FATHER MOTHER SISTER BROTHER
de Jim Jarmusch **
ETATS-UNIS
Avec Tom Waits, Adam Driver, Mayim, Charlotte Rampling, Kate Blanchett, Vicky Krieps, India Moore, Luka Sabbat
Trois histoires, trois "sketches" pour évoquer la famille, les relations intra-familiales dans le New-Jersey, à Dublin puis à Paris.
Et on ne peut pas dire que le bilan de l'observation soit positif ou réjouissant. En résumé les enfants préfèrent leurs parents plus morts que vifs et les parents survivants ne sont guère chaleureux avec leur progéniture. Comment le réalisateur s'y prend-il pour en arriver à cette conclusion qui plus que jamais démontre qu'on choisit ses amis et pas sa famille ?
En allant voir ce film je pensais que les trois parties parlaient d'une seule et même famille. Il n'en est rien.
Chapter one. Emily et Jeff (Mayim Bialik et Adam Driver) se rendent en voiture chez leur père (Tom Waits) qui vit seul (maman est morte) dans sa jolie demeure isolée avec vue sur lac gelé et forêt. Les deux enfants largement quarantenaires n'ont pas vu leur père depuis deux ans. Ils s'y rendent à reculons avec des pieds de plomb (s'il y a des matières plus lourdes que le plomb, cela fera l'affaire) et dès leur arrivée se désolent que l'allée qui mène à la maison soit boueuse. Ils ont aidé leur père financièrement, s'en plaignent amèrement et semblent n'avoir qu'une hâte : que cette visite prenne fin avant même qu'elle n'ait commencé. En route, ils croisent trois skaters, ce qui agace Jeff. Le père quant à lui, organise un bordel dans sa demeure bien rangée en les attendant. Dès les retrouvailles, la gêne s'installe malgré un "tu es mon fils préféré", ce à quoi le fils répond "tu n'as qu'un fils"... mais que j'ai traduit par "je te préfère à ta soeur". Le père leur offre un verre d'eau filtrée de son puits puis il sera question d'argent et d'une Rolex (fausse). J'ai eu l'impression que les gosses même si le père semble ne pas rouler sur l'or (malgré sa somptueuse demeure) n'attendent qu'une chose : qu'il "crève, vu que c'est lui qui a l'oseille" (#Ces gens là de Jacques Brel) pour prendre possession de l'endroit avec vue et du magnifique fauteuil pivotant fait main. Toute tentative de conversation tourne court. Tout le monde a une tenue assortie ce qui prouve que les liens sont inconscients mais le malaise est palpable. La question est : peut-on trinquer avec de l'eau ? En tout cas, Bob is our uncle !
Chapter two. Timothea (Cate Blanchett, toujours vingt ans) et Lilith (Vicky Krieps), deux soeurs, se rendent séparément chez leur mère (Charlotte Rampling) dans sa somptueuse demeure dublinoise avec jardin et portail. Elles ne se voient qu'une fois par an et c'est une torture pour les trois. Maman leur prépare un merveilleux goûter à base de thé méga foncé (j'y connais rien en eau chaude), de gâteaux multicolores, le tout servi dans une porcelaine délicate à fleufleurs. Tim tombe en panne de voiture (à nos actes manqués !) et puis finalement ce n'est pas une vraie panne. En chemin elle croise trois skaters, ce qui la ravit. Lilith arrive avec sa compagne qui la dépose quelques rues plus loin car maman croit toujours qu'elle va faire un joli mariage avec ce beau garçon à la belle situation. Les retrouvailles sont aussi chaleureuses qu'une poignée de mains entre deux esquimaux et comme les précédents "enfants", elles ont hâte que maman crève (vu que c'est elle qui a l'oseille). D'ailleurs "tu ne trouves pas qu'elle a vieillie ?" dit Lilith. Ce qui choque Timothea qui ira contempler très satisfaite les effets du botox sur son visage. Au moment de servir le thé, maman dit "allez, je joue à la maman", l'acerbe Lillith enchaîne : "il n'est jamais trop tard pour commencer". Il sera question d'argent, de fausse Rolex. Mère et filles s'ennuient relativement poliment (Charlotte est anglaise). Tout le monde a une tenue assortie ce qui prouve que les liens sont inconscients (Jarmusch a de la suite dans les idées) mais le malaise est palpable et la question est : peut-on trinquer avec du thé ? En tout cas, Bob is our uncle !
Chapter three. Skye (Indya Moore) et Billy (Luka Sabbat) se rendent dans l'appartement parisien de leurs parents récemment morts dans un accident. Ils sont sincèrement tristes car ses parents on les aime beaucoup plus, beaucoup mieux quand ils sont morts et qu'il ne nous reste plus que nos yeux pour (les) pleurer. Ils sont beaux comme des gravures de mode, ont une tenue assortie, ils sont jumeaux et plus complices que Bob l'éponge et Patrick l'étoile de mer. Avant de se rendre dans l'appartement, on se balade dans Paris, on croise trois skaters, on boit un café dans un café. Mais peut-on trinquer avec du café ? C'est Skye qui a la réponse : on peut trinquer avec TOUT. Ouf. Puis il sera question d'argent, d'une Rolex... C'est la seule séquence vaguement émouvante. Les enfants regrettent leurs parents (normal, ils sont morts) et se réjouissent d'avoir eu des parents non conventionnels (comme si avoir Tom Waits et Charlotte Rampling comme parents (de cinéma) était conventionnel...). Françoise Lebrun viendra passer sa tête en guise de concierge car c'est toujours bon de montrer son amour et sa connaissance de la cinéphilie Nouvelle vague.
Et au final, Bob is our uncle !
Que reste-t-il ? Un casting quatre étoiles, une image très belle (surtout sur la porcelaine vue d'avion de Charlotte Rampling) et la bande originale (signée Jarmusch et Anika) mais cela ne surprend pas de la part du réalisateur. En gros, j'apprécie un film sur deux voire sur trois de Jarmusch et celui-ci reste indépassable, pas seulement dans sa filmo mais dans mon Panthéon filmique. Je viens de réécouter la musique et je suis transportée... ce que ce Father etc. n'a pas eu comme effet. Je suis à deux doigts de refuser la nationalité française à Jarmusch car franchement un film sur des gens qui préfèrent leurs parents morts et des parents exaspérés par leurs enfants, on s'en passerait.
Rassurez-vous (pour moi) cela s'arrange avec les deux prochains films : un italien et un japonais (à vos prévisions).
