ELEANOR THE GREAT
de Scarlett Johansson ***
Avec June Squibb, Erin Kelliman, Jessica Hecht, Chiwetel Ejiofor, Will Price, Rita Zohar
ETATS-UNIS
Eleanor Morgenstein vit en Floride avec sa meilleure amie Bessie depuis 11 ans que son mari est mort.
Les deux femmes de 94 ans affichent une amitié et une complicité indéfectibles. Chaque jour elles se rendent sur "leur" banc face à l'océan, font quelques exercices physiques et devisent joyeusement. Parfois Bessie raconte avec force détails son séjour en camp de concentration. Lorsque cette dernière meurt, Eleanor est invitée par sa fille Lisa à venir vivre avec elle dans son appartement new-yorkais. Sans hésitation la vieille dame rejoint sa fille et son petit fils bien décidée à refaire sa vie. Mais Lisa qui ne peut avoir constamment l'oeil sur son intrépide mère pense à la placer dans un établissement adapté. En attendant, elle l'a inscrite à une chorale plusieurs fois par semaine. Sauf qu'Eleanor se trompe de salle et se retrouve au milieu d'un groupe de rescapés de la Shoah qui se réunit afin de partager leurs souvenirs et leur traumatisme. C'est aussi là qu'elle fait la connaissance de Nina une toute jeune fille de 19 ans, apprentie journaliste et fille de Roger, une star du petit écran (Chiwetel Ejiofor, miam miam) dont Eleanor est fan. Habituée à mentir, Eleanor ne dément pas qu'elle n'est jamais allée en camp de concentration et commence à raconter l'histoire de son amie Bessie comme si c'était la sienne. Lorsque cette histoire va un peu trop loin, il est impossible pour Eleanor de faire marche arrière, prise au piège de son mensonge.
Pour son passage derrière la caméra, l'actrice Scarlett Johansson n'a pas choisi de secouer le spectateur comme sa compatriote Kristen Stewart et son dérangeant The chronology of water. Elle opte pour un style beaucoup plus classique, sage, avec une jolie image bien "propre", colorée et lumineuse. Le sujet est un peu plus casse-gueule (la Shoah) mais elle s'en sort plutôt bien. Pour rendre son propos le plus authentique possible, elle à fait appel à plusieurs rescapés de la Shoah qui campent les membres du groupe de parole. Et surtout elle a pu s'appuyer sur ses deux actrices principales qui malgré leur 70 ans d'écart affichent à l'écran une parfaite connivence et une tendresse réciproque.
L'interprétation et le tempérament joyeux et sincère de la fringante Eleanor (nous) incitent à pardonner son mensonge et son imposture. La charmante et élégante dame a le chic pour séduire son auditoire, et pour nous spectateurs qui connaissons sa mystification et son histoire nous lui trouvons toutes les excuses possibles et l'on est même tentés de dire "bah ce n'est pas si grave". Face à elle la fraîcheur et la spontanéité de Nina (Erin Kelliman) forcent la sympathie. Les deux femmes sont également réunies par un chagrin insurmontable.
Peut-être faut-il qu'enfin elles s'autorisent à pleurer !
J'ai regretté que les rapports entre Eleanor et sa fille soient une fois de plus si peu apaisés, Eleanor se transforme parfois en Tatie Danielle auprès de sa fille, pourtant particulièrement dévouée à sa mère, sans que l'on comprenne bien pourquoi. On dirait qu'au cinéma il est de bon ton que les rapports intra familiaux soient forcément tendus. Malgré cette réserve (et l'abus de musique sirupeuse) ce joli film qui parle d'amitié (entre femmes), de deuil, d'amour, de mémoire, de transmission est une agréable surprise.

Commentaires
Tu le défends bien.
Je découvre que June Squibb a l'âge de son personnage.
Il vaut la peine de s'y intéresser.
Et la charmante June Squibb a un beau tempérament.
Il me tente, ce n'est pas tous les jours que l'on voit des actrices de 94 ans avoir la vedette. Et l'histoire est sympa.
Je pense que ce film te plairait.
Ce n'est jamais gnangnan, l'image est belle et les personnages sont attachants.
Beaucoup aimé la première partie, et patatras la révélation (forcément attendue) n'est pour moi pas cohérente (comment croire que la fille aimante arrive et dévoile tout avec autant de brutalité ?!) et la toute fin tombe dans la pathos facile, alors même que la cinéaste avait réussi à aborder une thématique difficile sans user de tire larme... Mais le duo d'actrices est épatant et la finesse du récit mérite le détour
Je suis d'accord l'intervention de la fille en pleine cérémonie est particulièrement mal écrite et brutale. Cela reste un film d'excellente tenue. J'ai trouvé plus d'émotion que de pathos dans la fin.
Bonjour Pascale, j'avoue que ce film ne me tentait pas de prime abord mais tu en parles bien. Pourquoi pas? Je vais voir... Bon après-midi.
Bonsoir dasola. C'est un très joli film.
Je suis sûre que tu craquerais pour Eleanor.
J'ai beaucoup aimé. Les petits défauts sont supportables d'abord en raison de la qualité de l'interprétation, mais aussi parce que le scénario et la mise en scène parviennent à traiter plusieurs enjeux : la mémoire de la Shoah, l'amitié, l'amour, le deuil, les liens intrafamiliaux...
Scarlett Johansson me semble être une jeune réalisatrice prometteuse.
Supportables et pardonnables parce que Scarlett est sincère, que ses actrices sont merveilleuses et que son scenario tient la route.
Quelle belle amitié !