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DÉSIGNÉ COUPABLE

de Kevin Macdonald ***(*)

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Avec Tahar Rahim, Jodie Foster, Benedict Cumberbacht, Shailene Woodley

Pour avoir séjourné en Afghanistan et combattu dans les rangs d'Al Qaïda puis renoncé au combat, et être le cousin d'un homme sans doute proche de Ben Laden... Mohamedou Ould Slahi, mauritanien (à l'origine le titre du film était Le mauritanien) sera détenu pendant 14 années à Guantánamo, sans jugement ni inculpation, suspecté d'être l'un des organisateurs des attentats du 11 septembre 2001.

Le film relate les années de détention de Mohamedou et le combat mené par son avocate (et son assistante) bénévoles, l'admirable Nancy Hollander et Terry Duncan.

Bien sûr il s'agit d'un film dossier comme on en a vus tant et il est adapté des mémoires du détenu "Les Carnets de Guantánamo", mais il est de haute tenue. Le prisonnier a appris l'anglais en détention et l'ouvrage a été publié en Angleterre en 2015 en partie grâce à Benedict Cumberbacht qui interprète ici le rôle de Stuart Couch. Ce dernier d'abord procureur principal a finalement renoncé à cette tache lorsqu'il a découvert les conditions de détention inhumaines du prisonnier mais aussi l'absence totale de preuves à sa charge.

Autant que l'analyse et la démonstration accablante des manières et conditions peu reluisantes qui sévissent à Guantanamo et le sort réservé à un homme (innocent), c'est aussi le portrait impressionnant d'une femme humaine et humaniste qui se bat au détriment de toute vie privée pour faire valoir un principe simple mais fondamental : l'habeas corpus qui devrait garantir à tout citoyen de ne pas être emprisonné sans jugement. En vertu du principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. C'est au départ au nom de cette règle que l'avocate Nancy Hollander se bat et rencontre son client qu'elle ne considère pas forcément comme innocent. L'ambiguïté, la culture et l'humour de Mohamedou laisse effectivement planer le doute sur la réalité de ses accointances et de son implication dans les attentats. Le suspense n'est pas insoutenable mais la personnalité du détenu n'est pas lisse et plutôt que de hurler et clamer son innocence, il reste parfois évasif.

On retrouve donc tout ce qui fait un film dossier. D'un côté l'avocate enfermée dans une pièce sans fenêtre avec des montagnes de documents, des milliers de pages à parcourir la plupart caviardées par la censure et son combat pour tenter d'accéder au dossier classified qui serait plus révélateur. De l'autre le détenu qui après des mois d'interrogatoires relativement courtois voit son traitement passer le cap de l'inacceptable motivé par Bush et Rumsfeld. Dès lors, les tortures par entrave par des chaînes en position stressante, simulation de noyade, étourdissement par la musique à plein volume, privation de sommeil, humiliations sexuelles, soumission au froid, tortures psychologiques deviennent son quotidien pendant 70 jours…

Entre ces deux angles d'approche, le prisonnier et son avocate se rencontrent plusieurs fois et tissent un lien qui ira semble-t-il au-delà de la détention. Les deux acteurs sont fascinants dans ces moments. Mais le réalisateur nous montre un autre aspect de ce lieu hors du monde. Les militaires en poste à Guantanamo donnent l'impression d'être sur une île paradisiaque lorsqu'ils sont en permission. Soleil, baignade et surf au programme. Et le plus ahurissant, une boutique de vente de souvenirs de l'île... casquettes et mugs à l'effigie de cet enfer.

Certes le film est balisé selon les codes du film d'enquête mais c'est plutôt intelligemment fait et donne finalement quelque espoir en l'espèce humaine... et puis, il y a les acteurs. Le casting est idéal. Jodie Foster autoritaire et obstinée impose la forte personnalité d'une femme hors du commun. Et Tahar Rahim hisse son interprétation au niveau de celle qui l'avait consacré dans Un prophète. Son interprétation est magistrale.

«Le jour où j’ai pardonné à tout le monde, j’ai trouvé la paix et la sérénité. Ça a été une libération, car, finalement, je n’ai pas pardonné parce que les gens le méritaient, mais parce que je voulais vivre en paix avec moi-même et le monde. Ce n’était bien sûr pas mon premier instinct, mais j’ai trouvé le chemin de la réconciliation et de la coexistence
Mohamedou Ould Slahi

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Commentaires

  • Celui-ci est de grande qualité.

  • C'est plutôt classique au niveau de la mise en scène... mais qu'est-ce que c'est bien joué ! Et c'est une histoire forte. Ce n'est pas un film qu'on oublie sitôt le cinéma quitté.

  • Je suis d'accord c'est classique mais effectivement l'interprétation et l'histoire : quels chocs !
    La salle était muette à la fin et a poussé un oooh d'indignation à la lecture du sort de Mohamedou.

  • Nous irons sûrement voir ce film pour plusieurs raisons : pour ce sujet qui reste d'actualité et les acteurs !

  • Deux excellentes raisons.

  • Aïe le temps...

  • Bonne décision.

  • C'est un film que j'ai peur de rater, pourvu qu'il reste encore un peu à l'affiche. J'avais adoré T.Rahim dans Un prophète, et je voudrais le voir dans celui-ci.

  • A Paris tu as des chances. Il est encore chez moi...
    Tahar est exceptionnel. Son meilleur rôle depuis le Prophète.

  • Vu hier soir ! Quelle claque OMG. Et Tahar ... Mais Tahar

  • Tahar quoi :-)

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