GARANCE
de Jeanne Herry ***(*)
FRANCE
avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Mathilde Roehrich, Brigitte Sy, Jehnny Beth
Garance ("c'est l'nom d'une fleur") est comédienne et adore son métier.
Elle fait partie d'une troupe de théâtre et attend l'appel de son agent et LE rôle qui fera la différence. Entre deux représentations (et même pendant les représentations) où elle fait également office d'habilleuse pour une partenaire, elle boit. Beaucoup. De plus en plus, jusqu'à deux bouteilles de vin par jour. Le blanc a sa préférence. Et le soir, c'est la fête, entre amis, dans des bars, dans des boîtes de nuit. Et elle boit, jusqu'à ne plus se souvenir le lendemain des âneries qu'elle a dites la veille voire du film qu'elle a vu ou de ne pas réussir à se réveiller d'une "gueule de bois des enfers". En un mot, Garance est alcoolique et elle le reconnaît sans embarras. Au début elle vit avec un garçon pas vraiment à la hauteur. Il dépend entièrement d'elle financièrement et ses amis squattent quotidiennement le canapé. Le jour où elle lui apprend (comme si elle allait faire les courses) : "je suis enceinte, jeudi je vais me faire avorter"... ils se séparent. Dès lors commence une vie encore plus bohême où à son tour elle squatte les appartements d'amis qui veulent bien l'accueillir. Jusqu'à ce plus personne ne veuille d'elle et jusqu'à la rencontre providentielle !
Le synopsis nous dit que l'histoire suit huit années du parcours de Garance. J'ai trouvé la première partie beaucoup trop longue et répétitive. Des fêtes à n'en plus finir et des représentations théâtrales ou des séances de doublage de plus en plus problématiques... Au bout d'une demi-heure on avait bien compris le fonctionnement et il est dommage que la réalisatrice n'ait pas un peu écourté ce premier chemin de croix, cette descente dans les enfers de l'addiction dont on ne peut se défaire. Cela dit suivre Adèle Exarchopoulos sur ce chemin reste fascinant de bout en bout et j'ai trouvé également que Jeanne Herry évitait les clichés faciles (ici pas de vomi, pas de démarche titubante, pas de diction exagérément bafouillante, juste une femme fracassée qui s'endort épuisée (y compris dans le bus avec les collants déchirés et baissés... étonnante, inquiétante ellipse)).
L'histoire et la caméra s'accrochent à cette jeune femme, à son travail qui la passionne, à ses amis, à ses amours éphémères, à sa famille aussi, à sa soeur adorée surtout, très malade. Adèle Exarchopoulos, exceptionnelle dans tous les registres s'empare du rôle avec l'aisance qu'on lui connaît. La moindre réplique semble avoir été écrite pour elle et mieux, par elle. Son naturel, sa beauté qui se fane peu à peu sous les effets du poison sont hallucinants. A chaque rôle, pour chaque personnage, Adèle surprend et se renouvelle. C'est vraiment une actrice exceptionnelle. Qu'elle soit joyeuse, amoureuse, terriblement angoissée (les moments où la paranoïa s'empare d'elle sont incroyables), agacée, triste elle est constamment convaincante et crédible.
La seconde partie est la meilleure lorsqu'elle tombe amoureuse (très beau duo avec Sara Giraudeau) et qu'elle entreprend une éprouvante désintoxication. Les scènes avec la médecin qui lui annonce les maladies inéluctables et la mort sont d'une force remarquable.
Et Adèle est merveilleuse, bouleversante, tout le temps.
