EYES OF WAR de Danis Tanovic ***

Mark et David sont amis et également photographes de guerre. Alors qu'ils sont au Kurdistan en 1988 pour une énième mission, David n'en peut plus de toute cette violence et souhaite rentrer à temps pour l'accouchement de sa femme. David par contre tient à prolonger son séjour car il est toujours en quête du cliché qui le rendra riche et célèbre. Les deux hommes se séparent alors que le groupe qu'ils accompagnent tombe dans une embuscade. Après avoir été blessé et soigné dans un hôpital de fortune, Mark est rapatrié à Dublin, mais demeure sans nouvelles de David.
Peu importe finalement de savoir de quelle guerre il s'agit. C'est l'horreur que le réalisateur nous montre ici en quelques scènes. Certains personnages comme cet étonnant médecin qui manque de matériel, de médicaments, de tout, explique en quelques mots que les Kurdes ne connaissent que les guerres et les défaites depuis des siècles. C'est ainsi, un fait et une fatalité admise. ça glace le sang. C'est encore ce médecin (formidable Branko Djuric) qui parcourt les allées de son hôpital installé dans une grotte pour savoir quels blessés il pourra sauver et quels autres qu'il sait condamnés, il devra abattre. La scène est tétanisante.
Comment peut-on assister à ces combats, aux souffrances de la population, à celles des blessés, en être témoin sans en être acteur ou réellement concerné et ne pas en subir les conséquences, en garder des séquelles physiques ou psychologiques ? Quelle est la bonne distance à adopter ou a respecter pour ne pas être simplement un voyeur et faire son métier ? Où se situe la morale, comment rester neutre et objectif ? Et aussi, comment faire pour réintégrer sa vie, loin du chaos ? Et puis comment éventuellement être un survivant sans culpabilité ?
Danis Tanovic sait de quoi il parle, la guerre il la connaît, il est bosniaque. Cette fois il n'intègre aucun burlesque dans son film comme dans son formidable "No man's land" qui lui avait valu bien des récompenses. Il s'attaque avec le plus grand sérieux et beaucoup d'émotion aussi aux traumatismes que ces conflits laissent, non pas chez les combattants, mais les reporters de guerre qui sont parfois prêts à aller trop loin pour rapporter la photo idéale. Il ne suffit parfois que d'être au bon endroit au bon moment ce qui revient aussi parfois à faire le cliché de trop.
Quelle bonne idée d'avoir donné au très très très rare Jamie Sives que j'aime d'amour le rôle du copain. Mais il faut bien reconnaître que c'est Colin Farell (décidément meilleur de film en film !) qui porte ce film douloureux sur ses fragiles épaules très amaigries. Son regard qui semble avoir absorbé toutes les atrocités des guerres qu'il a traversées, n'est plus que douleur et tourments.