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LES CHATOUILLES

d'Andréa Bescond et Eric Métayer ***(*)

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Avec : Cyrille Mairesse, Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Carole Franck, Gregory Montel, Gringe

Synopsis : Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie...

A vrai dire depuis des semaines que je vois cette affiche sur les murs et les colonnes, j'avais imaginé qu'il s'agissait d'une énième comédie familiale... En quelque sorte, c'est ça.

J'avais décidé de ne pas, comme souvent, écrire sous le coup de l'émotion vive que m'a provoquée ce film. Mais des jours après j'ai toujours autant de mal à l'aborder. Alors j'y vais quand même, comme je peux.

Le film est l'adaptation de la pièce de théâtre d'Andréa Bescond et Eric Métayer, compagnons à la scène comme à la ville, Les Chatouilles ou la Danse de la colère. La pièce comme le film évidemment s'inspirent de ce qu'a vécu Andréa Bescond dans son enfance, les violences sexuelles répétées de la part du meilleur ami de ses parents, une ordure au visage et à la voix d'ange qu'évidemment personne ne peut soupçonner. Et je salue bien bas Pierre Deladonchamps qui a eu la ressource et la hardiesse de l'incarner. On parle souvent du courage des acteurs qui s'impliquent dans un rôle, qui prennent ou perdent dix kilos voire s'enlaidissent (quel héroïsme)... souvent cela m'amuse ou m'agace. Ici, même et plus que jamais s'il n'est pas malin d'identifier un acteur à son personnage, je trouve Pierre Deladonchamp particulièrement courageux.

Car le film démontre comment une sinistre crevure a fait d'une petite fille douce, calme, sage, silencieuse, solitaire, passionnée de danse une adulte enragée, en colère, brutale, parfois vulgaire comme elle le dit elle-même. Comment aurait-elle pu intégrer le corps de ballet de l'Opéra,  devenir la petite Odette du Lac des Cygnes, elle qui ne peut danser que par saccades et soubresauts ?

Comment réussir à parler de la pédophilie avec autant de justesse, de finesse sans noirceur tout en rendant parfaitement compte de l'abomination ? Nous disions récemment entre "collègues" blogueurs qu'il nétait pas nécessaire d'être serial killer pour évoquer un serial killer mais l'élément autobriographique ici et le fait qu'Andréa Bescond incarne elle-même renforce l'émotion provoquée. On voit quelle belle et énergique femme elle est devenue mais elle n'élude pas la partie sombre de sa vie, le champ de bataille chaotique qu'elle a eu à traverser pour réconcilier enfin la petite fille et l'adulte.

J'ai plutôt apprécié les artifices de réalisation contrairement à ce qu'ont dit Laurent Delmas et Christine Masson, particulièrement en forme pour dénigrer le film face à leurs invités bienveillants et bien embarrassés. Contrairement à eux je n'ai jamais ressenti le moindre pathos et j'ai aimé cette construction du film qui mélange passé et présent, réalité et fantasme, la façon de placer les séances chez la psy dans les situations réelles. En résumé, la psy et Odette adulte se trouvent parfois spectatrices de ce qui s'est passé pendant l'enfance et il leur arrive de commenter ce qu'elles observent.

La réplique qui m'a tuée... Odette demande à sa psy :

- "pourquoi il n'arrête pas à ce moment là ? Il voit bien que je n'aime pas ?
- parce que c'est un viol".

Et oui, les violeurs ne demandent pas la permisssion et comme cette ordure est récidiviste et ne s'est pas contenté d'outrager Odette, lors de son procès il se justifie : "elle ne m'a jamais dit non". On reste sans voix.

Le film est plein de ruptures, certains disent faiblesses. Ce n'est pas ce que j'ai ressenti. La magie du cinéma fait apparaître Rudoph Noureev. Les scènes de danse énergiques, presque brutales sont là pour appuyer le propos. Les convulsions du corps expriment comme jamais ce qui n'a jamais été dit. L'aveuglement des parents est subtilement montré. Devant l'écran, on a envie de supplier Odette de se mettre à parler, d'hurler qu'elle ne veut plus que ce type vienne la chercher à l'école, qu'il ne l'emmène plus en vacances. Odette se tait, soupire et ouvre grand ses beaux yeux suppliants. La mère (Karin Viard, froide, glaciale, presqu'aussi courageuse que Pierre Deladonchamps dans ce rôle antipathique) se plaint constamment, ne comprend pas cette enfant qu'elle trouve sans doute trop choyée et qui peut, contrairement à elle sans doute, s'exprimer par sa passion et choisir de danser. Le père est d'une certaine façon protecteur et tellement loin d'imaginer qu'on puisse approcher sexuellement une enfant, et en particulier la sienne, qu'il n'imagine pas que des chatouilles puissent être autre chose qu'un jeu. On lui en veut de ne pas réagir lorsqu'un autre ami lui ouvre presque les yeux. Ce "presque" fait toute la différence. Clovis Cornillac, dans son meilleur rôle je trouve, est bouleversant car il trouve et répète le seul mot valable et acceptable à dire à sa fille lorsqu'il apprend la vérité !

La révélation glaçante finale qu'un enfant sur 5 serait victime de violences sexuelles a fini de m'achever. Le film est dédié "à nos enfants", sans précisions de prénoms. Je ne sais si les réalisateurs en ont à eux mais j'ai trouvé cette dédicace subtile comme beaucoup d'aspects du film. Oui, dédions Les chatouilles à nos enfants, qu'ils soient tous protégés de ces prédateurs malades. Je précise pour les âmes sensibles, qu'aucune scène explicite n'est montrée. Tout se passe derrière de jolies portes décorées de dessins d'enfants.

Commentaires

  • Comme toi je trouve que les effets choisis par la réalisatrice sont particulièrement bien faits et ils accentuent les propos du film. Clovis cornillac est superbe dans la scène dans la voiture avant le commissariat et Karine Viard est glaçante dans la scène après le commissariat. L actrice qui joue Odette petite est remarquable selon moi.

  • Je suis d'accord avec tout ce que tu dis.
    La scène dans la voiture... Clovis m'a fait pleurer. Je craignais qu'il dise autre chose. Un seul mot suffit et c'est le bon...

  • il y a un bon moment que je suis pas venue ici , mais j'attendais cette critique avec impatience ( façon de parler) car on est en train de vivre ce drame en réel , depuis une semaine , depuis que ma petite-fille Fanny de 7 ans , a osé parlé , je te dis dans quel état ma fille et moi-même sommes , le bourreau est le beau-père , ma fille ne vit plus avec depuis un an et demi , elle a réussi à partir car elle aussi a subi des viols et violences , la petit a pu libéré sa parole , ma fille a lu aujourd'hui la déposition , les mors sont crus , directs et violent tout comme un viol.... je dois aussi être entendue par les gendarmes ...je ne suis pas ici pour me lamenter , juste dire qu'on est en plein de ce tourbillon , et quand j'ai vu la bande -annonce de ce film récemment ,WAOW est-ce une coïncidence? ? Trop bizarre ...un sujet bien difficile et j'aimerai savoir si tu conseilles de voir ce film avec ses enfants , bien évidemment pour ma petite-fille , elle a parlé donc c'est bien ( je suis malade rien que d'y penser) , mais ça peut servir à d'autres , soit les mettre en garde ou alors les aider à parler si il y a besoin.... je me posais la question.... en tout cas ta critique donne envie de le voir , même si personnellement je n'ai pas envie pour le moment , c'est trop dur ....plus tard sûrement et bisous au passage

  • Oh Anne. Il m'arrive de penser à toi. A ton fils, ton ange... Je n'en reviens pas des drames que tu vis et ta famille.
    Je deviendrai dingue si une telle pourriture approchait ma Poupée.
    Je vous souhaite d'aller mieux toutes les trois.
    L'ordure ira en prison.
    Maigre consolation.

    Quant au film. Il arrive à être joyeux parfois. La victime est une adulte accomplie à présent, mais quel chemin de croix.
    Je serais bien incapable de te dire si tu peux voir ce film... Moi, je n'emmènerai pas ma petite fille.

    Il est loin le temps où on chantait sur les blogs... Le temps du bonheur tu te souviens ?
    Je t'embrasse fort.

  • moi aussi je pense souvent à toi , à la grande époque des blogs , on était heureuses et insouciantes , le destin nous a rattrapé
    merci de tes conseils , je n'avais pas l'intention d'emmener Fanny , mais juste savoir pour d'autres enfants , si ce n'est pas trop dur....
    je me relèverai une fois de plus , mais je m'inquiète pour mes poupées forcément , c'est terrible de voir la chair de sa chair souffrir....le temps , les psys ...l'amour que je leur porte , ainsi que celui de ses frères et tontons , je prie pour que l'ordure soit puni et qu'il ne puisse plus approcher sa propre fille âgée de presque 4 ans....ni aucun autre enfant....
    c'est étrange , tu vois j'allais beaucoup mieux , avec 7 ans et demi de recul , une plaie pansée mais jamais guérie et vlan , un autre drame frappe sans crier gare....mais on va rester unis et on s'en sortira
    je t'embrasse bien fort aussi

  • Justement dans le film, ça a terrifié Odette quand elle a vu que l'ordure devenait grand-père de jumelles. Elle a tout de suite craint pour elles...
    Il ne faut plus les laisser approcher un seul enfant. ça les rend fous ces types. J'espère aussi qu'il ira en prison. Il paraît qu'ils ne sont pas très bien reçus les violeurs d'enfants !..
    Je vois que vous êtes toujours unis. Vous traversez ça ensemble, c'est votre force.
    Quant aux absents, on sait à quel point ils sont TOUJOURS avec nous. Je travaille avec un Quentin ; un être de lumière comme le tien :-)
    Je te serre dans mes bras et je sais que ta fille et ta petite fille peuvent s'appuyer sur toi. Tu es un roc. Et Robert Zimmermann doit toujours t'accompagner j'imagine :-)

  • Je ne pense pas aller le voir, mais la réalisatrice était vraiment parfaite dans ses interviews ; j'admire qu'elle puisse parler de ses épreuves aujourd'hui avec tant de mesure et d'intelligence. Mais trente ans de travail en service social m'ont fait cotoyer tellement de situations de ce genre que je ne peux plus, j'ai l'impression de connaître le scénario par coeur. Et je suis verte à l'idée que nous sommes dans une société qui protège toujours davantage l'adulte que l'enfant. Il n'y a qu'à voir le nombre de procès ou le viol est requalifié en attouchements.

  • Oui réveiller ces histoires sordides et impensables n'est pas forcément réjouissant mais il y a beaucoup de lumière dans ce film et il parle plus de reconstruction que de démolition. Même si on y pense constamment tant ça donne envie de vomir.
    Le film pourrait te surprendre.
    Le drame est insoutenable. Rien que d'y penser ca rend malade...
    mais la façon dont c'est traité est intelligente et toi qui aimes tant la danse...

  • Ta critique est magnifique et décrit exactement ce que j'ai ressenti. J'en suis sortie bouleversée. Et en même temps, c'est un objet cinéma très atypique. Je l'ai trouvé très très fort.

  • Merci.
    Oui avec ce sujet tellement insoutenable je m'attendais à plus de "facilités" dans l'émotion. Je ne comprends pas les critiques qui prétendent que c'est bourré de pathos... alors que c'est l'énergie et la lumière qui dominent sans éluder l'aspect révoltant, répugnant... et sans rien montrer évidemment. C'est une réussite pour moi.

  • J'ai eu la chance de voir la pièce -et j'avais dû t'en parler-. Elle est construite de la même façon que le film, tenue par ce bout de femme. Je n'ai pas encore vu le film car j'ai peur que ce ne soit pas à la hauteur de la pièce, bouleversante, émouvante.

  • Ce sera forcément différent mais si tu as aimé la pièce et la dame... ça devrait le faire.
    Moi j'en peux plus de pleurer. Et cette semaine je n'irai pas revoir Pupille (magnifique). De toute façon les mouchoirs sont en rupture.
    Si tu m'en as parlé, j'ai oublié (je ne t'écoute pas assez).

  • Nous l’avons vu hier soir - nous sommes d’accord avec vous ! C’est un film choc, mais quel film...

  • Oui je le répète subtil, assez insupportable et pourtant lumineux.

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