25.02.2008
Le cahier (Bouddha s’écroule de honte) d’Hana Makhmalbaf *****
Baktay a 6 ans, elle est afghane et elle vit dans une grotte avec sa mère au pied des statues géantes détruites par les Talibans en 2001. A force d’entendre son petit voisin et ami réciter l’alphabet et lui raconter de belles histoires apprises à l’école, elle rêve elle aussi d’aller à l’école. Pour cela il lui faut absolument un cahier.
Une fois de plus, une fois de trop je ne comprends pas la tiédeur et la timidité des critiques vis-à-vis de ce film certes bouleversant mais INDISPENSABLE ! La jeune réalisatrice (19 ans, excusez du peu) nous conte au travers d’une seule journée épouvantable le quotidien effrayant d’une petite fille dans un pays oublié et sacrifié. Elle choisit de le faire d’une façon si originale et si inédite qu’on en reste béat d’admiration. Plutôt que nous faire voir de plein fouet la violence et la tyrannie des hommes, elle nous présente son histoire du point de vue de cette petite fille qui, pour obtenir un cahier dans un pays où les filles n’ont pas le droit d’aller à l’école, doit vendre, troquer, argumenter et traverser mille dangers. Car les autres enfants, les garçons, « jouent à la guerre » et Baktay a beau leur répéter « je n’aime pas jouer à la guerre », ils vont l’intégrer contre son gré à leurs jeux terrifiants. Hana Makhmalbaf filme ces jeux avec tant de réalisme, en plaçant pourtant sa caméra à hauteur d’enfants, qu’on croit souvent que « c’est pour de vrai », et on tremble. A de multiples reprises on se prend à penser : mais il y a bien un connard d’adulte qui va lui DONNER un cahier ! Mais non, les adultes dans ce pays, sont bien trop occupés à tenter de survivre dans des conditions inimaginables qu’ils laissent les enfants pousser comme de mauvaises herbes. Aller chercher de l’eau, faire la lessive, trouver à se nourrir… tout devient une expédition. Dans les jeux des enfants, on ne trouve pas de cow-boys et d’indiens imaginés… leurs modèles sont tour à tour des Talibans, des terroristes, des américains… des guerriers de toute façon qui n’ont que mépris et dégoût pour les filles. Ils reproduisent exactement ce dans quoi ils baignent depuis toujours : la haine et la violence. Le constat est sombre et inquiétant. Quels adultes vont devenir ces enfants ???
Au milieu de cette cruauté, une toute petite fille (et la toute petite actrice Nikbakht Noruz est tout simplement époustouflante) extraordinaire qu’on a envie de prendre dans ses bras 2 000 fois, pour la consoler, la rassurer. Le film se termine sur la phrase impressionnante de son ami qui lui lance « fais semblant d’être morte et tu seras libre » et Baktay s’écroule, vaincue. Et on se dit, et alors ? Ce n’était qu’une journée où elle a réussi à ne pas tomber dans un ravin, ne pas se noyer dans la rivière, ne pas être enterrée vivante, ne pas être lapidée, ne pas être dévorée par un chien… Que sera demain pour elle, et pour tous les autres ?
Allez voir ce film qui par ailleurs est d’une beauté étourdissante car ce pays semble être magnifique et surtout, surtout emmenez vos enfants (à partir de 8-9 ans), et expliquez leur que ces enfants là-bas vivent sur la même planète, au même moment qu’eux, même si leurs conditions moyen-âgeuses de sur-vie vont leur paraître invraisemblables.
Je le répète ce film est un crève-cœur mais il me semble indispensable et contrairement à ce que ma note semble supposer (j’ai beaucoup de mal à en parler même si l’histoire et les images m’obsèdent depuis trois jours…), il n’est pas un mélo indigeste et malhonnête où la réalisatrice viendrait chercher notre émotion par des moyens faciles. Cela dit le visage de Baktay, ses belles joues cramées de soleil, son sourire lumineux, ses larmes insupportables, son beau petit costume jaune et vert, ses petites mains… vous n’êtes pas prêts de les oublier
12:14 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : le cahier, cinéma
