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LA PRIÈRE

de Cédric Kahn ***(*)

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Avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl

Synopsis : Thomas a 22 ans. Pour sortir de la dépendance, il rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il va y découvrir l’amitié, la règle, le travail, l’amour et la foi…

Thomas arrive dans cette espèce de centre de réinsertion le visage tout cabossé. Le premier regard qu'il lance à la caméra n'est pas très affable. Pourtant, contrairement à certains compagnons d'infortune, c'est de son plein gré qu'il y arrive. Les premiers temps sont difficiles. Il ne parle pas et a du mal à s'intégrer à accepter les règles strictes : ne jamais être seul même un instant, de jour comme de nuit être suivi de son "ange gardien", n'avoir aucun contact avec l'extérieur, ne pas boire, ne pas fumer, ne pas rencontrer de filles. Elles sont elles aussi dans un centre du même style, à proximité. Mais chacun est néanmoins libre de quitter l'endroit quand il le souhaite. Ce n'est pas une prison.

Ce film aurait pu s'appeler le miracle ou la révélation mais c'est bien et étrangement par la prière que tous ces jeunes gens détruits s'en sortent.

D'abord sceptique quant à la méthode qui m'évoquait un peu un lavage de cerveau entrepris avec douceur et fermeté, je me suis finalement laissé gagner par l'ambiance et la manière dont ces garçons s'entraident pour se sortir de l'addiction qui les a menés au bord du précipice. Au-delà de la découverte de la foi, de l'importance capitale de la prière, c'est avant tout la camaraderie, l'entraide et la fraternité qui sont impressionnantes ici. D'ailleurs tous ces infortunés s'appellent entre eux compagnons.

Néanmoins, à l'instar de Cédric Kahn qui l'a dit en interview, je me sens parfois un peu envieuse de ce que les êtres peuvent vivre et découvrir grâce à la foi. Le film n'est pas prosélyte pour autant. Il observe discrètement et respectueusement comme l'a fait récemment Xavier Giannoli. Je ne pense pas qu'on puisse sortir brusquement converti  de la projection mais être témoin des bienfaits de la vie d'une communauté rassemblée autour de la prière est bizarrement réconfortant.

Je ne sais si ce genre d'endroits existe et c'est assez surprenant et peut-être même invraisemblable de découvrir que certains "compagnons" y restent plusieurs années... J'aurais sans doute préféré que ce centre soit laïc mais évidemment dans ce cas le film n'aurait pu s'appeler la Prière, on est d'accord ! Ces petites réserves mises à part, je dois admettre que j'ai quitté la salle étrangement apaisée.

On s'aperçoit que le temps passe au rythme des saisons. L'endroit parfaitement isolé est entouré de montagnes. Le paysage et la météo sont donc très différents au fil du temps. Comme il arrive dans certains films, la nature, assez sauvage ici, est donc un personnage à part entière et sera le témoin et l'acteur d'une scène exceptionnelle (ne lisez pas Télérama avant de voir le film, comme d'habitude Pierre Murat prend un malin plaisir à TOUT raconter ; je ne lis plus jamais ses avis avant de voir un film).

La rencontre avec Sybille, jeune femme pleine d'empathie, de rêves et d'énergie, m'aurait sans doute paru artificielle ailleurs, mais là encore le réalisateur l'intègre subtilement dans l'histoire et l'harmonie entre les deux personnages fait le reste.

Le Thomas des évangiles ne croit que ce qu'il voit il me semble. Celui-ci fait son chemin doucement jusqu'à la révélation. Je n'ai donc pas compris le pourquoi des baffes phénoménales qu'il reçoit de la part d'Hanna Schygulla en Sœur Myriam quasi sainte, qui le traite de menteur. Malgré un final surprenant, je l'ai toujours trouvé particulièrement sincère Thomas.  Et touchant.

Le casting m'a paru tout à fait étonnant. J'ai même cru que tous les personnages secondaires étaient de véritables résidents d'un tel centre tant ils sont crédibles et n'ont pas l'air de "jouer". La musique est essentielle et elle provoque même une dichotomie révélatrice... dans l'esprit de Thomas. J'ai beaucoup aimé les scènes de chants et l'aria (très connu) que l'on entend à plusieurs reprises est renversant.

C'est Anthony Bajon qui interprète Thomas. Il a eu le Prix d'Interprétation au Festival de Berlin. C'est amplement mérité. Son beau visage encore poupin passe de l'enfance à l'adulte d'une scène à l'autre. Il habite littéralement le film de sa belle présence, son sourire et son regard.

Commentaires

  • Ah mince j'avais pas vu :-)))

  • J'y vais tout-à-l'heure. J'ai lu la critique de Pierre Murat et je lui en veux. J'ai la mauvaise habitude de ne pas regarder la signature quand je commence à lire, maintenant je vais faire gaffe.

  • Ah oui quand c'est lui c'est SYSTEMATIQUE tu as toute l'histoire et les moindres rebondissements. Il est pénible ce type. Et au Masque c'est encore pire car tu as le son... Mais tu vas apprécier quand même.

  • J'ai apprécié oui, au moins c'est un thème que l'on ne voit pas tous les huit jours. Je n'ai pas reconnu Hannah Schygulla. Quand aux deux baffes, la méthode est contestable, mais elle est arrivée à ce qu'elle voulait : fendre la carapace. Je me suis dit à la fin qu'il n'était pas sorti de l'auberge Thomas ...

  • Ah je l'ai bien reconnue moi avec ses pommettes haut perchées.
    J'ai trouvé la méthode baffes, à côté de la plaque car je le trouve plein d'interrogations (justifiées) le Thomas mais sûrement pas menteur.
    Et oui, il a encore du chemin mais tellement rayonnant à la fin...

  • Bonjour Pascale,avec mes deux semaines d'absence, j'ai du retard à rattraper dans les films, celui-ci en fait partie. Je suis sûre qu'il va me plaire. Bon dimanche.

  • Rebonjour Pascale, j'ai vu ce film avant le vol. Je suis resté un peu sur ma faim. J'ai préféré l'Apparition. Le retournement psychologique de Thomas m'a paru un peu rapide. Au début, il est révolté et puis, une image plus tard, il veut devenir prêtre. Bon... Bonne journée.

  • Pierre Murat sortez de ce corps.... :)

  • Bonsoir dasola. Moi aussi j'ai préféré l'Apparition. Mais celui-ci ma beaucoup touchée aussi.

  • Oui, ça ne se fait pas :-)

  • J'ai fait ma prière, un peu tard il est vrai. Cédric Kahn marche dans les pas de Dumont avec son style dépouillé, sans pour autant atteindre la même plénitude. Sans être totalement converti, j'ai trouvé le récit intéressant, surtout quand il décrit la communauté en laissant planer un doute sectaire (c'est en tout cas mon ressenti). On le sent intrigué par le sujet mais s'en sort par une pirouette laïque. Pas son meilleur. Le Giannoli serait meilleur ?

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