LA GUERRE DES ROSE
de Jay Roach **(*)
ETATS-UNIS
avec Benedict Cumberbacht, Olivia Colman
Pour Ivy et Theo c'est le coup de foudre au premier regard ou plutôt dès la première conversation qui se conclue par une urgence torride en chambre froide...
Leur humour, leur second degré, leur fantaisie s'accordent instantanément. Les années passent et si ce n'est le léger décalage à propos de l'éducation des enfants (laxiste pour maman adepte du laissez les enfants vivre leurs expériences (en bouffant n'importe quoi (l'obésité des enfants est d'ailleurs ici moins "assumée" qu'en 89)), plus stricte pour papa accro à la transpi et à l'effort physique) l'harmonie, l'entente, la complicité, la connivence et l'amour de ce couple font rêver. Chaque petite baisse de régime, amorce d'incompréhension est pour ce couple parfaitement en osmose, l'occasion de se remettre en question, de comprendre et accepter l'autre encore un peu plus. Professionnellement Theo, architecte, est l'image même de la réussite jusqu'à une grosse bévue qui le condamne à devenir homme et père au foyer tandis qu'Ivy, cuisinière remarquable à la maison ne cesse de gravir à son tour les échelons de la réussite en créant un véritable empire culinaire.
De ce réalisateur je n'ai vu que Scandale et Dalton Trumbo que j'avais appréciés, mais aucune de ses comédies (Austin Powers, Mon beau-père...) qui me paraissaient être le type même des comédies lourdingues qui ne m'amusent pas (si j'ai tort, tant pis)). Et là, je me demande, lorsqu'un film tel que La guerre des Rose version Dany DeVito (1989) était tellement réussi où est l'intérêt d'en proposer une nouvelle version ? Surtout qu'en ce qui me concerne, je trouve que ce remake n'arrive pas à la cheville (la cheville d'un film vous situez ?) du premier. Je crois avoir lu que cette nouvelle adaptation du roman The War of the Roses de Warren Adler (pas lu) lui est plus fidèle. Quoiqu'il en soit, cinématographiquement c'est nettement moins réjouissant que l'entreprise de démolition aussi hilarante que perturbante et angoissante proposée par Danny DeVito qui réunissait le couple glamourissime Michael Douglas et Kathleen Turner (déjà parfaitement assorti dans A la poursuite du diamant vert et Le diamant du Nil).
Là où la relation entre Oliver et Barbara Rose devenaient épidermiquement impossible puis hors de contrôle, Ivy et Theo se placent toujours du côté des explications, de la réflexion, des conversations pour tenter de comprendre l'autre. Cela donne évidemment des dialogues assez piquants aux réparties parfois vachardes, mais on ne situe pas bien le moment de bascule où les deux amoureux finissent par (prétendre) ne plus se supporter. C'est assez brutal (et tardif), lorsqu'ils se retrouvent chez leurs avocats, on ne comprend pas ce qui les y a conduits et le jeu de massacre exceptionnel orchestré par Danny DeVito n'advient jamais réellement.
En outre les personnages secondaires sont dénués de tout intérêt. En tête de liste l'amie du couple qui rêve de coucher avec Theo, le serveur efféminé et tous les amis du couple en général. Ce n'est absolument pas drôle lorsque les deux personnages principaux ne sont plus en tête à tête, seuls à l'écran. Encore moins drôle cette scène répétitive où Ivy allergique aux framboises ne peut s'empêcher de manger des framboises, s'approche du choc anaphylactique la contraignant à recevoir une injection ! (Mais là c'est sans doute l'allergique en moi qui parle).
Malgré ces réserves, cela donne une petite proposition de film pas désagréable du tout mais qui ne tient pas la comparaison avec son illustre aîné que j'ai revu avec toujours la même gourmandise. La bonne impression est évidemment due au couple d'acteurs britanniques qui est manifestement très complice dans la vraie vie et que cette complicité et la joie de jouer ensemble dans le registre de la comédie sont visibles. Même si (pardon aux âmes sensibles #Princécranoir) le couple de personnages fonctionne mal à mes yeux. La classe de Benedict contraste vraiment avec l'absence d'élégance d'Olivia qui est ici coiffée à rebrousse poils, habillée comme une souillon à la Foirfouille (et qui sourit beaucoup trop énormément...) et malgré leurs deux ans d'écart j'avais parfois l'impression de voir une mère et son fils... Oui, je sais, c'est mal, cela ne se dit pas mais c'est vraiment ce que j'ai vu.
En outre, il est évident qu'on atteint pas ici l'intensité exceptionnelle de la mythique, inoubliable, scandaleuse scène finale de 1989. Ce pur moment d'audace scénaristique qui faisait réfléchir à deux fois avant d'entamer une procédure..!