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CESSEZ-LE-FEU

d'Emmanuel Courcol ***

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Avec Romain Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois, Julie-Marie Parmentier

Synopsis : 1923. Georges, héros de 14 fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu'il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence.

Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d'Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée...

Ce film aurait pu s'appeler l'Impossible en référence au joli texte que Marcel, le frère devenu muet, écrit sur un tableau. Et les survivants de cette guerre bien moche, pourtant nommée la Grande, ont beaucoup à faire pour atteindre cet impossible de vivre, de survivre. Entre la culpabilité des survivants, car parfois même on ose leur reprocher d'être revenus alors que d'autres tant aimés sont morts, les séquelles post-traumatiques, les nuits sans sommeil à revivre sans relâche cet enfer en cauchemars, ces invalides réagissent chacun à leur façon. Georges s'est enfui en Afrique, Marcel est rentré et ne parle plus.

La scène inaugurale est d'une violence sans nom. Cette plongée dans une tranchée nous confronte à l'inimaginable comme rarement, et pourtant on en a vu des films de tranchées. Ou alors c'est parce que je ne peux m'y faire et qu'à chaque fois je suis saisie d'effroi. Le fracas incessant des bombes et des tirs qui ne s'interrompent pas, la peur, les cris, les explosions, les membres et les corps déchiquetés, on est au cœur de l'action et de l'horreur comme jamais. On frôle la folie. Comment imaginer et où trouver la force, le courage, l'inconscience de retourner au combat, franchir la mince barrière qui vous sépare de la confrontation à l'ennemi quand autour de vous, vos camarades explosent ?

Ce n'est qu'ensuite que l'on fait connaissance avec les personnages survivants. Et contrairement à certains films qui évoquent le retour ou la fin de cette guerre tel La chambre des Officiers, Emmanuel Courcol n'évoque pas les "gueules cassées" mais les ravages psychologiques qui deviendront bien plus tard syndrome de stress post-traumatique, et les conséquences qu'ont les armes nouvelles (gaz de combat) sur la santé mentale des soldats : tremblements, crises de panique, hallucinations pouvant aller jusqu'à la folie et forcément l'internement.

Le solide George choisit pourtant la fuite en Afrique où son compagnon de route, un africain qui a "fait" la guerre ne cesse de la conter aux autochtones en faisant de Georges le héros de cette guerre. Quelques blessures physiques sur le corps, c'est surtout le souvenir traumatisant des éclats du corps d'un soldat dont il a été couvert qui le hante. Son frère Marcel, colosse au regard enfantin est retourné vivre chez sa mère où il a "choisi" de ne plus parler. 

Avec ce film, on prend conscience d'une chose pas si évidente. Il ne suffit pas de revenir vivant, de "s'en sortir". Il ne suffit pas de dire ou de penser : quelle chance tu as d'être revenu. Il faut pouvoir tenter de re-vivre avec l'obsession permanente des horreurs qu'on a vécues ou faites. L'empathie et la compréhension de l'entourage ne suffisent pas. Et pourtant Georges et Marcel sont particulièrement bien entourés, par des femmes surtout. Madeleine, toute jeune veuve, est attirée par ce nounours de Marcel (même si j'ai trouvé l'interprétation souriante de Julie-Marie Parmentier un peu bécasse...) et s'emploie à lui redonner le goût de vivre. Et Georges, de retour d'Afrique finalement, rencontrera Hélène, professeure de langue des signes. Céline Sallette confirme en chuchotant toute la lumière qu'elle peut apporter à un rôle. On est bien loin de la killeuse, preuve que les réalisateurs ont de l'imagination la concernant. Elle n'est ici que grâce, beauté, douceur... et douleur aussi.

Romain Duris (plus Belmondo que jamais je trouve) s'est glissé avec beaucoup de maturité et d'empathie dans le costume de ce poilu aux traumatismes silencieux. Mais lorsqu'il explose et expose ses "blessures" en tirades désespérées, allant jusqu'à compatir avec celui qui devrait être son rival, il est vraiment intense, touchant et convaincant.

En outre, le film est beau. En Afrique comme en France, la lumière, les décors, la nature m'ont semblé particulièrement soignés. Et l'épilogue comme la promesse d'une espérance !

Commentaires

  • Dingue ! Moi aussi j'ai cru voir Bébel sous la barbe du Captain Laffo' !

    Tout ce que tu dis est juste, mais je suis un chouya moins enthousiaste malgré tout. Une belle direction d'acteurs, quelque bonnes idées de mise en scène (la rencontre "à distance" entre Marcel et Hélène), mais cette volonté de rejouer la guerre en couleur, ça ne marche qu'à moitié chez moi. Peut-être parce que je suis né à quelques encablures de la ligne de front, parce que les récits des mémoires et des historiens locaux, parce que la ferraille qui pollue encore pour des siècles le Chemin des Dames est une réalité qui saute encore aux yeux un siècle plus tard me laisse imaginer une spectacle plus dantesque encore.

    Je salue néanmoins l'hommage aux troupes coloniales, à leur guerre qui porte un masque singulier vu du continent africain.

  • Oui le Belmondo d'Itinéraire d'un enfant gâté ! Dingue. Même la voix parfois. Et tout le monde nous dit que c'est Jean From The garden (qu'on a perdu...) le Belmondo du 3ème millénaire. Absolument pas.

    Tu es moins enthousiaste mais ton article donne envie de voir le film donc tu es pardonné.
    Moi aussi je suis née du mauvais côté de la Ligne Maginot et j'ai vu les paysages lunaires que les bombes ont laissés. La première fois que j'ai vu ça, j'ai trouvé que le paysage (très beau autour de Douaumont) était vraiment unique... ces vallons dans le plat pays ! Jusqu'à ce que je comprenne qu'il s'agissait des trous, des milliers de trous effectués par les obus. Dément.

    Je pense que "l'hommage aux troupes coloniales" est teinté d'ironie mais je n'ai pas réussi à en parler. Le traumatisme de l'ami de Laffo' est différent et bouleversant.

    Comme parfois, je trouve que ce n'est pas un GRAND film mais c'est un BEAU film !

  • Et puis merde, IL FAUT Cessez le Feu, une bonne fois !

  • Je l'ai trouvé beau, plutôt subtil, mais il ne m'a pas emballée comme je m'y attendais, malgré un super casting !

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