jeudi, 20 novembre 2008
Two lovers de James Gray ****




Leonard se jette dans le canal glacé un triste jour de novembre. Il se laisse couler puis, lorsqu’il touche le fond donne un vigoureux coup de pied et remonte affolé et frigorifié. De sa démarche lourde, affublé de son inommable parka qui ne le quittera pas... il rentre chez lui penaud comme un enfant qui aurait fait une connerie. Une de plus, car Leonard est un récidiviste de la tentative de suicide. Plus tard on apercevra ses avant-bras couturés et on saura qu’il a fait un séjour en hôpital psychiatrique.
Ainsi va la vie de Leonard, un jour il coule, un jour il flotte ; un jour il veut mourir, un jour il veut vivre ! Mais pourquoi ce grand garçon plus que trentenaire vit-il encore chez ses parents affectueux et protecteurs ? Parce qu’il sort d’une déception amoureuse qui l’a brisé. Sa fiancée a rompu ou a été forcée de rompre pour cause de groupe sanguin incompatible, elle aussi sans doute influencée par des parents envahissants.
Et oui, si le film s’appelle bien « Two lovers », on est à des années lumière de la classique comédie romantique américaine et il aurait tout aussi bien pu porter un autre titre : « L’homme qui pleure » ou « L’homme sans âge ». Cet homme c’est Joaquin Phoenix acteur majuscule, désormais alter ego (et c'est tant mieux) du grand James Gray.
Par où commencer quand chaque scène d’un film est un coup au cœur ou un petit miracle esthétique ? Leonard est photographe à ses heures ce qui justifie sans doute que tout le film très hivernal soit plongé dans une lumière mélancolique et littéralement illuminé de plans d’une beauté renversante. Quand la beauté d’un film se voit trop c’est que peut-être elle est trop ostentatoire. Ce n’est pas le cas ici où tout s’harmonise parfois douloureusement autour de ce cœur parfois en hiver.
Mais revenons-en à l’histoire de Leonard. Pour l’aider à reprendre goût à la vie, ses parents lui présentent la jolie, douce, rassurante et parfaite Sandra qui rêve d’un monde idéal (son film culte est « La mélodie du bonheur »). Elle va l’aimer dès la première rencontre. Pratiquement le même jour Leonard croise sa voisine, Michelle qui vient de s’installer dans l’immeuble. Patatra ! Il n’en faut pas plus pour tout remettre en question et que le cœur de Leonard devenu solitaire se remette à battre à tort et à travers, hésitant entre deux filles toutes deux attirantes mais opposées.
Michelle est magnifique, gaie, drôle, dynamique et Leonard en tombe instantanément amoureux. Mais Michelle est aussi paumée et instable que lui. Elle a une liaison avec un homme marié qui promet sans tenir et avec qui elle ne parvient pas à rompre. Leonard accepte d’être son meilleur ami. Il sera toujours là pour elle, dès qu’elle le « sonnera » quitte à souffrir en silence. Pour une fois, le téléphone portable a un rôle essentiel qui devient un véritable moteur de l’histoire et non pas un prétexte pour la faire avancer. La surexcitation avec laquelle Michelle et Leonard échangent leurs numéros est à la fois délicieuse et ridicule, absolument touchante. On dirait deux pré-ados :
- « tape ton numéro sur mon portable, on s’enverra des SMS !
- oh oui et moi je mettrai une sonnerie rien que pour toi ! ».
C’est grâce à cette sonnerie qui retentira aux moments les plus inopportuns qu’on saura à quel point Leonard n’est jamais vraiment « là » où il devrait être. Sa relation avec Sandra devient peu à peu officielle. Elle est aveuglée par l’amour qu’elle porte à Leonard, qui lui, ment, se cache pour continuer à voir Michelle tantôt euphorique, tantôt désespérée. Il la retrouve parfois sur le toit de l’immeuble où beaucoup de décisions vont se prendre. Mais les scènes magiques où ils se parlent de la fenêtre de leur chambre respective qui donne dans la cour sont d’un romantisme, d’une beauté inouïs, presqu'enfantines aussi et forcément très évocatrices de la distance qui les sépare. A la fois si proches et si lointains ! Elles ne sont évidemment pas sans évoquer deux chefs-d’œuvre « Fenêtre sur cour » et « West Side Story »…
Bien sûr, James Gray conclut son film mais face aux hésitations multiples, aux innombrables tâtonnements de Leonard, j’y ai plutôt vu moi, une histoire sans fin d’une infinie mélancolie sans réel pessimisme mais avec la certitude que tout n’est pas si simple dès lors que le cœur et la raison entrent en action.
On peut dans ce film retrouver avec bonheur Isabella Rossellini, formidable en mère juive sur-protectrice avec son visage de madone qui ne craint pas de montrer l’âge qu’il a et son nom qui résument à eux seuls une partie de l’histoire du cinéma. On apprécie Vinessa Shaw, à la fois douce, discrète, patiente et infaillible face à l’homme qu’elle aime. On découvre (enfin !) Gwyneth Paltrow dans ce rôle où elle est un véritable soleil qui porte parfois la douleur et la détresse avec une belle intensité.
Mais évidemment, l’astre de ce beau « film malade » (expression qui semble prendre tout son sens ici) c’est Joaquin Phoenix capable dans la même scène d’avoir l’air de l’enfant le plus fragile de la terre puis d’un homme qui aurait vécu mille vies portant sur ses épaules toute la tristesse du monde. Il est magnifique. On comprend parfaitement que dès qu’il l’a vu la première fois à l’écran James Gray ait eu envie de filmer son visage qui est un spectacle à lui seul, attirant, fascinant. Son sourire est séduisant, ses larmes sont déchirantes… et lorsqu’il devient le roi du dance-floor dans une breakdance étonnante, il est irrésistible !
Et comme dit Mademoiselle In The Mood : "un Oscar sinon rien" !

10:50 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : two lovers, joaquin phoenix, cinéma
Commentaires
Écrit par : Marie-net | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Marie-net | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : nico2312 | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Nico2312 | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Sandra.M | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireQuand on pense que dans le film, une Sandra est amoureuse de "lui"...
Écrit par : de Pascale @ Sandra.M | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : kathel | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaireCelui-ci n'a rien à voir avec les précédents... quoique si en fait il a tout à voir et surtout la qualité, la perfection !
Écrit par : de Pascale @ kathel | jeudi, 20 novembre 2008
Répondre à ce commentaire:)
Écrit par : Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireLes femmes sont merveilleuses.
Par contre pas mal le titre...
On lance un concours de titres ?
Écrit par : de Pascale @ Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireah non déjà pris.
Écrit par : Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Jordane | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | vendredi, 21 novembre 2008
Répondre à ce commentaireCependant je n'admettrai jamais la fin du film, mais pourquoi ne fuit-il pas cette vie bien rangée qui l'attend et qui n'est pas faite pour lui ????
Un film unique, à l'image de son acteur.
Écrit par : Marine | dimanche, 23 novembre 2008
Répondre à ce commentairej'ai réussi à le choper, alors je le regarderai très rapidement.
Écrit par : Jordane | dimanche, 23 novembre 2008
Répondre à ce commentairequelle déception !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
heu, voilà, c'est fait.
Écrit par : Marie-net | lundi, 24 novembre 2008
Répondre à ce commentaireJordane : fonce !
Marie-net : t'as tout faux, je n'ai dans ce cas que deux mots à te dire DE-HORS !!!
P.S. : je l'ai RE-vu aujourd'hui moi, deuxième effet kiss cool, la claque !
Écrit par : de Pascale @ Marine @ Jordane @ Marie-net | lundi, 24 novembre 2008
Répondre à ce commentairePS : la claque, ça veut dire que tu t'es rendu compte que c'était décevant ? Ok je sors 2 fois !
Écrit par : Marie-net | mardi, 25 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Marie-net | mardi, 25 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : pascale m. | jeudi, 27 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ pascale m. | vendredi, 28 novembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Yohan | vendredi, 28 novembre 2008
Répondre à ce commentaireTu peux revenir aussi :-)
Écrit par : de Pascale @ Yohan | vendredi, 28 novembre 2008
Répondre à ce commentaireA ma décharge, je suis vraiment en train de fondre pour ce film (entre deuxième et troisième vision)... Et évidemment, la fonte, c'est lent !
Écrit par : D&D | mardi, 09 décembre 2008
Répondre à ce commentaireJe ne l'ai vu que deux fois moi !
Écrit par : de Pascale@ D&D | mardi, 09 décembre 2008
Répondre à ce commentairesuperbe !!!
Écrit par : Nico2312 | mardi, 09 décembre 2008
Répondre à ce commentaireje viens de lire ta critique... et je jure ne pas m'en être inspiré !!!
on a rarement été aussi proche dans ce qu'on écrit
Écrit par : Nico2312 | mardi, 09 décembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : K | vendredi, 09 janvier 2009
Répondre à ce commentaireenfin, non, c'est different : il me fascine .
depuis son premier film, "Prête à tout", où on ne voyait que lui .
D'ailleurs il aurait du avoir l'Osacr pour Johnny Cash ( et non pas Reese !! quelle injustice )
Le seul qui m'a fait le même choc : le "Motorcycle Boy" dans Rambling Fish . Mickey Rourke .
Écrit par : anis* | jeudi, 15 janvier 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ anis* | jeudi, 15 janvier 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Elodie | dimanche, 01 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ ELODIE | dimanche, 01 mars 2009
Répondre à ce commentaireLes cadrages et la lumière sombre et cuivrée sont effectivement très beaux. On peut ajouter que c'est également un film sur New-York. Les lieux, emblématiques sans être spectaculaires, les espaces de circulation qui n'apparaissent pas comme de simples décors mais donnent le sentiment d'être réellement traversés par les personnages, la particularité du quartier avec ses immeubles à cour intérieure, la description discrète d'un petit milieu juif modeste, tout cela montre une ville très vivante.
Écrit par : Cary Grant | mercredi, 24 mars 2010
Répondre à ce commentaireEn tout cas ça me donne envie de revoir ces Two Lovers !
Écrit par : de Pascale @ Cary Grant | mercredi, 24 mars 2010
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