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LE TRAÎTRE

de Marco Bellocchio ***(*)

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Avec Pierfrancisco Favino, Maria Fernanda Candido, Fabrizio Ferracane, Luigi Lo Cascio

Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil.

Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s'enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l'histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra.

Un film passionnant ce n'est pas si courant. D'autant que le sujet peut en rebuter beaucoup. Que les personnages décrits ici ne sont guère reluisants et que l'organisation elle-même dont il est question n'incite pas à l'empathie. Malgré ces a priori et aspects peu sympathiques, Marco Bellochio réussit le portrait fascinant d'une organisation, d'une époque mais aussi, mais surtout, d'un homme.

Le réalisateur n'a pas lésiné sur la reconstitution. Les costumes et les colles pelles à tarte, les coiffures opulentes et les moustaches drues nous plongent directement dans les seventies. Mais ce qui impressionne immédiatement c'est la première scène où deux familles de la mafia sicilienne jurent de faire alliance pour dominer le marché florissant de la drogue. Une villa somptueuse qui domine une baie, un bal, un feu d'artifice mais aussi des sourires, des accolades, des poignées de mains. On est en terrain connu. La mafia sait comme personne organiser ce genre de fêtes grandioses au vernis de surface qui se craquelle et où tout sonne faux, où ces truands sans foi ni loi jouent les mondains et ont bien du mal à dissimuler leur vulgarité. On est bien chez le Parrain mais dans le regard de Tommaso Buscetta, l'inquiétude est déjà perceptible. Tout comme sa dureté vis-à-vis d'un de ses fils, ravagé par les effets de la drogue. C'est comme s'il assistait à la fin d'un monde.

L'inquiétude de Buscetta se révèle justifiée dès les scènes suivantes où le décompte des morts se fait directement sur l'écran. La famille des corleonesi entend exterminer tous ceux qui les gênent dans leur ascension et abattent à bout portant hommes, femmes et enfants car il faut que la semence se perde.

Plutôt qu'un règlement de compte Buscetta choisit la fuite vers le Brésil où il va tenter de se construire une nouvelle vie, abandonnant au passage deux fils issus d'un premier mariage. La scène où beaucoup plus tard, il regrettera ce choix est un des grands moments émouvants du film car cet homme complexe, égoïste et flamboyant se découvre un cœur. Et c'est l'autre prouesse du réalisateur mais aussi d'un acteur exceptionnel, Pierfrancisco Favino, de nous rendre cet homme qui a du sang sur les mains, profondément attachant.

Finalement Buscetta réserve pour lui et sa famille une vie à se cacher car où que vous soyez, la pieuvre s'étend et vous retrouve. Il ne s'y attendait sans doute pas. Pas en partant si loin. C'est ainsi qu'après avoir été torturé dans les geôles brésiliennes, il revient en Italie, tente de se suicider et rencontre le Juge Falcone engagé dans la lutte antimafia. Leurs échanges passionnants empreints de respect et de tact aboutiront au maxi procès où doivent comparaître 475 accusés sur la foi du témoignage de Buscetta. Certains sont en cavale. La joute verbale qui s'installe entre Falcone et Buscetta est un moment crucial (mais trop court) du film. Le mafieux ne se considère pas comme un repenti qui signifierait qu'il a trahi la cause. D'après lui ses révélations sont justement le fait qu'il serait le seul à continuer à respecter le code d'honneur de la Cosa Nostra alors que les autres en ne respectant plus rien et notamment la famille l'aurait trahie. La nuance est subtile et on peut sourire d'entendre ces criminels se rengorger d'un prétendu code d'honneur auquel ils semblent croire dur comme fer alors qu'ils baignent dans le sang.

Le procès est un sommet filmé de façon magistrale. Face au nombre conséquent d'accusés, une sorte de bunker est construit pour accueillir tout ce monde. Les accusés sont placés par groupes dans des cages avec de solides barreaux tandis que le "témoin" leur tourne le dos dans une cage en verre. On assiste médusé, à l'instar du Président du Tribunal, à un grand Barnum où les mafieux encagés rugissent comme des bêtes sauvages, un d'entre eux sortira son sexe, un autre se coudra la bouche pour ne pas parler et la confrontation avec le repenti qui n'en est pas un tourne court faute de participants qui veulent l'affronter. C'est un cirque, un théâtre, un asile d'aliénés. Bien que certains seront condamnés à plusieurs perpétuités, l'assassinat du juge Falcone pourtant sous haute protection sera quand même commandité par le plus sauvage d'entre tous, un véritable psychopathe Salvatore Riina. La scène de l'attentat filmée à l'intérieur du véhicule des victimes est également un modèle. L'explosion transforme l'autoroute proche de Palerme en véritable scène de guerre.

Une autre surprise de taille vient d'une manifestation du "peuple" qui revendique de libérer les condamnés, car mafia = travail ! J'ai lu depuis que, bien que mort récemment à 87 ans, Riina serait encore considéré comme étant à la tête de la Cosa Nostra.

Il s'agit donc d'une grande fresque illustrée par de multiples flash-backs et dominée par un acteur incroyable qui nous fait vivre cette épopée moderne à hauteur d'homme, condamné à vivre sous un faux nom, traqué, attendant qu'on vienne le débusquer pour le tuer. Sidérant.

N.B. : Ne ratez pas, actuellement en replay sur Arte et jusqu'au 12 novembre le premier film choc de Marco Bellocchio Les poings dans les poches...

Commentaires

  • J'avais envie et pas envie de le voir. Pour les raisons que tu cites notamment, le thème .. Mais tu as su faire pencher la balance. Je me le note pour la semaine prochaine.

  • Je comprends mais tu as raison, c'est un film formidable à ne pas rater je trouve. Et cet acteur !!!

    J'ai mis 3 commentaires chez toi (1 sur le voyage, 2 sur le cinéma) ils n'apparaissent pas. :-('

  • Merci.
    Oui quel acteur.
    Je te laisse t'occuper de Adults in a room :-)... J'ai vu, mais je ne me sens pas de taille de parler de tout ça. La politique économique c'est trop compliqué.

  • Bonjour Pascale, je confirme que le rendu sur l'écran d'"Adults in the Room" est moins passionnant que "Le traître" et c'est dommage car le sujet est passionnant. "Le traître" : très grand film. Bon dimanche.

  • Bonjour dasola. Ah oui Adults in a room, quelle austérité ! Déjà le thème ne va pas attirer les foules mais le traitement n'est pas bien attirant non plus. Bon dimanche.

  • Je pense que c'est Le film à voir en ce moment, plus encore convaincu par ce que tu as écrit dessus. De Bellochio je n'ai vu que le très beau Vincere. Je vais m'intéresser à ce replay d'Arte.

  • Absolument.
    Mais le renversant J'ai perdu mon corps m'habite encore...
    Le replay est un chouya rebutant...

  • Quel excellent film, je l'ai même trouvé "court" étant donné qu'il me passionnait et que j'étais prête à en savoir encore plus. Direct dans mon top 10 de l'année. Magistralement mis en scène et interprété. Vraiment dommage qu'il n'ait rien eu à Cannes !

  • Un très bon film, avec un acteur extraordinaire !

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