21.08.2008

Gomorra de Matteo Garrone****

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Oubliez tout ce que vous savez ou avez cru savoir sur la Mafia. Ici pas de destin tragique de grandes « familles » qui s’aiment et s’entretuent dans de beaux costumes sur mesure et de somptueuses villas invraisemblables. Ici on ne voit pas, ou à peine, les « parrains » qui tirent les ficelles, juste un vieux chnoc subclaquant qui soupire au fond de son lit de mourant que l’euro a fait bien du tort à la caisse… On plonge les mains dans la merde au milieu des petites frappes, des seconds couteaux, de ceux qui font le sale boulot à grands coups d’intimidation, de peur, de violence, de sang… Ici on emploie de jolis mots, honneur, famille, trahison dont on ne connaît pas le début du sens qu’ils ont. Armes au poing, c’est la guerre, pour le pouvoir et surtout pour l’argent.

Dès la scène d’ouverture, le réalisateur nous immerge au cœur de la « Cité des voiles » monstre bétonné qui ressemble davantage à une prison qu’à un immeuble d’habitations, et sans doute issue d’un des esprits malades et mégalos des architectes urbanistes des années 60. Dans cet entrelacs de couloirs et de passerelles, on découvre des appartements ou des pièces vides, d’autres murées. Des gens y vivent, y survivent, au cœur de cette immense et insensée grande surface européenne, plaque tournante de la vente de drogue au détail !!! A chaque étage sont placées des sortes de sentinelles, en général des mineurs, chargées de repérer les intrus : la police ! Quelques cartons explicatifs nous révèleront entre autre au générique que la mafia, la Camorra réalise un chiffre d’affaires de 500 000 €uros par jour, qu’une personne est assassinée environ tous les trois jours, que l’emplacement des nouvelles constructions à l’endroit des mythiques Twin Towers est en partie financée par  elle, etc…

Mais avant d’en arriver là, on survole en apnée, le parcours et le destin de quelques personnages dont on sait que la plupart ne sont pas acteurs mais réellement issus de cette cité maudite !

Le jeune Toto n’a que douze ans et met le doigt dans l’engrenage après avoir subi une épreuve initiatique assez hallucinante. Malgré sa gueule d'ange et sa tentative de réflexion à un moment, il assurera la relève à n’en pas douter. Marco et Ciro, deux têtes brûlées décérébrées refusent d’entrer dans le système. Ils s’estiment capables d’affronter l’organisation à eux seuls, complètement intoxiqués d’avoir trop regardé en boucle « Scarface », d’en connaître le moindre dialogue par cœur et de se prendre pour Tony Montana. Un des deux est, assez justement, comparé à De Niro. Don Ciro, comptable grisâtre chargé de porter la « paye » des employés, nous prouvant ainsi que fournir de bons et loyaux services à la mafia, même pendant 40 ans, n’assure pas une retraite dorée à l’abri du besoin. Pasquale tailleur mal payé qui travaille en cachette pour les Chinois et voit son travail récompensé par le fait que Scarlett Johansonn porte une de ses créations à la Mostra de Venise. Et Franco qui avec sa belle prestance se charge de faire disparaître les déchets toxiques des industries. Plus personne ne pouvant ou ne voulant faire ce sale boulot, il recrute des enfants qui conduisent les camions…

Certains personnages ne sortent évidemment pas indemnes de leur appartenance de près ou de loin à cette organisation, mais le spectateur non plus. La dernière scène sidérante rabaissant l’humain au rang de déchet laisse absolument figé.

Ce film effrayant, angoissant, alarmant qui parle d’une partie des responsables de la gangrène de ce monde pourri, indifférents à certaines catastrophes écologiques est un choc brutal, écoeurant mais utile.