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LES HERBES SÈCHES

de Nuri Bilge Ceylan ***

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Avec Deniz Celiloglu, Merve Dizdar, Musab Ekici, Ece Bagci

Dans un village perdu de l'Anatolie, Samet enseigne les arts plastiques à des collégiens. Il est aussi leur prof principal. Il semble très proche de ses élèves, voire familier.

Il partage un logement avec son ami Kenan également prof dans le même collège. Tous les deux ont un rêve. Samet d'être muté dans la grande ville Istanbul et Kenan d'être nommé Principal. De retour des vacances d'hiver, la routine reprend, terne, monotone jusqu'à l'arrivée de Nuray, professeure d'anglais et un évènement inattendu qui vont quelque peu secouer le quotidien.

3 heures et 17 minutes, c'est le temps qu'il faut à Nuri Bilge Ceylan pour nous immerger dans la vie banale et insatisfaisante de ces personnages comme perdus au bout d'un monde qui nous échappe totalement. Etrangement et malgré l'insignifiance de leur vie, on s'installe et on les écoute évoquer leur conception d'un avenir meilleur sans s'ennuyer un instant. Il faut dire que le réalisateur est absolument maître en l'art de composer des dialogues. Et comme dans son sublime Winter sleep (Palme d'Or 2014) il fait parler ses personnages, beaucoup, énormément et les conversations de la plus banale à la plus profonde sont absolument passionnantes. Comme s'il ne manquait pas un mot. Il faut dire que l'hiver est long, interminable dans ce coin du monde qui ne compte que deux saisons, l'hiver constamment enneigé auquel succède un été à la chaleur implacable. Parler semble être la seule distraction. Refaire le monde sans être forcément en accord avec soi-même.

La conversation qui m'a le plus impressionnée est celle où le Principal du collège explique aux professeurs qui interviennent et l'interrompent régulièrement pourquoi il s'est adressé directement au Rectorat pour signaler une "défaillance" dont Samet et Kenan sont accusés de la part d'élèves qu'il ne veut pas nommer plutôt que de leur en parler d'abord à eux. La joute verbale atteint ici un niveau de perfection remarquable. Comme la plupart des conversations d'ailleurs qui semblent être toutes improvisées. Cela est sans doute dû à l'excellente direction d'acteurs. Autre talent de Nuri Bilge Ceylan.

Au coeur de ce film se tient un homme qu'on prend d'abord en sympathie. L'acteur Deniz Celigoglu est exceptionnel. On le découvre marchant seul sur une route enneigée qui semble sans fin. Là où le bus l'a déposé et d'où il doit rejoindre le village et le collège. Il s'entend parfaitement avec son collègue et colocataire, a de bonnes relations avec ses autres collègues et est proche de ses élèves au point de faire un petit cadeau à l'une d'entre elles. Lors d'une fouille intempestive des sacs des élèves (apparemment la pratique est "normale") par le Principal et la CPE, une lettre d'amour est découverte dans le sac de Sevim. En tant que prof principal, Samet confisque tous les objets indésirables et se persuade sans doute que la lettre lui est destinée. Alors que Sevim lui demande de la lui rendre, il refuse et prétend l'avoir jetée. De cette lettre et de ce geste vont découler tout ce qui s'ensuit et nous faire apparaître Samet comme un type plutôt antipathique, fourbe et malhonnête, médiocre et jaloux. Ce qui se confirmera lorsqu'il s'arrangera pour attirer Nuray à lui alors qu'elle semblait être attirée par Kenan. Mais peut-être n'est-il qu'un être imparfait, plein de doutes et de contradictions et que je me montre trop sévère avec lui. Les spécialistes de Tchekov vous expliqueront cela mieux que moi.

Je ne vous cache pas que j'ai trouvé les rapports entre ces gens complexes sans doute comme les rapports humains le sont, comme l'âme humaine aussi mais que je n'ai pas forcément compris leur "fonctionnement". La petite Sevim, est-elle ange ou démon, victime ou bourreau ? Et Nuray (le prix d'interprétation féminine cannois me semble aussi incompréhensible que celui de l'an dernier), handicapée, solide et résistante après un terrible traumatisme, qu'apporte-t-elle ? J'irai jusqu'à dire que son personnage aurait pu être coupé au montage.

Malgré mes réserves, je ne me suis pas ennuyée un instant parce qu'en plus des dialogues vraiment brillants le réalisateur compose des plans qu'on a pas envie de quitter des yeux (et pourtant je n'aime pas la neige !). L'intérieur du logement des deux amis, un foutoir sans nom mériterait qu'on puisse s'y arrêter pour comprendre et détailler chaque objet, leur périple pour aller chercher de l'eau pure en haut d'une colline, les images qui s'immobilisent lorsque Samet prend des photos, tout est beau. Tout compose des images somptueuses. Et puis on ressent le froid et la chaleur. Et brusquement, lors d'une scène dont on ne sait quelle en sera l'issue, Samet quitte la chambre (pour se refaire une beauté) et l'acteur se retrouve sur le plateau de tournage, fait un tour et le film reprend là où on l'avait laissé. C'est déroutant mais terriblement emballant. Que signifie ce moment ? Eviter une scène de sexe (ratée dans la plupart des films) inutile ? Nous dire que ce qu'on voit n'est que du cinéma ? Je ne sais pas, je ne cherche pas à savoir.

Ce film est beau, impressionnant et déconcertant.

P.S. : je trouve leur façon de boire le thé très agaçante...

Et si comme moi vous ne savez pas bien situer l'Anatolie :

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Commentaires

  • Comment boivent-ils dont leur thé ??? Plus de 3 heures de cinéma, c'est beaucoup trop long pour moi, il attendra le DVD.

  • C'est insupportable :-)))) ce ne sont même pas de petites gorgées... ils trempent leurs lèvres, reposent la tasse, retrempent leurs lèvres, reposent la tasse etc.
    Les anglais sont des petits joueurs. Ici ils ont toujours une théière qui ressemble à une cafetière posée sur le feu. Ils en boivent du lever au coucher du soleil.
    Comme tu sais peut-être, je déteste l'eau chaude avec des trucs qui trempent dedans. Ni thé, ni tisane, ni café... je te dis même quel ovni j'ai l'impression d'être à la fin d'un repas. Tes tasses de thé sur les réseaux sont une énigme pour moi :-)))
    Voilà. Mais je crois qu'il faut le voir dans le film pour comprendre.

  • Aucune :-)

  • Rebonjour Pascale, ce qui m'a intriguée ce sont les deux théières pour verser le thé. Je n'ai pas compris pourquoi. Sinon, concernant le film, je l'ai trouvé très bavard (surtout la conversation entre Mamet et Nurai). Et c'est vrai que le personnage de Nurai n'apporte rien au film. Je ne comprends non plus le prix d'interprétation. C'est le personnage qui joue Samet qui aurait dû l'avoir. J'ai adoré les photos qui ponctuent le film. L'Anatolie sous la neige, ce n'est vraiment pas pour moi. Quand à Sevim, je l'ai trouvée antipathique au possible avec son air de Sainte-Nitouche. 3h13, c'est vraiment trop long. Bonne journée.

  • Je suis entièrement d'accord avec toi.
    Le tête à tête est interminable et plutôt creux. Et ce prix d'interprétation est incompréhensible.
    Moi aussi j'ai aimé les photos.
    Sevim est assez opaque en effet.
    On a pas trop l'explication d'ailleurs sur cette "relation"...
    Bonne après-midi.

  • Tiens, je viens de commencer un livre sur la chute des derniers sultans ottomans.
    Je voudrais voir ce film, mais il faut le caser avec ses 3h17 ..! J'espère qu'il va rester encore un peu à l'affiche, que je puisse le voir au prochain jour férié ou de weekend.

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