RAISON ET SENTIMENTS
de Georgia Oakley *
ETATS-UNIS, ROYAUME-UNI
avec Daisy Edgar-Jones, Esme Creed-Miles, George MacKay, Frank Dillane, Herbert Nordrum, Caitriona Balfe, Fiona Show
Madame Dashwood est veuve depuis peu.
Elle a eu trois filles (Elinor, Marianne et Margaret) avec le défunt qui hélas avait déjà procréée lors d'un précédent mariage. Les lois iniques patrimoniales, testamentaires et successorales de l'époque (XIXème siècle) font que tout le patrimoine revient au garçon. L'aîné est justement un mâle. Ce dernier et sa vénale épouse se réjouissent de prendre possession de Norland Park, le magnifique domaine. Après avoir tenté de cohabiter quelque temps avec le couple de rapaces, la famille Dashwood doit se rendre à l'évidence : il faut quitter les lieux. Les trois soeurs et leur mère emménagent donc à Barton, un charmant cottage campagnard qu'elles considèrent comme un taudis. C'est là que le dilemme va se poser : comment trouver un bon parti au milieu de nulle part ? Pas de panique le timide et délicieux Edward Ferrars a déjà pointé le bout de son adorable nez au domaine, rendant Elinor toute chose. Et lors d'une balade youkaïdikaïda, Marianne se foule la cheville (le soir même elle dansera) et est ramassée par le séduisant (mouarf) Willoughby (qu'on n'appelle jamais par son prénom) qui passait par là sur son fier destrier. Quant au Colonel Brandon, un voisin qui s'étiole d'amour pour Marianne, il lui suffit d'attendre le premier faux pas du fourbe Willoughby pour récupérer les miettes. J'élude toute la tripotée de personnages secondaires qui gravitent autour des principaux.
Avant de vous dire quelques mots de ce film, je commence par un avertissement : j'interdis toute personne qui n'a pas lu le merveilleux roman de Jane Austen ou n'a pas vu le film enchanteur d'Ang Lee datant de 1995 (scénarisé par Emma Thompson) d'aller voir cette croûte. J'avais déjà hurlé de désespoir en voyant un autre chef-d'oeuvre massacré, trahi, dénaturé en février dernier. Ici, on ne peut parler de trahison puisque le scenario suit pratiquement à la lettre le déroulé du roman. Mais où sont passés le romanesque, la cruauté, l'humour et la joie ? Ici il semble n'être question que d'intérêts !
J'ai passé mon temps à comparer les deux films sans trouver le moindre point positif ou novateur à cette nouvelle version. Les deux soeurs sont deux sottes qui se languissent de leurs prétendants en piaillant et leur belle complicité jadis incarnée par les merveilleuses Emma Thompson et Kate Winslet (difficile de rivaliser) ne surgit jamais. Quant à Margaret encore trop jeune pour attirer un soupirant, elle n'est intéressée que par l'argent. Dès qu'un nouveau personnage surgit : combien gagne-t-il est son mantra. Où est passé le charme irrésistible et ténébreux du Colonel Brando (là encore difficile de rivaliser avec Alan Rickman) ? La passionnée Marianne est ici une péronnelle hystérique (qui se console en un claquement de doigts) et que peut-elle bien trouver à l'insignifiant Willoughby ? Rien ne fonctionne et tout est programmatique comme si la réalisatrice cochait chaque chapitre du roman. Les personnages secondaires sont tellement mal ébauchés qu'on a du mal à les identifier (si on ne connaît ni le roman ni le film d'Ang Lee)... Bref, on ne ressent rien, on n'éprouve RIEN de la passion, du romanesque, des joies et des tristesses qui traversent ces personnages.
Quant à la réalisation... affreuse !!! Etouffante. Evidemment on sait que l'électricité était rare au XIXème siècle mais Barry Lyndon éclairé à la bougie était lumineux. Ici tout est sombre, même en extérieur on a la sensation de manquer d'air et de lumière.
Bon, je ne m'éternise pas.
Une dernière chose : seul George MacKay est parfait, hélas son personnage est lourdement sacrifié ici.

Commentaires
Salut m'dame !
Cela ne me faisait guère envie, de toute façon.
Autant le lire le bouquin, donc, et/ou voir le film de Ang Lee, un réalisateur pour qui j'ai une réelle estime (et de longue date, qui plus est).