais tué personne.

Beaucoup de thèmes sont évoqués, une fois encore je dirai comme dans la vraie vie tant ce film me paraît être une observation impitoyable et réaliste d'un couple et des aléas de la vie, accidents ou événements plus joyeux. Même s'il est évident que ce couple que l'on suit est doté de deux très fortes personnalités. Le réalisateur évoque aussi la difficulté de se défaire de son milieu, ici, des bourgeois cathos, d'en intégrer un autre, juif avec l'humour assorti. Mais il traite aussi des affres de la création, de ceux de la célébrité, du milieu littéraire, de l'imposture un peu, de l'amitié, de l'amour, de la passion, de la dépression... Certains personnages, certaines situations semblent caricaturaux ? C'est absolument justifié je trouve par le fait que l'histoire est racontée du point de vue de Madame, ce qui est par conséquent totalement subjectif, amplifié, déformé... ou pas !

J'ai aimé ce film bavard mais bien écrit, drôle et touchant. J'ai trouvé qu'il était aussi un hymne à la femme. Pas à toutes les femmes, mais à celle qu'on aime, un jour et pour toujours. J'imagine que certains doivent trouver que c'est plein de banalités et de lieux communs. Je trouve et je le répète que c'est plutôt la plupart du temps bien observé. Jusqu'à un twist final, pas forcément utile, mais surprenant.

Nicolas Bedos dresse aussi le portrait d'un type qui doit lui ressembler, égoïste, manipulateur mais également touchant et fragile qui se torture par un auto-dénigrement permanent très Woody Allenien. Il ne s'épargne pas et s'efface galamment, amoureusement derrière le personnage féminin devant lequel il s'agenouille. Il donne toute la place, toute l'énergie, tout le charme à Doria Tillier, une tornade extravagante, grande gigue irrésistible qui illumine le film.

Autour d'eux les seconds rôles font un bon job : Podalydès en psy parfois narquois, Pierre Arditi en deux scènes croque un patriarche bourgeois presque digne d'un Jean Gabin, Christiane Millet campe une mère bourgeoise et alcoolique incomprise et infiniment touchante, Ronald Guttman fait un grand numéro de père juif revenu de tout dans la joie et la bonne humeur, Jean-Pierre Lorit se tire admirablement d'un rôle difficile avec un charme fou.

Franchement, il serait dommage de bouder.

Commentaires

  • Il me tentait, vous me confirmez qu'il vaut le coup :)

  • Apparemment il n'a pas bonne presse... Pour une fois que je n'ai pas d'a priori sur quelqu'un :-) je me suis régalée.

  • j'aime pas trop ce Nicolas Bedos, je crois que ça tient à une espèce de condescendance qui se dégage de lui quand je l'ai vu 3 fois en interview, car en fait je n'ai aucun élément tangible, ou alors parce que par principe (débile, j'avoue) j'aime pas trop les "fils de". Bref... il se trouve que grâce à ta chronique,je me suis déplacée (quelle influente tu es) et j'ai adoré ce film. J'ai rit comme pas souvent au ciné et ça fait grand bien! Merci ;-)

  • Je l'ai adoré. Je suis bien d'accord, il serait dommage de le bouder malgré les avis grincheux des journalistes des Inrocks, de Telerama, du Monde...

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