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ROJO

de Benjamin Naisthat **(*)

ROJO de Benjamin Naisthat, cinéma, Festival Film Policier Beaune

Festival International du Film Policier de Beaune 2019 

Compétition Officielle - Argentine

Avec Darío Grandinetti, Andrea Frigerio, Alfredo Castro, Laura Grandinetti, Diego Cremonesi, Susana Pampín, Claudio Martínez Bel

Synopsis : 1975. Claudio, avocat réputé et notable local, mène une existence confortable, acceptant de fermer les yeux sur les pratiques du régime en place. Lors d’un dîner, il est violemment pris à parti par un inconnu et l’altercation vire au drame. Claudio fait en sorte d’étouffer l’affaire, sans se douter que cette décision va l’entraîner dans une spirale sans fin.

Ce film aurait put s'appeler Désert tant les possibilités sont immenses pour y déposer des cadavres gênants…

En sortant de la salle j'ai entendu deux personnes déçues qui disaient avoir eu l'impression de voir un épisode de Colombo tant le film semble daté. Je comprends ce qu'elles veulent dire mais je les trouve vraiment sévère. L'action se déroule dans les années 70. On ne peut donc reprocher au réalisateur une reconstitution d'époque impeccable. Il est vrai qu'il ne manque ni pattes d'éph' ni moustaches. Mais l'évocation de cette époque doit être plus "parlante" pour les argentins puisqu'elle se situe à la veille du coup d'Etat. Donc, si on est pas féru d'histoire argentine on peut passer à côté de l'aspect socialo-politique : misère, chômage, inégalité, corruption… Mais je pense qu'il n'y a pas besoin d'avoir fait une thèse historique pour apprécier le film car côté réalisation et polar, c'est du lourd.

La construction du film nous balade astucieusement pendant sans doute plus d'une heure pour finir par refermer toutes les pistes ouvertes et résoudre les énigmes. Sauf une… la disparition d'un ado dont le corps doit s'être desséché au soleil du désert...

Les deux premières scènes sont surréalistes. En plan fixe on observe des gens sortir les uns après les autres d'une maison, sans paroles, sans explications. On ne reviendra que beaucoup plus tard dans cette maison. La deuxième scène se passe dans un restaurant et la tension monte entre un type assis à une table de restaurant. Il ne consomme pas, il attend sa femme. Un autre homme le fixe et s'indigne que lui soit obligé d'attendre (le restaurant est plein) alors qu'il est seul et pourrait consommer. Le premier finit par céder sa place au second qui va l'humilier devant toute l'assemblée. C'est ce petit grain de sable qui va mettre le feu aux poudres…

L'humour, l'absurde et le suspense se côtoient dans ce polar. De cette scène inaugurale va surgir toute une spirale d'évènements qui vont placer le "héros", un avocat sûr de lui (sosie de Jean-Pierre Marielle), face à ses contradictions et ses responsabilités et peut être aussi sa morale. On en doute davantage. Le chacun pour soi étant le mot d'ordre. Mais sa petite vie bourgeoise et tranquille risque d'être bouleversée dès qu'intervient un enquêteur intraitable sous sa mine quelconque.

On est mal à l'aise, on doute, on hésite, on ne sait trop où l'on va. Une éclipse totale du soleil, que l'on observait droit dans les yeux à l'époque, va même s'inviter dans le paysage pour encore troubler notre perception.

Le réalisateur insiste sur l'aspect politique de son film :J'avais besoin d'en parler dans Rojo : ma famille a vécu l'exil et l'incendie de sa maison par des groupes d'extrême-droite. Je suis né avec la résonnance de ces récits. Je voulais faire un film sur cette société malade, pour qu'elle se réveille et se regarde dans le miroir. Parce qu'on va tous chez le psychanalyste, en Argentine".

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