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MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES

d'Emmanuel Mouret ***(*)

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Avec Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva, Laure Calamy

Madame de La Pommeraye, jolie veuve qui ne déplore pas son veuvage, vit dans son château loin de Paris et ses mondanités.

Elle reçoit régulièrement les potins de la capitale par son amie, personnage sans nom, interprété par l'exquise Laure Calamy.

Son autre ami, le Marquis des Arcis, incorrigible libertin, s'installe chez elle et lui fait une cour assidue à laquelle elle résiste avec légèreté préférant conserver l'amitié de cet homme et ne pas faire partie de son impressionnant tableau de chasse dont elle égrène la liste des noms dans le prologue du film. Les mois passent et le marquis se montre toujours à la fois empressé et patient. Madame de la Pommeraye cède finalement, mais après quelques années d'un bonheur sans tache, le garçon se lasse. Passée une période d'un intense chagrin au cours duquel elle épuise à tout jamais son stock de larmes, elle décide de se venger.

Connaissant la nature de l'inconstant, elle le met en présence de la très jeune Mademoiselle de Joncquières et de sa mère dont elle s'assure la complicité. Elles vont jouer le rôle de deux bigotes n'ayant aucun attrait pour le libertinage. Madame de la Pommeraye sait que le marquis dont elle est redevenue l'amie ne pourra résister à la beauté parfaite de la jeune fille. En effet, il n'aura dans un premier temps de cesse de la vouloir dans son lit puis en tombera éperdument amoureux.

Pour le reste, je vous laisse découvrir l'enchaînement froid et radical des manœuvres de la riposte d'une femme blessée, tiré d'un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot.

Quel plaisir de reprendre mollement le cours de ce blog avec un aussi beau film ! J'ai souvent aimé les films d'Emmanuel Mouret qui a toujours plus ou moins mis en scène les amours compliquées d'un naïf maladroit, la plupart du temps interprété par lui-même. Il confie cette fois le rôle masculin à Edouard Baer et c'est tant mieux ; le jeu parfois approximatif du réalisateur n'étant pas toujours folichon. Edouard Baer est ici plus séduisant et mélancolique que jamais. Amoureux des mots tel qu'on le connaît, il parle le Marivaux avec une aisance parfaite comme s'il semblait droit sorti d'un boudoir du XVIIIème siècle. Offert en pâture aux femmes auxquelles il sert de bouc émissaire afin qu'elles se vengent de tout ce que ce siècle leur inflige de soumission et de déconvenues, il devient à force de naïveté et de manque de discernement de plus en plus touchant à mesure que l'histoire implacable avance.

Cécile de France, belle et gracieuse, a abandonné sa charmante gouaille naturelle pour s'approprier un texte littéraire élégant. Elle adopte un port de reine et affiche un teint diaphane. Et la façon dont elle peut dans la même seconde changer d'expression, passant du désespoir le plus profond à la gaité feinte (et réciproquement) est impressionnant.

L'art de la conversation entre elle et son amoureux est un délice pour les oreilles mais c'est aussi dans leurs silences éloquents qu'ils sont les plus frémissants. Cela donne des scènes où leurs échanges de regards sonnent comme une évidence, où poser deux livres soudain l'un sur l'autre est sans équivoque. Inutile d'en passer par les consternantes scènes de sexe, l'alchimie des deux acteurs est un ravissement et ils se livrent avec passion et gaité à tout ce que les amoureux de tous les temps ont toujours fait comme s'ils découvraient le monde : se promener, manger, boire, parler, rire, lire... ENSEMBLE. Dans l'écrin somptueux d'un château et d'un jardin, dans une lumière éclatante, au bord d'une rivière où le Marquis fait amener deux chaises, symbole de leur union indéfectible... ils sont renversants et on appréhende vraiment le moment où l'ennui et la lassitude vont s'inviter dans le tableau idyllique.

Chaque femme tente ici de s'imposer face au pouvoir des hommes, à sa façon, à ses dépens parfois. A force de se méfier et d'en imposer avec son féminisme, l'amie de Madame de la Pommeraye fait peur et a fait fuir les hommes. La mère de Mademoiselle de Joncquières s'est fait berner par l'homme qui l'a jadis mise enceinte. Quant à Mademoiselle de Joncquières, elle semble subir les évènements de son destin jusqu'alors contraire, jusqu'à ce qu'enfin elle libère sa parole. Son personnage central même si un peu en retrait, en devient passionnant. Alice Isaaz, son visage parfait, son teint de porcelaine, illumine le film.

Force est de constater que toutes les femmes de l'histoire ne dépendent d'aucun homme matériellement. C'est lorsque les sentiments s'en mêlent que cela se gâte... Et Madame de la Pommeraye prétend assez hypocritement il me semble qu'elle va, grâce à sa vengeance personnelle, rendre justice, venger toutes les femmes de tous les affronts car :

"Si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société ?"

C'est d'une cruauté sans égal mais j'ai aimé la fin que j'appelais de mes vœux... Incorrigible.

Commentaires

  • Je viens de rentrer et j'ai l'impression de voir ce film partout. Je vais peut-être commencer par lui pour Edouard Baer et les dialogues.

  • Edouard le Magnifique dans un épisode de Jacques le Fataliste, il faut admettre que tu as les mots pour me séduire, fussent de Marivaux ou de Diderot.
    J'adore Mouret (on dirait pas comme ça, hein ?) mais aux belles lettres j'ai préféré Médecine ce week end. Le prestige de la filière sans doute. ;-)

  • Pour en arriver au prestige, il faut en passer par un fichu chemin de croix il me semble.
    Les lettres auront toujours ma préférence.
    Et ce film est BEAU. Et cruel (je me répète).

  • Je l'ai vu ce matin. Je suis d'accord avec toi sur tous les points. Cécile et Édouard sont très bien... et les autres aussi. Et quelle cruauté ! La fin m'a plu.

    Depuis que je suis sorti, je me demande si les gens de la bonne société parlaient réellement comme ça au XVIIIème ou si c'est une langue littéraire qui est ici utilisée (par Diderot). En tout cas, ils sont magnifiquement ciselés, ces dialogues, et presque parfaitement joués.

  • Ah oui cette fin... j'ai failli applaudir :-)

    Je me le demande aussi. Ces tournures de phrases c'est tellement magnifique... et toujours d'une précision imparable.
    Est-ce que ça t'a fait cet effet ? Au début j'ai cru que la meilleure amie jouait double jeu.

  • Non, je n'ai pas pensé à ça. Cela dit, elle ment aussi.
    Ce n'est pas un personnage très reluisant, mais Laure Calamy le joue parfaitement.

  • Ah pas reluisant ?
    Après mon hésitation je l'ai trouvée très bien.

  • Nous aimons le naturel de Cécile de France et nous sommes curieuse de la voir dans un rôle qui nécessite tant d'apprêt physique et linguistique !

  • Elle a dû bosser. C'est à peine si on reconnaît sa voix.

  • j'irai le voir....
    Et sinon, t'as vu y'a Edouard chaque dimanche de 22h à Minuit sur Inter?! J'ai de suite pensé à toi et ta petite culotte!

  • Oui je n'en porte plus à cette heure du coup.

    On se voit quand ?
    J'ai loupé l'auberge espagnole. Jy ai repensé le 17... c'était compliqué.

  • Bonjour Pascale, moi aussi j'ai aimé la fin, mon côté "fleur bleu" peut-être. Vu le film hier après-midi et les spectateurs ont l'air de bien l'apprécier, c'est mérité. Bonne journée et bonne reprise. Moi, je suis encore en vacances pendant une semaine :).

  • Bonjour dasola. J'imagine que les cyniques préféreraient une autre fin. Moi aussi c'est mon côté midinette qui l'a emporté :-)
    Bonne semaine. Profite bien.

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