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BEFORE MIDNIGHT de Richard Linklater **** et ma rencontre avec Julie Delpy

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C'est sans doute unique dans l'histoire du cinéma, en tout cas dans ma cinéphilie je ne vois pas d'autre exemple,

mais ce film fait suite à Before Sunrise en 1994 et Before Sunset en 2005 et tous trois sont réalisés par Richard Lindklater. Et l'idée de génie de Linklater aidé à présent au scénario par ses acteurs principaux c'est de donner au noyau hardcore de fans qui s'est créé (et dont je suis, vous l'aurez compris) des nouvelles de ce couple idéalement imparfait, romantique comme on n'en voit peu ! Après avoir vu le dernier volet Before Midnight récemment en avant-première au Champs Elysées Film Festival en présence de Julie Delpy, j'ai revu hier en Dvds les deux premiers films. Et c'est encore bien meilleur que dans mon souvenir déjà particulièrement enthousiaste.

Dans le premier épisode qui était destiné à n'être qu'un film unique, on assistait à la rencontre, au coup de foudre entre Céline, étudiante française venue rendre visite à sa grand-mère à Budapest et Jesse américain effectuant un périple à travers l'Europe. Dans ce train ils ne se seraient sans doute jamais rencontrés si les voisins de Céline n'avaient perturbé sa lecture en s'engueulant vertement sans se préoccuper du reste du monde. C'est donc en changeant de place pour trouver la paix que Céline et Jesse se retrouvent l'un en face de l'autre. Et la conversation s'engage immédiatement, naturellement, évidemment. Car oui, c'est l'évidence, ils sont faits l'un pour l'autre. Ils le sentent l'un et l'autre de la même façon car instantanément ils sont sur la même longueur d'ondes, le même rythme, le même humour, la même écoute réciproque, le même intérêt et la même fascination pour l'autre. A Vienne leur chemin doit se séparer mais Jesse convainct (sans avoir à insister) Céline de descendre du train et de passer la nuit avec lui à errer dans les rues de la capitale autrichienne. On passe donc cette nuit en leur compagnie, à être le témoin de leur conversation ininterrompue, ébloui comme eux par cet amour naissant que la distance géographique des deux tourtereaux va venir compliquer. Et c'est le coeur déchiré qu'on les voit se séparer après que Jesse ait décidé de prendre Céline en photo et réciproquement (alors qu'ils n'ont pas d'appareil...). Je n'en dis pas plus sur cette scène. Elle est sublime. Ce film avait obtenu l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur au Festival de Berlin 1995, et Julie Delpy plusieurs prix d'interprétation aux Etats-Unis. Car oui, Julie Delpy est une grande et merveilleuse actrice ce qu'hélas les réalisateurs français semblent ne pas voir !

Neuf ans plus tard, la surprise est de taille. Before Sunset sort sur les écrans. Et comme nous, les personnages ont vieilli de 9 ans. L'autre idée de génie : ne pas reprendre l'histoire où elle en était restée mais se servir du temps qui a passé pour la faire évoluer. Jesse vient à Paris pour une séance de dédicaces de son dernier roman. Il est un écrivain désormais réputé et Céline s'est reconnue dans le roman où effectivement il raconte leur rencontre d'une nuit à Vienne. Lorsque Céline apparaît dans la librairie parisienne, Jesse est bouleversé et aussitôt ils reprennent leur conversation longuement interrompue. Leur connivence semble intacte. Céline est devenue une militante écologiste et chacun raconte sa vie à l'autre en tentant de masquer toutes les fêlures que leur séparation a occasionnées. Jesse est marié et a un fils de 4 ans, Céline vit des relations qui ne durent pas... Et les confidences éclatent. L'un sans l'autre, ils ne sont que la moitié d'eux-mêmes. Et c'est beau de les voir se reconquérir en quelques minutes, de faire fi de tous les regrets que la décision prise 9 ans plus tôt a provoqués. La dernière scène, lorsque Céline chante sa petite valse à Jesse, qu'elle imite Nina Simone devraient faire chavirer tous les coeurs d'artichaut. Et le réalisateur nous laisse en plan au milieu d'une interrogation !

Et voilà que l'on retrouve aujourd'hui Céline et Jesse avec leurs jumelles dans une villa magnifique en Grèce avec des amis. Amis qui se mèlent de leur offrir de passer leur dernière nuit de vacances à l'hôtel sans leurs filles. La connivence, l'intimité de Jesse et Céline sont toujours intactes, mais les années ont passé et comme il arrive parfois dans les couples fusionnels, un instant de mauvaise foi et la conversation échappe. Des choses terribles sont dites qui ressemblent à un règlement de compte.

La première évidence de ce film. Et finalement, elle existait déjà dans une moindre mesure dans les deux premiers. C'est le temps que prend le réalisateur à étendre chaque scène, à la délayer. Ici on prend son temps et finalement le film n'est qu'une succession de longs plans séquence de plusieurs minutes où les conversations (oui ces films sont bavards mais c'est un régal !) ne sont jamais heurtées, hâchées. On est loin des plans frénétiques de 2 ou 3 secondes et des assommants champ contre champ. Et ici quelques grandes scènes dominent : la scène de l'aéroport où Jesse doit se séparer de son fils qui retourne chez sa mère aux Etats-Unis, celle du retour dans la voiture (presqu'un quart d'heure), celle du repas entre amis, celle (sublime, magistrale) de la promenade au crépuscule dans les ruines et celle enfin de la dispute, 30 minutes théâtrales et infiniment naturelles, vivantes, asphyxiantes. Les deux acteurs drôles, volubiles, complices et complémentaires comme jamais, Ethan Hawke (sexy, craquant, la coolitude incarnée...) et Julie Delpy (casse-couilles de première, hyper féminine, ravissante) forment un couple qui mériterait d'entrer dans la légende cinématographique des couples mythiques.

Je ne pardonnerais jamais aux scénaristes car ce serait impardonnable et insupportable que Jesse et Céline se séparent un jour. Et à présent j'attends les After...

Le lendemain de la projection, j'ai donc pu avec quelques happy few et grâce à Florian de Cinefriends rencontrer Julie Delpy dans un salon du MK2 Germain Paradisio dans le VIème. Evidemment ce rendez-vous trop court est totalement frustrant mais je suis ravie que dans son marathon d'interviews de ce jour là, elle nous ait accordé ce moment privilégié.

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Julie est telle que je l'imaginais, fraîche, naturelle, aimable et passionnante. Sans artifice dans sa robe indienne baba cool comme on en portait dans les années 70/80 ! L'impression de rencontrer une "artiste" me semble évident immédiatement tant elle est complète : actrice, réalisatrice, scénariste, musicienne, interprète (oui, je possède son disque aussi qui date de 2003) et c'est sans doute ce qui inquiète et refroidit les réalisateurs français ! Oui j'aime Julie Delpy et j'aime tout ce qu'elle fait. Elle explore au travers de ses films des univers totalement différents voire opposés avec une liberté, une intelligence et une maîtrise inouïes. Quel lien peut-on faire entre Le SlylabTwo days in Paris et La Comtesse (un de mes films préférés de 2010), sinon qu'ils sont de la même réalisatrice ? 

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Que nous a t'elle dit de ce film ? Qu'effectivement il n'entrait pas une case, dans un stéréotype. Ce n'est ni un drame ni une comédie romantique. Un peu des deux, mais pas seulement. Sous son apparente évidence et cette sensation d'improvisation parfois, les scènes sont très écrites, très travaillées et ont demandé de nombreuses répétitions. Et pourtant le tournage n'a duré que 18 jours. Mais cela s'explique, comme je le disais plus haut, par le fait que le film comporte très peu de scènes. Il a un langage cinématographie bien à lui en cassant notamment le code du champ contre champ.

Pour se replonger dans l'histoire de Jesse et Céline, Julie a revu les deux premiers films, un peu comme si elle faisait ses "devoirs d'école", pour intégrer la mémoire des personnages. Elle a été surprise de constater à quel point elle se servait des éléments de sa vie privée, de ce qu'elle ressentait en étant jeune et qu'elle écrivait dans ses journaux intimes. Mais ce film n'a rien d'autobiographique. Il s'inspire de ce qu'elle observe de la construction, de la déconstruction puis de la reconstruction des couples qui l'entourent.

Le choix de la Grèce s'est imposé plus rapidement au réalisateur qu'à elle qui craignait que les événements de crise actuels n'offrent pas un cadre idéal au thème du film. Finalement ce couple en crise et la tragédie grecque ne sont pas si éloignés.

Elle se sent beaucoup plus de points communs avec le personnage de Jesse. Elle ne se sent pas romantique mais elle se pose beaucoup de questions sur le couple, ressent une angoisse vis-à-vis de l'amour éternel, une hantise de la fin de l'amour, du temps qui passe et est terrifiée par l'idée de la mort de l'être aimé.

Pour ce film Julie évoque Voyage en Italie de Rossellini l'histoire d'un couple dont la relation se dégrade et dont le dialogue se renoue peu à peu. 

Lorsqu'elle est interprète, elle redevient totalement actrice. Elle ne se mêle jamais de la direction d'acteur. Et lorsque je lui demande si son prochain projet serait plutôt dans le style du Skylab ou celui de la Comtesse, elle répond "ni l'un ni l'autre" car pour elle "plus c'est difficile, plus c'est excitant". Et avant de nous quitter, elle nous annonce qu'il faudra attendra deux ou trois ans avant d'en voir le résultat.
Vivement.

En attendant, vous savez ce que vous avez à faire ce mercredi ou les jours suivants...

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Commentaires

  • Merci pour cette note émouvante. (Oui, moi je suis émue)

  • bououououh c'est quoi qui t'émulsionne comme ça ?
    Le Jesse ?
    I va venir un jour t'inquiète !

  • C'est parce que ce film est trop émouvant ! Puis je t'imagine bien toute heureuse devant Julie et ça me fait super plaisir.

  • Woah, il est top ton APN dites-donc, il te fait de jolies images à l'intérieur, il gère parfaitement les ambiances sombres.

    (ceci est un commentaire 100% photographe)

  • ah ben merci, c'est choux comme comm' !!!
    En tout cas cet appareil est IDEAL pour une courge comme moi qui fait mille photos par jour sans comprendre ce qu'elle fait !

    Et sinon, toi qui aimes les séries... tu es accro aux Before ?

  • Après avoir galéré pour trouver une salle qui le diffuse dans ma banlieue, je sors de la séance.
    Hier je me suis fait les 2 précédents ^_^.
    Que dire de plus que tu n'aies pas dit ? Delpy est juste exceptionnelle de naturel, de talent et d'intelligence, le personnage de Jesse a gagné en profondeur et maturité et la vérité qui sort des dialogues est saisissante.
    C'est fou ce que ces films me paraissent "courts", je suis toujours étonnée lorsque le générique de fin arrive. Ah je t'envie d'avoir eu la chance de la rencontrer !
    Je suis une admiratrice inconditionnelle de son travail, de la femme, de ce qu'elle représente... et musicalement j'adhère totalement également (je m'en voudrais toujours de l'avoir ratée en concert).

  • ah ben on est fans alors !!! :-)

  • Cela donne très envie de les découvrir (mais comment ai-je pu passer à côté)...et la dernière image m'a achevée. (Ah, la Grèce...!). J'espère que Julie te lira.:)

  • Oui comment as tu ???
    Dès que tu as vu ET AIME celui-ci, je t'envoie les deux autres !

    Moi je l'ai REvu déjà. Hervé a aimé.

    Si Julie me lisait : JOIE ! Je lui dirais comme je l'aime !

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