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EN CORPS

de Cédric Klapisch ***

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Avec Marion Barbeau, Hofesh Shecter, François Civil, Pio Marmaï, Muriel Robin, Souheila Yacoub

Elise danseuse classique déconcentrée en plein spectacle par ce qu'elle vient de découvrir tombe lourdement sur le sol et se blesse à la cheville.

L'annonce faite par une médecin (doit-on dire médecine ?) pas très délicate qu'elle ne pourra sans doute plus faire de pointes est catastrophique pour cette jeune femme qui ne conçoit pas la vie sans la danse. Heureusement le pire a parfois du bon et après un début de rééducation qui n'augure pas du meilleur, Elise se rend avec une amie et son compagnon cuisinier chez une femme qui accueille en résidence des artistes musiciens ou... Ô surprise et miracle de la vie, des danseurs ! Sa rencontre avec Hofesh Schechter, vrai danseur chorégraphe dans la vraie vie (et également à la partition du film) va être déterminante.

En corps est un film à la fois très réussi et décevant. Je vais tenter de m'expliquer. Pour faire vite je dirai que l'histoire, le scenario ne sont pas à la hauteur de la réalisation éblouissante. L'ouverture dure pas moins de quinze minutes (je n'ai pas chronométré mais j'ai entendu Klapisch le dire dans le poste) et ce moment là est étourdissant de maîtrise, de beauté et d'intelligence. Aucun mot n'est prononcé qui aurait de toute façon été inutile tant la situation est claire. Entre la scène et la coulisse, une représentation de La Bayadère vire au drame pour Elise qui s'effondre après avoir surpris son amoureux dans les bras d'une autre danseuse. Je ne crains pas de dire que cette entrée en matière est virtuose à tous points de vue, comme le seront les nombreuses scènes de danse qui parcourent le film. Pas seulement parce que la danse, classique ou contemporaine, c'est beau à voir mais parce que le réalisateur a su faire en sorte que sa caméra danse sans nous donner le vertige et nous place au coeur même des chorégraphies. Un montage de toutes les scènes de danse du film ferait un moyen métrage merveilleux. Et l'on découvre, preuves à l'appui, toutes les différences et nuances entre la danse classique qui élève, envole les corps et la danse contemporaine plus solide, ancrée dans le sol. Les deux techniques (parfaitement bien représentées sur l'affiche) sont passionnantes à regarder.

Entre les entrechats et les circumductions (oui je sais...) l'histoire devient parfois patapouf tant elle insiste sur la métaphore de la reconstruction tant physique que morale, voire sentimentale de la danseuse. En plus de sa blessure physique, la jeune danseuse doit se confronter au deuil de sa mère disparue qui a largement contribué à favoriser sa passion pour la danse et à un père avocat (mais qu'est-ce que c'est que ce père ?) qui ne cesse d'offrir des livres à sa fille qu'elle ne lit pas et  de déclarer à cette artiste talentueuse qu'elle aurait dû faire du droit. Si la plupart des personnages sombrent dans tous les clichés sentimentaux possibles et de la bienveillance providentielle, ce père interprété par Podalydès est de loin le plus ridicule. Et pourquoi faut-il que tous les garçons qui croisent la route d'Elise, même ses meilleurs amis, tombent amoureux d'elle ? La belle n'aura que l'embarras du choix et pas moins de trois prétendants en l'espace du film, sans compter l'indélicat du début (ce qui fait quatre). Autant dire qu'Elise est bien entourée. En contrepoint à toute cette gentillesse, je n'ai pas compris soudain la phrase terrible prononcée par Muriel Robin : "tu as toujours eu beaucoup de chance dans ta vie, c'est pas mal que tu souffres un peu." Et bim. J'ai trouvé ça vraiment terrible, inutile, choquant et incompréhensible.

Ces facilités sont compensées par la troupe d'acteurs qui entourent la belle danseuse (véritable danseuse étoile à l'Opéra de Paris comme personne ne doit l'ignorer) excellente actrice elle-même. Pio Marmaï, François Civil, Muriel Robin et Souheila Yacoub offrent tous une partition comique et légère et apportent beaucoup de frivolité au film qui aurait pu être plus dramatique sans eux. La scène d'ivresse entre Muriel Robin, Pio Marmaï et François Civil un peu délaissés, exclus de cet univers artistique est une totale réussite nonsensique, pleine de loufoquerie.

Les réserves faites, c'est néanmoins un film qui fait du bien, donne envie de danser ou de découvrir la danse, de croire, d'espérer, il est beau à voir et superbement interprété. C'est déjà beaucoup.

NB. : Paris est comme toujours sublimé par le réalisateur.

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Commentaires

  • C'est un peu ce que j'ai compris des critiques écoutées, c'est beau mais mouarf. Je vais le voir ce soir, j'aime bien aussi aller voir des films comme ça, qui ont des faiblesses mais aussi des états de grâce.

  • Bon on ne va pas se plaindre de tout cet optimisme et cette positivité mais dans la vraie vie, un tel alignement de planètes est rar
    Mais je recommande ce film.

  • J'y suis allée et je ne regrette pas. J'ai passé un doux moment avec ces corps qui dansent, et François Civil, et Pio Marmai. C'est pas le film de l'année, c'est possible, mais j'étais heureuse en le voyant :)

  • Oui, un film qui fait du bien on ne va pas cracher dans la soupe mais il aurait pu être le film de l'année s'il n'était entouré de tant de sirop et de ce père débile.

  • De toute façon, rien que pour la danse, je suis décidée à le voir. Ton avis correspond à ce que j'ai entendu à droite, à gauche, mais ça vaut le coup.

  • Oui ça vaut le coup même si le scénario aurait gagné à être un peu plus realiste.

  • Bon je pensais pas le mettre sur ma liste mais comme j'ai envie de me faire du bien je vais me laisser tenter.
    Content que tu ai repris goût de nous livrer tes longues et belles chroniques

  • Oh merci, c'est gentil.
    Ce film fait du bien.

  • Je t'ai lue entre les lignes, mais je reviendrai sûrement après avoir vu le film. Quand ? Je ne sais pas. Mais je suis un inconditionnel de Cédric Klapisch, qui a fait au moins deux films qui collaient parfaitement à mon état d'esprit à l'époque : "Le péril jeune" et "L'auberge espagnole".

    Du coup, je le vois comme un réalisateur "générationnel" et je lui suis fidèle, même si tout ce qu'il a réalisé ne m'emballe pas de la même façon.

    On en reparle bientôt, ici et/ou "chez moi". Bonne journée, Pascale ! :-)

  • En effet c'est ce qui m'épate chez Klapisch. Evidement c'est loin d'être un vieillard, mais il continue de s'intéresser à la jeunesse. Ce film est sans doute son plus beau.

  • Voilà.

  • Je ne voulais pas y aller à cause de la danse. J'ai bien fait d y aller pour la danse. Ça bouge ça s envole ça se traîne par terre, ça s enlasse.. Les petites histoires à côté du sujet principal ( les amours, le père) n'apportent pas grand chose à l'histoire. Mais on ne voit pas le temps passer...

  • Contente que tu y sois allé malgré la danse :-) Les petites histoires sont bien pâlotes à côté de ce que ça envoie pour les yeux.
    Le père est une calamité.

  • Dis-donc... On dirait que tu as fait beaucoup de circumductions dans ta jeunesse... :-)
    J'y suis allé, un peu à reculons, je dirais, faute d'un cinéma qui ne connaît pas les films japonais par exemple. Mais je ne regrette en rien mon temps, n'y connaissant rien en danse à part le déhanché de Robert Plant torse nu. J'y ai passé un excellent moment, sans aucune réserve, en tout cas apparemment beaucoup moins que toi, même pas Polalalydès...
    Et l'entrée en matière, effectivement, époustouflante. Digne d'un James Bond, jusqu'au générique. Grandiose...

    Ma scène, à la fin, fin de la troupe musicale, bonjour la chorale religieuse, et Pio Marmaï, au fourneau qui fait le pitre derrière la vitre. Sanglante...

    Bref, j'ai vraiment bien fait d'y aller, me suis-je dit, me dis-je encore...

  • C'est un film qu'on ne regrette pas d'avoir vu même quand on a jamais fait de circumductions (ce qui est mon cas).
    Concernant le père, je suis assez agacée (même au cinéma) et le mot est faible par les parents exigeants à tort et à travers, déçus par leurs enfants alors qu'ils ne voient pas la perle qu'ils ont devant les yeux. C'est le cas de ce personnage complètement con.

    Pio est impayable, couvert de sang.

    C'est bien de se parler à soi-même.

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