02.07.2007

Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud ****

Persepolis

Que ce film soit l’adaptation des quatre BD de la surdouée Marjane Satrapi n’est plus un secret pour personne. Qu’il ait remporté le Prix du Jury du 60ème récent Festival de Cannes n’est que justice mille fois méritée. Ce film est une merveille d’une construction exemplaire et je vous invite à y emmener tous vos moutards (à partir de 9, 10 ans je dirai), d’y envoyer vos ados et de vous y précipiter car c’est LE FILM à voir, à ne rater sous aucun prétexte.

Mieux et plus que tout autre film « classique », il montre, explique et démontre ce qu’est la guerre, le fait de vivre sous un régime dictatorial, puis sous l’emprise des islamistes, puis l’exil qui fait de vous quelqu’un de différent… C’est didactique mais aussi drôle, bouleversant et passionnant à suivre de la première à la dernière image.

De quoi s’agit-il ? Marjane est une petite iranienne de 8 ans fantasque qui, en 1978 à Téhéran décide de devenir prophète. C’est cette petite fille, puis cette ado et enfin cette jeune femme, qui semblent avoir déjà vécu plusieurs vies, qui vont nous raconter la dictature, la chute du Shah, la révolution (embellie pleine d’espoir) avortée par l’élection à 99.99 % des voix de la République Islamique, la guerre de neuf ans contre l’Irak... Cette petite fille, bavarde et drôle parle à Dieu. Elle a des parents cultivés, modernes, affectueux une grand-mère rock and roll pleine d’amour de fougue et de bon sens qui lui assène deux vérités : « garde toujours ton intégrité » et « des connards tu vas en rencontrer… ».

Le jour où les filles se voient contraintes de se cacher aux regards des hommes ( !!!) sous un voile (la cagoule, elle l’appelle), elle « regarde » Dieu, toujours prompt à donner des conseils, dans le blanc des yeux et lui dit « ta gueule, je ne veux plus jamais entendre parler de toi !». C’est la rupture. Elle deviendra une ado rebelle que ses parents enverront en Autriche parce que l’Iran leur semble devenu dangereux pour elle. Après avoir connu, la guerre, les privations, la répression, avoir vu la mort de très près (« waouh ! cool », diront des pseudo ados rebelles autrichiens…), là bas, elle connaîtra l’exil, la différence, la solitude, l’abandon jusqu’à devenir SDF. Le retour au pays se fera dans la douleur mais l’énergie et l’optimisme de Marjane la feront se relever et empoigner son avenir.

Au début du film on tombe instantanément sous le charme de la petite Marjane. A la fin, on l’aime, tout simplement. Entre les deux, on aura par son regard et avec un humour décapant, eu une vision de la guerre, de la dictature, de l’intolérance, de l’expatriation…

La première idée géniale est d’avoir renoncé comme on l’avait proposé à Marjane Satrapi de faire de cette histoire terrible et pourtant si romanesque, un film hollywoodien… et de lui donner la forme de la BD animée. Elle tient absolument à ce que cette histoire reste universelle. Et ce format lui donne toute sa richesse et son universalité. L’autre idée astucieuse et absolument réjouissante est le casting des voix époustouflant qui donne à Chiara Mastroiani, Catherine Deneuve, Simon Abkarian et Danielle Darrieux des rôles sur mesure !

Des réussites de cette grâce, de cette force, de cette ampleur sont rares et exceptionnelles. Rire, pleurer, s’émouvoir, aimer, s’indigner une fois encore par le cinéma mais tout ça dans un seul et même film : bravo !

Persepolis