mardi, 03 mars 2009
Boy A de John Crowley ***


Erik sort de prison à 24 ans après y avoir passé ses années d’enfance et d’adolescence pour un meurtre qu’il a commis ou peut-être pas, là n’est pas (vraiment) la question. Avec l’aide et l’accord de Terry, son assistant social, il change de nom, de région et avec son appui, celui qui désormais s’appelle Jack va tenter de se reconstruire, de se « réinsérer ». Il va trouver un travail, des amis, tomber amoureux et mettre toute sa bonne volonté à se réadapter à un monde et une société dont il ignore les nouveaux codes.
Ce n’est pas trahir ce beau film douloureux que de dire que l’embellie sera de courte durée pour Jack. On sent poindre le drame dès le début même si on ne sait pas vraiment de quelle manière il va se concrétiser. La tension est constante amplifiée par la construction en un puzzle implacable fait de flash-backs qui nous renvoient à la l’enfance traumatique de Jack. Ce qu’il a fait n’est pas excusé ou justifié mais le réalisateur démontre ce qu’un engrenage a d’inexorable et de rigoureux.
Tout du destin de Jack qui semble inéluctable, semble tracé et l’emmener vers la tragédie : sa mère mourante alors qu’il est tout jeune et n’a même plus la force vitale de l’écouter, le père dépassé par le chagrin imminent de la perte de sa femme, une prof excédée, des jeunes un peu plus âgés que lui qui l’utilisent comme souffre-douleur, et enfin la rencontre avec un autre vilain petit canard (le saisissant Taylor Doherty au regard aussi troublant qu’inquiétant) qui va le défendre, l’accepter tel qu’il est et avoir l’influence redoutable de celui qu’on admire quoiqu’il fasse !
C’est par le biais des média (presse, internet) que le destin de Jack va de nouveau basculer vers l’horreur et c’est révoltant. Un portrait robot imaginé de celui qui n’était qu’un enfant avant qu’il ne disparaisse très longtemps derrière les barreaux paraît dans les journaux et une proposition de prime de 20 000 livres circule sur Internet pour retrouver le présumé auteur de l’horrible crime. L’opinion publique est terrifiante et abominable, prête à tout pour faire justice alors même que le prétendu coupable a payé sa dette.
Dans une Angleterre triste et antipathique, Jack devient le gibier. Ce que fait le fils de Terry (l’assistant social, merveilleux Peter Mullan) par jalousie est tout aussi inqualifiable… Par étapes, en flash-backs et par petites touches sensibles, discrètes qui démontrent à quel point une réinsertion peut être problématique (commander un plat dans un restaurant par exemple…), John Crowley (dont on a très très hâte de découvrir le prochain film) réussit un film fort, touchant, réaliste sans jamais sombrer dans le pathos ou le misérabilisme. Il est merveilleusement aidé en cela par un jeune acteur prodigieux, magnétique Andrew Garfield qui prouve que bien dirigé dans un rôle magnifique on devient un acteur magnifique…
13:53 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : boy a, cinéma, andrew garfield, john crowler
Commentaires
Écrit par : Frederique | mardi, 03 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Rob | mardi, 03 mars 2009
Répondre à ce commentaireRob : Dieu est grand !
Écrit par : de Pascale @ Frederique @ Rob | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ed | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireEst-ce vraiment des "hyènes de la société" dont on parle ici ou d'une charge contre les médias ? Les seules personnes que l'on voit "s'acharner" sont les papparazzis, tous les autres se contentent de l'éloigner de leur vie (et je ne suis pas persuadée que ce soit à cause de son acte passé mais bien plutôt des mensonges du présent...
J'ai d'ailleurs trouvé que le personnage le plus intéressant et le plus troublant en fait était celui de ce travailleur social (oui je persiste et signe, Peter Mullan est grand) et, creusons plus loin, le vrai sujet du film n'est-il pas justement l'incapacité notoire de nos sociétés, promptes à juger et à réprimer mais parfaitement incapables d'éduquer (ses propres enfants et a fortiori les adultes) ?
Écrit par : Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : celine | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireLes media aujourd'hui ne comportent-ils pas comme des hyènes ? Nous sommes donc d'accord.
Et je suis d'accord avec Céline aussi, c'est un grand film. En tant qu'enseignante j'ai vu tellement d'enfants basculer dans la délinquance (pas toujours aussi grave heureusement), que les responsabilités je ne les attribue pas si facilement... La famille, parfois, mais pas seulement ! L'école, les amis, les hasards, les fragilités personnelles...
Alors un jugement, oui, une peine de prison, si elle est éducative, pourquoi pas, mais ensuite une vraie chance de s'en sortir. Ce film montre qu'on n'y est pas encore.
Écrit par : Ed | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ed | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireQuant à l'intérêt du film, cette discussion en est la preuve et oui, il doit être vu et commenté car il ouvre à de VRAIS questions...
Désolée Pascale de creuser (mais comme tu sais, certains ont le flingue, et d'autres creusent...) mais le film de Crowley est autre chose qu'une simple blague avec des stroumphs se baladant dans le plus simple appareil... Cette discussion a quelque chose de revigorant ! A très bientôt !
Écrit par : Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentairePascale a de la chance d'avoir des lectrices qui aiment creuser et discuter !
Écrit par : Ed | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireOuf ! j'm'en vais retourner au cinéma moi, c'est quand même plus supportable...
Écrit par : Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireC'est JUSTE que parfois je ne me sens pas aussi SUPER que mes lecteurs... oups, lectrices et je me sens nigaude de ne pas réussir à creuser aussi profond. Bon c'est JUSTE aussi qu'en ce moment j'ai une fâcheuse à la dévalorisation de l'auto-critique... mais ça va passer.
Continuer à creuser les filles... et prévenez moi quand vous attaquez la falaise !
Écrit par : de Pascale @ les celles qui creusent | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireBon, à part ça, Boy A, c'est bôôôôôôôôô oui !
Mais ça fait turlupiner du neurone (euh, voui, j'en ai qu'un donc je l'exploite un max !) voili voilà.
Causons banalités, elles sont jolies ou pas les z'oreilles du héros de Tulpan ?
Écrit par : Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireBon question zoreilles.
Tu vois le sguègue au Doc Brooklyn, Chinatown, Manhattan...
Ayé, t'as visualisé ?
Ben les zoreilles du Asa, a sont encore mieux !
Tu fais iéch, je sais même plus ce xé le Chantage, faut que j'aille y revoir !
Écrit par : de Pascale @ Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaire2/ Je vois très bien les z'oreilles et comme je me demande ce qu'il peut bien faire avec va falloir que j'aille faire une vérif de visu
3/ Et le Penn dépeigné tu l'as bien vu spèce de dépravée va ! Il est bô son jean non ? et son air méchant ? j'adore Sean quand il prend l'air mauvaise...
Écrit par : Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireSpartiiiiiiiiiiiiiiiaaaaaaaaaaaaaaaaaaaate !!!
Je l'ai pas vu le Sean (Chaune comme ils disent...). Par contre, j'ai vu, Joe Pesci, y'est en phase terminale ou bien ?
Tu le me trouves le Sean avec son air d'en avoir deux ? steuplé ! Pour me faire pardonner j'tai mis le réal. de Tulpan ! ça vaut non ?
Je vais me laver les dents et je reviens !
Écrit par : de Pascale @ Frederique | mercredi, 04 mars 2009
Répondre à ce commentaireBon, toutes tes super lectrices peuvent aller y voir au :
http://www.vanityfair.com/culture/features/2009/03/actors-directors-portfolio200903?slide=4#globalNav
Et dans le genre plus dépeigné tu meurs de rire faut quand même aller jeter un oeil (et le reprendre aussi sec : Là !
http://josegenao.files.wordpress.com/2008/04/sean_penn_festival_coachella_valley.jpg
Par contre, tu m'inquiètes grave passeque Pesci j'l'ai point vu... Où diable as-tu été cliquetounné toi ?
Écrit par : Frederique | jeudi, 05 mars 2009
Répondre à ce commentaireC'est un film puissant qui mérite amplement les prix qu'il a reçus au festival des films britanniques de Dinard. Le fait qu'il pose question et suscite le débat est, selon moi, un indice supplémentaire de qualité.
Écrit par : Madame Kévin | mardi, 10 mars 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cynic63 | mardi, 24 mars 2009
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