24/08/2012
À PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse °



Avec beaucoup de surprise et d'émotion Mounir découvre qu'il ne peut plus se passer de Murielle. Il veut l'épouser et "faire sa vie" avec elle. Murielle, heureuse et lumineuse jeune femme, par ailleurs prof de français, accepte. Mounir prend cette décision sans même consulter le Docteur Pinget, le père adoptif grâce à qui il a pu vivre en France depuis son enfance. C'est aussi celui qui a épousé la soeur de Mounir afin qu'elle obtienne des papiers français. Le Docteur Pinget est un "homme bien", généreux. Il assure à Mounir une vie matérielle confortable et après avoir manifesté une légère et très chic réticence -le docteur Pinget est un homme raffiné- ("tu vas quand même pas épouser la première qui te suce") accepte que Murielle vienne s'installer avec eux dans l'appartement. Pour le mariage, le bienfaisant Docteur Pinget offre le voyage de noces aux tourtereaux. Les inconscients acceptent le cadeau, à condition (accrochez-vous au pinceau, je retire l'échelle) qu'il les accompagne !!! Et ainsi va la vie et Murielle se met à pondre un enfant chaque année, une fille, une autre fille, une troisième fille et... enfin, un garçon ! Le rêve pour papa et beau-papa ! Et tout ce petit monde s'entasse dans un minuscule deux-pièces étouffant jusqu'à l'asphyxie qui ne va pas tarder à suffoquer Murielle sans qu'elle parvienne réellement à mettre des mots sur son mal-être croissant ! Le déménagement dans une vaste demeure immaculée ne changera rien à l'affaire. Quand c'est trop tard, c'est trop tard.
Avec ce film est née une nouvelle catégorie : le film exécrable, agaçant auquel j'ai l'impression que même le réalisateur n'a rien compris. Et moi non plus, tant je me sens en décalage avec la dithyrambe quasi générale.
Déjà, si comme moi vous n'avez jamais entendu parler de Geneviève Lhermitte dont l'histoire effroyable inspire le film, restez-en là et ne lisez rien, ni ici ni ailleurs car vous risquez de perdre 99% de l'effet de surprise qu'il pourrait effectivement susciter. Et éventuellement l'émotion. Hélas, en ce qui me concerne, et moi qui ai pourtant la larme si facile au cinéma, mes yeux et mon coeur sont restés secs. Et pourtant c'est un calvaire, un chemin de croix, une descente aux enfers qu'il nous est donné à observer ici, en voyeurs. Je n'avais qu'une envie, traverser l'écran et arracher, le personnage et Emilie Dequenne à ce cauchemar. Je me suis longtemps demandée jusqu'où le réalisateur repousserait les limites. Quel plaisir sadique il prenait à démolir, enlaidir et torturer son actrice, admirable Emilie Dequenne et à nous imposer ces épreuves ? J'aurais aimé, comme rarement ça m'est arrivé, être le Président d'un Tribunal et condamner à perpétuité deux hommes (et trois avec le réalisateur tant que j'y suis) pour non assistance à personne en danger qui ne cesse d'appeler au secours.
"On" va me dire que je juge. Et juger c'est LE mal. Je sais et je m'en fous. Sauf que vraiment je ne comprends pas à quoi sert ce film. Qu'est-ce que le réalisateur a bien voulu faire passer comme messages, comme sensations, comme sentiments ? En gros, où veut-il en venir ? A quoi sert ce film ? Vraiment. C'est un cauchemar sans subtilité. Tout est lourd, prévisible. Les personnages masculins sont des caricatures sans la moindre nuance, réduits chacun à un seul et unique trait de caractère. Mounir est vélléitaire, inconsistant, hésitant. Le Docteur Pinget abusif, envahissant, parfois colérique comme un enfant qui taperait du pied. Rien jamais ne viendra nuancer leur attitude.
Devant ces deux abrutis monstres, une femme abandonnée sombre misérablement dans une dépression abyssale sans qu'aucun d'eux jamais ne vienne à son secours. Au contraire, ils semblent prendre un plaisir pervers à l'enfoncer davantage. Mounir en disparaissant pendant des semaines car môssieur a besoin de repos, le Docteur Pinget en humiliant Murielle de ses piques assassines, "pour qui tu te prends ?", "enlève ça, tu es ridicule", "tu crois que c'est bon pour tes enfants de te voir comme ça ?" Et la musique baroque, le Stabat Mater de Haendel entre autre, vient encore enfoncer le clou d'une réalisation patapouf pour nous signifier massivement à grands coups de contrepoint, que le drame qui sourd ne va pas tarder à nous jaillir en pleine face. A ce titre, la petite fille qui rampe vers son supplice pour monter l'escalier est encore une démonstration sadique de la finesse ambiante !
Et ce ne sont pas les vagues discours prétendûment accusateurs sur le colonialisme, le gentil blanc tout puissant (et tout de blanc vêtu d'ailleurs) s'en vient sauver les pauvres maghrébins reconnaissants, qui vont rehausser le niveau ! Mais je crois que ce qui m'exaspère le plus est que la folie de Murielle soit explicitement affirmée. Or, c'est évident, elle est tout sauf folle. Et non, Murielle n'a absolument pas perdu la raison !
Cependant, dans ce salmigondis aberrant, il y a trois acteurs prodigieux. Tahar Rahim fabuleux dans son aveuglement, Niels Arestrup dans son numéro parfaitement rôdé de grincheux autoritaire et magnifique et surtout Emilie Dequenne dans une composition inqualifiable tant ce qu'elle fait et donne ici est au-delà de ce que peu d'actrices ont réussi à offrir jusqu'ici !
00:23 Publié dans 6 ° Que suis-je allée faire dans cette galère ? | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : a perdre la raison de joachim lafosse, émilie dequenne, tahar rahim, niels arestrup, cinéma

Commentaires
Écrit par : Aifelle | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireEn fait, j'ai peur qu'ils s'imaginent que le coffre est vide !
(sinon avant dernier paragraphe : explicitement affirmée)
Écrit par : L'Arlésienne | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireLa question est : avons nous vu le même film ? ^^
Écrit par : FredMJG | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Sandra.M | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireArlésienne : ah le coffre est vide, ça c'est drôle !
Fred : la fin n'est absolument pas révélée au début. Il y a des pistes. En tout cas moi en tant que naïve qui n'aurait pas été "spoilée", j'aurais pu comprendre autre chose.
Et donc, quel film as tu vu ?
Sandra M. : Dire que quelqu'un est fou c'est bien plus simple que de le voir malade (pour elle), sadiques ou pervers pour eux. Et c'est bien ce que je reproche entre autre au film qui ne laisse aucune place au doute et à l'ambiguité. Patapouf je dis !
Écrit par : @Aifelle, Arlésienne, Fred, Sandra M. | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @Lalalère | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lalalere | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Sandra.M | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireVous ne préférez pas partir en week-end à la plage ???
Moi, si (avec mon coffre) (vide)
Écrit par : L'Arlésienne | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireJe n'ai plus rien à dire sur ce film en tout cas.
Écrit par : @L'Arlésienne | 24/08/2012
Répondre à ce commentaireMais sans dec, euh, bon, t'es arrivée en retard ou bien ?
(j'voudrions pas spoiler)
Écrit par : FredMJG | 24/08/2012
Répondre à ce commentairePourtant celui-ci est malsain, voyeuriste, sadique.
Il n'y a aucun personnage manichéen ? C'est bien ça le drame ! Ils n'ont aucune substance, ni nuance. Il n'y a aucune subtilité dans ce film. C'est comme si le spectateur était un clou et que le réalisateur lui tapait sur la tête avec un gros marteau pendant deux heures. Aidé par Haendel !
En tout cas, c'est l'impression que j'ai eue. Et ça fait mal !
Et non je ne suis pas arrivée en retard.
Me demande même si j'ai pas vu les pubs tiens pour une fois.
Quand tu penses qu'il y a encore des cons qui pensent que la Maif est réservée aux enseignants, non mais je te demande un peu.
Donc, au début Murielle est à l'hôpital et ensuite il y a quatre cercueils blancs, tellement petits qu'on se dit mais bon sang, sont-ce des enfants ?
Si je n'avais entendu parler de Médée et de toute façon su, en long en large et en travers qu'elle avait tué ses 4 enfants (5 IRL !... Lafosse manquait de temps pour faire naître le cinquième ???), j'aurais pu croire qu'il s'agissait d'un accident... car rien ne dit pourquoi elle est à l'hôpital en si piteux état.. ça, on le sait à la fin.
Si seulement j'avais eu ce petit doute à me mettre sous la dent : qui a tué les moutards, ça m'aurait peut-être calmé les nerfs ?
Et c'est quoi cette manie d'applaudir quand un réalisateur ne juge pas ses personnages ? Il aurait peut-être dû "juger" un peu ; ça aurait peut-être donné un point de vue, un sens à ce machin voyeuriste !
En tout cas je me sens moins seule aujourd'hui, j'ai trouvé UN avis négatif
http://www.telerama.fr/cinema/films/perdre-la-raison,434041.php
Je ne connais pas ce Louis Guichard, t'as pas son 06 ? ou 07, j'suis pas regardante !
Bon, je vais aller voir Expendables, ça va me détendre !
Écrit par : @Fred | 25/08/2012
Répondre à ce commentaireJe suis toujours partagé par ce genre de productions. Sans doute soucieux de comprendre ce qui ne peut l'être. Pas sûr d'aller voir celui-là dès maintenant. Un peu inquiet à l'idée d'en sortir aussi en colère que toi.
Et d'emblée, tout à fait d'accord evec toi, notamment, avec le "problème" du cinquième enfant...
Écrit par : Martin K | 25/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : FredMJG | 25/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Pierre darracq | 25/08/2012
Répondre à ce commentaireFred : bon, ben je creuse ! Donc tu vas me pousser comme une oie ! ça peut être distrayant, treize ans et demi !
Pierre Darracq : ah merci, j'ai un peu eu l'impression de déboulonner une institution piédestalisée avant même sa sortie ! Ah oui il est vrai qu'il est aussi question de féminisme ! Je creuse encore !
Emilie est indétrônable en matière d'interprétation. C'est d'ailleurs incroyable que ce ne soit pas son personnage mais le film qui est détestable.
Écrit par : @MartinK, Fred, Pierre Darracq | 25/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Alexia | 26/08/2012
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @Alexia | 26/08/2012
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