Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

EN GUERRE

de Stéphane Brizé ****

2795434.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Avec Vincent Lindon

Synopsis : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site.

Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

Ce film est un cri de rage, un cri de colère et de désespoir. Il est le prolongement, le miroir de La loi du marché mais je le trouve à cent coudées au-dessus. Plus rageur, plus réaliste encore, plus désespéré. Et puisque Vincent Lindon a reçu le Prix d'interprétation à Cannes pour le premier, que pourrait-il obtenir pour celui-ci ? Comment fait-il ce qu'il fait ? Son visage, sa voix, sa fureur fascinent et ses trois rares sourires sont des cadeaux. Meilleur de film en film, comment est-ce possible ? Syndicaliste, il a eu dû l'être dans une vie antérieure et le mot crédibilité semble bien minable bien en dessous de ce qu'il propose ici.

Comme Brizé sait si bien le faire il construit le film tel un documentaire où chaque scène serait filmée comme surprise en caméra cachée.  C'est pourtant une fiction, la société Perrin n'existe pas mais elle est la petite soeur de toutes celles dont nous entendons parler chaque jour. Mais ici la résistance quotidienne n'est pas abstraite. Elle prend forme dans chaque seconde, dans chaque mot prononcé, dans chaque sacrifice... Didactique, pédagogique Brizé expose avec une limpidité exemplaire le drame humain qui se joue ici.

C'est à la fois très simple et totalement incompréhensible. Après que les salariés aient offert leur temps et leur salaire (ils ont travaillé 40 h par semaine payées 35 pendant 2 ans) pour maintenir leur entreprise en difficultés à flot, les dirigeants, malgré 17 millions de bénéfice décident de délocaliser et de fermer le site d'Agen mettant 1 100 personnes à la rue. S'ensuivent toutes les tentatives de négociations, la froideur, la rigueur des dirigeants s'opposent à la rage et l'obstination des ouvriers, emmenés par un syndicaliste pur qui ne lâche rien. Il refuse la négociation, refuse le chèque proposé et ne réclame qu'une chose : conserver son emploi et celui de ses camarades collègues car il ne se bat pas pour lui mais pour tous les autres et il le prouve. Certains le suivent, d'autres préfèreraient accepter le deal de la direction qui réussit à opposer les "clans" pour encore mieux régner. Et pourtant, par un tour de magie dont il a le secret, Brizé ne réalise pas un film manichéen. Les patrons ne sont pas  présentés comme de parfaits salauds, les ouvriers ne sont pas des anges. Et au milieu la colère intarissable de Laurent nous foudroie à chaque plan. 

Les dialogues, les échanges sont terriblement intelligents, réalistes, percutants. On a le cœur battant, la violence s'invite lorsque les ouvriers se rendent au siège du MEDEF pour être reçu et exposer leur situation, les nerfs lâchent lorsqu'ils rencontrent le patron allemand du groupe. Tous les acteurs sont formidables, certains parait-il dans leur propre rôle.

Et au milieu, impérial, Vincent Lindon, humain, rageur, brisé. Qu'il monte ou pas sur scène samedi soir n'a pas grande importance, il est grand.

L'épilogue choc, inattendu, dérangeant, incompréhensible, percutant nous anéantit.

Commentaires

  • A "la dispute" hier soir, ils ont littéralement déchiqueté ce film ! Ce qui me fait hésiter, c'est la crainte d'y retrouver du trop connu, je connais bien le monde ouvrier et malheureusement, les histoires comme celle-ci pullulent.

  • Oui c'est une histoire hélas qui se répète et n'a rien d'une fiction.
    Je l'ai trouvé exemplaire tant au niveau des dialogues que des situations.
    Je ne connais pas cette émission. Rien que le titre me fait fuir je te l'ai déjà dit... je suppose que ce qui dérange est l'aspect documentaire, l'obsession de Brizé, la fin contestable, Vincent au-delà de Lindon..
    Mais moi tout ça m'a bouleversée.

  • Bonjour Pascale, je suis allée voir ce film avec mon ami, mercredi soir. Je suis sortie sonnée et des spectateurs ont applaudi à la fin. Je ne sais pas si c'est un grand film, mais ça remue. A voir et à conseiller. Lindon et tous les autres sont bien. Bonne journée.

  • Bonjour Dasola. Moi aussi je suis sortie complètement sonnée. Cette tension permanente et cette fin (j'ai crié...). En effet peut-être pas un grand film mais un film indispensable.

  • Bonne nouvelle.

  • Si j'ai bien compris le propos des critiques, c'est le fait le film soit à la gloire de Lindon uniquement qui a dérangé. Ce n'est pas un film sur les ouvriers qui sont traités comme quantité négligeable et n'ont d'ailleurs pas la parole, seul Lindon est important, irréprochable. Une critique est allée jusqu'à dire que c'était un film putassier, avec des passages obscènes. Elles n'y allaient pas de main morte (c'était des femmes). Elles incriminaient plus le metteur en scène que Lindon, qu'elles ont trouvé par ailleurs excellent. Et la fin bien sûr, dont je me demande ce que c'est !!

  • Je comprends. J'ai pensé aussi par moments que c'était un film sur ce qu'est être acteur... mais je me disais surtout que c'était une immmersion totale et impressionnante dont Vincent fait preuve. Il est plus que crédible. On dirait qu'il est un ouvrier. Mais c'est lui le centre et le meneur. Le film m'aurait il autant plu avec un anonyme ?...
    Cela dit je trouve qu'il laisse largement sa place aux autres, il a beaucop de contradicteurs même au sein des ouvriers, et il les écoute, qui sont parfois des amateurs, voire dans leur propre rôle (l'avocate, des syndicalistes) tous excellents.
    Et aussi un patron, assez jeune, celui qui s'excuse à un moment (il dit une grosse connerie). Il m'a impressionnée.
    Et la fin... un choc. Je te la raconterai si tu décides de ne pas aller le voir :-)
    Le film est à la gloire de Lindon oui mais le sujet est quand même traité et décortiqué avec force et respect. Bravo Brizé.

    J'aimerais néanmoins voir Lindon dans un film plus léger. J'aimerais le voir sourire et l'entendre rire... il y a d'ailleurs une très belle scène très douce très calme avec sa fille. Une autre avec son ex femme : il lui fait ses courses :-). Il est capable d'autre chose.
    Je pense qu'il va finir par faire un infarctus de se mettre dans ces états de rage et de désespoir...

  • Tu parles de "caméra cachée", Dasola dit que "ça remue", une somme de facteurs qui vont me tenir éloigné de ce film sans doute très bien. Je n'ai pas pu tenir physiquement jusqu'au bout de "la loi du marché". Je donne pas cher de ma peau face à celui-ci. Faudra prévenir M. Brizé que s'il veut compter sur ma place de ciné, il faudra qu'il mette un pied à sa caméra. :-)

  • Dasola dit que ça remue dans le sens où ca touche énormément mais la camera est stable.
    Je t'encourage davantage à voir celui ci que la loi du marché que je trouve bien meilleur. Mais je pense que tu détesterais la fin...

  • 'Lindon, prix d'interprétation à Cannes pour le premier, que pourrait-il obtenir pour celui-ci'
    Ben rien du tout d'après le jury cannois. ;-)
    & c'est tant mieux pour ce qui me concerne.

Écrire un commentaire

Optionnel