LES AIGLES DE LA RÉPUBLIQUE
de Tarik Saleh ***
SUEDE
avec Fares Fares, Lyna Khoudri, Zineb Triki, Amr Waked, Cherien Dabis
George Fahmy est un acteur tellement adulé en Egypte qu'il est surnommé le Pharaon.
Divorcé et père d'un fils avec qui il peine à communiquer, il vit avec une jeune actrice très opportuniste de la moitié de son âge. C'est un homme très sûr de lui et de son talent. Lorsque les autorités du pays lui demandent d'incarner l'actuel Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi dans un film à la gloire du leader, il accepte sans enthousiasme persuadé qu'il pourra mener le tournage à sa guise. Toujours séducteur, il entame en parallèle une liaison avec la magnifique (Zineb Triki) Suzanne la femme du général qui supervise le film.
Le film, impeccablement interprété, piétine un peu et c'est sa dernière demi-heure qui rehausse le niveau. Même si elle est d'une violence et d'une brutalité sans nom elle ranime l'intérêt et me semble plus conforme à l'ambiance délétère et malsaine du pays où tout le monde a intérêt à se méfier de tout le monde.
J'avais été embarquée sans réserve dans Le Caire confidentiel alors que La conspiration du Caire m'avait perdue en route. Ce troisième film (les films peuvent se voir indépendamment les uns des autres) de la trilogie égyptienne de ce réalisateur suédois d'origine égyptienne trouve étrangement son apogée lorsque la violence explose et qu'il laisse enfin apparaître les dérives dictatoriales du régime. Le défilé militaire (on croirait voir le Troisième Reich à l'oeuvre) est la scène la plus spectaculaire, la plus étonnante, la plus maîtrisée et saisissante. Ce qui suit cette scène époustouflante fait froid dans le dos.
Le film souffre aussi un peu de sa longueur. Le personnage de Lyna Khoudri, jeune actrice prête à tout pour obtenir un rôle n'est pas très intéressant et aurait pu être coupé au montage sans desservir le film. On regrette aussi que la sublime et talentueuse Zineb Triki soit trop en retrait car son personnage énigmatique aurait pu être creusé. Mais il s'agit d'un film d'hommes où les femmes (épouse, maîtresses, amie) sont sacrifiées dans tous les sens du terme.
Le personnage principal perd peu à peu de sa superbe et de son assurance. Le très charismatique et fidèle compagnon du réalisateur Fares Fares domine le film de sa taille et de son talent. Il apporte une grande humanité à son personnage chahuté.

Commentaires
Bonjour Pascale, j'adhère à 100% à ce que tu écris sur ce film. J'ai eu du mal à rentrer dans le film pendant un moment et puis vers les derniers trois quart d'heure, je me suis réveillée. Le personnage de Lyna Khoudri n'apporte en effet strictement rien à l'histoire. En revanche, j'ai été fascinée par le regard perçant de l'acteur Amr Waked. Fares Fares est aussi bien mais je n'ai pas aimé sa coiffure, cela ne l'avantage pas. Bonne journée.
Bonjour dasola, On ne peut que se réveiller pendant les trois derniers quarts d'heure.
Et effectivement le regard glaçant d'Amr Waked est magnifique.
Les cheveux de Fares Fares sont très fournis.
"Le Caire confidentiel", très bon film ! Je m'étais dit que celui-ci vaudrait peut-être aussi le coup (malgré une BA pas top), mais je te sens mitigée.
Mais quand même, il y a Zineb du "Bureau des Légendes" (mais sans son Malotru).
Oui j'avais préféré nettement Le Caire.
Celui-ci vaut le coup aussi malgré sa longueur.
On pense beaucoup à Nadia Mansour.
Et la dernière demi-heure est...waououououh !
Je ne sais pas pourquoi, mais je ne le sens pas, ce film. Impasse probable...
Pas question de le reprocher à Saleh, mais son exil suédois semble rendre ses films moins intenses que d'autres qui parlent de dictatures du même tonneau (je pense à l'Iran, en fait). J'espère tout de même avoir l'occasion de rattraper "Le Caire confidentiel".
Le Caire était exceptionnel.
Tarik Saleh est suédois. Il est né et vit en Suède et son père égyptien y vit aussi pour ce que j'en sais.
Tu as raison. Au temps pour moi.
Je pensais qu'il s'était exilé et avait obtenu la nationalité, mais je me trompais.
J'aurais dû vérifier. Wikipédia indique qu'il est effectivement né à Stockholm d'un père égyptien déjà installé en Suède et d'une mère suédoise.
Yapa de mal. Il est vrai que Tarik Saleh ne sonne pas très égyptien.
De toute façon impossible de tourner un tel film en Égypte. Mais pour ceux qui connaissent il semble que Le Caire soit parfaitement reconstitué... en Turquie.
Et je te garantis que la dernière partie du film est bien intense. A l'iranienne.
J'ai adoré les deux précédents de la trilogie "Le Caire" , mais cette fois je suis resté un peu sur ma faim, le suspense ou la tension ne m'a pas atteint, et je suis déçu des rôles féminins très sous-exploités
Moi c'est le deuxième qui m'a complètement laissé extérieure.
J'ai trouvé la montée en puissance et en violence de la dernière heure vraiment stressante.