samedi, 04 octobre 2008
Séraphine de Martin Provost ***


Séraphine s’épuise à « faire des ménages » chez des bourgeois qui la méprisent dans un village où à peu près tout le monde se moque d’elle. C’est vrai qu’elle est étrange, qu’elle imprime de son pas lourd la campagne pour grimper et parler aux arbres et aux oiseaux, qu’elle se baigne nue dans la rivière et qu’à l’église elle parle à la Sainte Vierge. Séraphine s’en fiche, elle a une passion, un secret. A la nuit tombée, elle peint dans sa chambre minuscule en chantant des chants grégoriens. Autodidacte mystique et solitaire qui trouve son inspiration chez les anges qui animent son imagination, elle fabrique sa peinture elle-même à base de boue, d’huile, de sang et peint des fleurs, des fruits, des oiseaux sur des planches de bois. Elle devient par hasard la « bonne » du collectionneur allemand Wilhelm Uhde (qui lui aussi à un secret) en 1912. Il n’est autre que le premier acheteur de Picasso et le découvreur du Douanier Rousseau. Lorsqu’il va remarquer une petite toile peinte sur bois, ce marchand d’art visionnaire va immédiatement déceler le génie de son auteure, stupéfait d’apprendre qu’il s’agisse de Séraphine. Au début réticente, elle va finalement admettre que l’homme aime réellement son travail. Il va l’aider, l’encourager, la financer, mais la guerre éclate et Uhde est contraint de regagner l’Allemagne à la hâte. Séraphine va continuer à peindre dans le plus grand dénuement. Ils ne se retrouveront qu’une quinzaine d’années plus tard… l’aventure de Séraphine se poursuit mais de plus en plus dévote et exaltée elle sombrera dans la folie.
Malgré la misère et le désespoir qui enveloppent le destin hors du commun de cette artiste inconnue (de moi en tout cas) on respire, on s’éblouit et on espère tout au long du film car Martin Provost nous promène longuement, langoureusement dans une campagne somptueuse qui décline toutes les nuances du vert indissociable de la vie, de la résistance et de la patience de son héroïne. Je suppose qu’il doit beaucoup à son étonnante et magique interprète, Yolande Moreau qui incarne avec force, humilité et toute la grâce poétique qu’on lui connaît cette femme artiste incomprise, inspirée et supra-sensible. Sa relation avec le personnage de Uhde et l’acteur Ulrich Tukur faite de reconnaissance et d’admiration réciproques porte l’émotion à un degré élevé. Lorsqu’ils sont ensemble, on est submergé et malgré la durée du film, on a beaucoup de mal à les quitter. C’est sublime.
09:31 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : séraphine, cinéma
Commentaires
Écrit par : Loreal | samedi, 04 octobre 2008
Répondre à ce commentaireHa Yolande Moreau !
je viens de voir "Appaloosa" et mon cheval est en ce moment à l'écurie, quand à moi je quittes me éperons et graisse mon colt..non un excellent western qui doit beaucoup à son interprétation...Ha ils ont quand du s'y mettre à deux pour égaler le vieux Clint..et encore ;o)
Écrit par : kilucru | samedi, 04 octobre 2008
Répondre à ce commentairekilucru : oui sans faute, tu vas lui faire un triomphe, c'est sûr !
Quant à "Appaloosa", c'est vrai qu'après on se prend pour un cow boy. Ne dis pas "vieux" Clint alors que je suis encore en deuil de mon Paulot.
Écrit par : de Pascale @ Loreal @ kilucru | dimanche, 05 octobre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ed | dimanche, 05 octobre 2008
Répondre à ce commentaireCours y vite...
Écrit par : de Pascale @ Ed | dimanche, 05 octobre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marie-net | lundi, 06 octobre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Marie-net | mardi, 07 octobre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marie-net | mardi, 07 octobre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Marie-net | mardi, 07 octobre 2008
Répondre à ce commentaireEt là c'est l'avalanche, Woody, Garrel, "Premières neiges", "Khamsa" bref une semaine de ouf !
Bon je viens de voir " Séraphine", là je vais dormir et demain au réveil mon article sera à moitié écrit.....incroyable..
Je sauterais dans le métro et go pour voir ....hum ! Garrel dans "les frontières de l'aube" ou une virée en territoire manouche avec " Khamsa"..
Ha choisir toujours choisir !!!
Écrit par : kilucru | mercredi, 08 octobre 2008
Répondre à ce commentaireLe Woody Allen est un de ses tout meilleur film, il faut lui faire un triomphe ;-)
Sinon vu aussi Il Divo, film politique rare, impossible à faire en France et magistralement interprété et mis en scène avec Toni Servillo présent dans Gomorra.
Écrit par : Guimauve | mercredi, 08 octobre 2008
Répondre à ce commentaireGuimauve : Yolande y est sans doute pour beaucoup effectivement, mais j'ai trouvé Ulrich parfait aussi.
Écrit par : de Pascale @ kilucru @ Guimauve | mercredi, 08 octobre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Guimauve | mercredi, 08 octobre 2008
Répondre à ce commentaireen plus, j'adore le costume méméroïde qu'ils lui ont collé : pantoufles sans âge, tablier à fleurs et vieilles dentelles [encore un rôle de Scarlett].
du coup, je sais ce que je vais aller voir [j'ai bien ri en lisant tes 3 dernières visions de visionnages, mais ça m'a surtout aidée à ne pas claquer 50 balles dans du bousin, dankeucheune].
Écrit par : Agla | vendredi, 10 octobre 2008
Répondre à ce commentaireQuant au navet, il se porte très bien ces temps ci.
Écrit par : de Pascale @ Agla | samedi, 11 octobre 2008
Répondre à ce commentairetrès émouvant
tout comem loreal
j aurais tellement aimé la prendre dans tes bras
pour ma part j ai découvert l artiste Séraphine de Senlis
j ai pensé bcp à Camille CLaudel dont l histoire me fascine
et à van gogh aussi
Écrit par : Marijo | dimanche, 22 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Marijo | lundi, 23 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marijo | samedi, 28 février 2009
Répondre à ce commentaireC'est normal, c'est justice. C'est beau.
Écrit par : de Pascale @ Marijo | samedi, 28 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : sylvie | lundi, 25 mai 2009
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