dimanche, 22 janvier 2012
MILLENIUM : LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES de David Fincher ****




Petit rappel du propos pour ceux qui n'auraient ni lu les pavés de Stieg Larson (c'est mon cas, mais cette fois j'ai envie !) ni vu la précédente version suédoise d'un réalisateur qui n'a pas imprimé la pellicule (pardon à la famille) : Mikael Blomkvist journaliste star de la revue "Millenium" perd un procès en diffamation contre un industriel. Henrik Vanger, grand magnat suédois lui aussi, profite de cet échec et de la mise à l'écart de Mikael et lui propose d'enquêter sur le meurtre de sa jeune nièce Harriet 40 ans plus tôt. Le coupable n'a jamais été retrouvé mais il s'emploie depuis 40 ans à envoyer un cadeau très personnalisé au vieil homme convaincu que c'est un membre de son abominable famille qui en est responsable. Mikael accepte et se voit imposer la présence comme co-enquêtrice de Lisbeth Salander, hackeuse informaticienne exceptionnelle mais jeune femme étrange, solitaire au passé et aux comportements troubles et troublants. La complémentarité des deux va faire des miracles et mener rapidement sur la piste d'un serial killer d'une cruauté sans nom et à percer les secrets pas reluisants d'une famille détestable.
Difficile d'éviter la comparaison avec la précédente adaptation qui n'est vraiment pas à l'avantage de la version suédoise même si sa médiocrité donnait néanmoins l'envie irrépressible d'en savoir plus et surtout de connaître le sort de Lisbeth Salander. Difficile aussi d'éviter les superlatifs tant cet opus "fincherien" place haut ce thriller horrifique dans la catégorie des grands épisodes du genre. Et pourtant, s'il n'y avait la présence de Daniel Craig (parfait, plus que parfait, j'y reviendrai) je ne me serais sans doute pas précipitée pour voir un film dont je connais déjà parfaitement le dénouement. Malgré cela, le réalisateur triomphe de cette histoire connue par sa façon unique, judicieuse et efficace de démêler l'écheveau qui trace la piste du criminel. Il nous plonge au coeur de l'enquête, minitieusement décryptée par ses deux limiers de choc, un peu comme dans son inoubliable "Se7en", modèle inégalé du genre. Alors qu'est-ce qui fait la différence avec la tentative suédoise ? Fincher approfondit tout, ne laisse rien en suspens et décortique l'intrigue et les personnages en les rognant jusqu'à la substantifique moëlle ! Evidemment, il se concentre plus intensément sur Lisbeth et Mikael dont la personnalité et le charisme font merveille mais aussi sur leur relation plus plausible voire attendrissante ici. Si Noomi Rapace était absolument seule à soutenir sur ses frêles épaules éprouvées le personnage monstrueux de Lisbeth et le film tout entier, ils sont deux ici et les personnages secondaires ne sont pas pour autant négligés. Bien sûr la famille offre à voir une belle collection de pourris certes assez monolythiques mais en une seule réplique le réalisateur règle son compte à la prétendue neutralité suédoise lors de la seconde guerre mondiale grâce au personnage du vieux Vanger qui croupit dans ses souvenirs nazis. Tous les membres de cette famille désunie qui continue néanmoins de vivre sur le même îlot, loin des regards du monde s'observent les uns les autres, ne se parlent plus depuis de nombreuses années. Tous cachent des secrets qu'ils éludent et sont plutôt enclins à accabler les autres. Il faut dire qu'ils n'ont jamais rien fait d'autre que vivre bercés par la haine, la barbarie, les scandales...
Au milieu de ce panier de crabes nauséabond s'installent donc Lisbeth et Mikaël à qui l'on met à disposition une petite maison sur l'île pour les besoins de l'enquête. Ils sont au centre de l'histoire, au coeur du film et on se désintéresse presque de l'enquête pour les suivre eux, pas à pas ! Ils lui donnent son âme. La première apparition de Daniel Craig en Mikael Blomkvist est rassurante et formidable. On oublie immédiatement James Bond. Séduisant, élégant, déterminé, il est ce journaliste opiniâtre, intellectuel mais le côté sportif inébranlable rompu à toutes les situations est gommé. C'est d'ailleurs la frêle Lisbeth qui le sauvera d'une bien fâcheuse posture. La fragilité nouvelle de Daniel Craig qui résiste (très peu) à Lisbeth en lui disant "je suis trop vieux pour toi" est touchante et absolument crédible. C'est lui qui aura un haut le coeur devant le cadavre d'un chat, pas elle. C'est lui qu'elle recoudra avec du fil dentaire lorsqu'il sera blessé... L'humour de leur improbable couple pourtant évident (oui je sais c'est contradictoire !) fait mouche à plusieurs reprises.
Le film, d'une efficacité remarquable est donc encore enrichi par l'interprétation subtile et magistrale de Daniel Craig et Rooney Mara.
Venons en à Rooney Mara. On l'a échappé belle, je viens juste de lire que Léa Seydoux a passé des essais... Le cas Lisbeth Salander donc, héroïne invraisemblable au look agressif et pourtant qu'on a envie d'aimer, de protéger, de sauver. On s'y attache. Noomi Rapace était déjà responsable du seul intérêt, pardon d'y revenir encore, du film suédois. Elle était fabuleuse, extraordinaire, inoubliable. Tant et si bien qu'imaginer une autre actrice pour l'interpréter relevait pour moi de la haute trahison. Evidemment, avoir échappé à Léa Seydoux est rassurant. Mais il se trouve que Rooney Mara s'empare du personnage de Lisbeth et nous la rend indispensable. On s'attache très fort à cette fille à l'enfance et à la vie totalement brisées. Sa démarche rapide et un peu voûtée, sa façon de longer les murs tête baissée pour tenter de passer inaperçue, son regard fuyant, méfiant, inquiet... tout dans ses attitudes contraste avec son look voyant, provoc' et agressif. C'est comme si elle cherchait à disparaître tout en étant très voyante. La noirceur de ses cheveux, ses sourcils blonds, ses piercings, ses multiples tatouages, ses coiffures, son apparence très travaillée ajoutent encore à l'étrangeté du personnage. Et son travestissement vers la fin de l'épisode révèle une fille d'une beauté et d'une élégance époustouflantes. Cette Lisbeth au passé catastrophique et perturbant n'en finit pas d'endurer des épisodes traumatisants. Les scènes avec son nouveau tuteur (elle est pupille de la nation déclarée irresponsable et placée sous tutelle) sont d'une rage et d'une cruauté comme on n'en voit peu. Elle aurait pu développer une haine farouche et tenace de l'humanité mais elle est encore capable d'éprouver des sentiments envers son ancien tuteur hélas victime d'un AVC et il semble évident que son attirance pour Mikael se transforme en un attachement qui la surprend elle-même. Mais cette nunuche de Mikael paraît aveugle malgré ses lunettes d'intello... Et la dernière scène est un crève-coeur !
Lisbeth Salander est irrésistible, Rooney Mara est exceptionnelle.
Commentaires
Écrit par : FredMJG | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireJ'adopterais bien la petite Lizzie moi et on élèverait ses ptits goths ensemble.
Écrit par : @Fred | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : la pyrénéenne | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireQuant à la suite, je ne sais hélas pas. Mais "on" m'a dit qeu Fincher ne voulait pas s'y coller. :-((((
La Pyrénéenne : tant pis pour toi. Une Lisbeth pleine de vie et de chair c'est bien aussi.
Écrit par : @Aifelle, La Pyrénéenne | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marine | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : zapette | dimanche, 22 janvier 2012
Répondre à ce commentaireOui Robin Wright, quelle nazebroc !
zapette : tu crois te souvenir ??? Comment peut-on oublier Lizbeth ?
Écrit par : @marine, zapette | lundi, 23 janvier 2012
Répondre à ce commentaireSURTOUT mon principal problème est que Lisbeth (qui, dans les 2 tiers du film est la plus indépendante ,la plus intelligente) se transforme en punkette qui bave sur son prince charmant(à partir du moment où elle demande l'autorisation à Craig si elle peut tuer le gars)dans la dernière 1/2 heure
Écrit par : caro | lundi, 23 janvier 2012
Répondre à ce commentaireTu seras pas d'accord avec moi, je le sais déjà.
Écrit par : Jordane | lundi, 23 janvier 2012
Répondre à ce commentaireMais je suis d'accord Daniel est excitant sexuellement !
Jordane : encore un qui lit dans les pensées. C'est merveilleux. Tu rates un grand film à cause de tes a priori boubourse.
Écrit par : @caro, Jordane | lundi, 23 janvier 2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : FredMJG | lundi, 23 janvier 2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @Fred | mardi, 24 janvier 2012
Répondre à ce commentaire2h40 c est long long long... david fincher nous détaille pour une meilleure compréhension l enquête de deux personnages dont je crois pas du tout a l association.
D accord Graig est excellent( il nous fait oublier James Bond)le casting est crédible sauf que Rapace Noomi est irremplacable...
Jolie musique, mise en scène grande classe, visuellement d une grande beauté( le contraire du livre en faite) et un générique magnifique mais qui ne sert à rien
Franchement c est long long long, j ai eu l impression que fincher ne savait pas ou cloturer son film
Écrit par : sopel | dimanche, 05 février 2012
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