29.07.2009

Bronson de Nicolas Winding Refn ****

 Tom Hardy, Nicolas Winding Refn dans Bronson (Photo) Tom Hardy, Nicolas Winding Refn dans Bronson (Photo) Tom Hardy, Nicolas Winding Refn dans Bronson (Photo)

« Je m’appelle Charles Bronson et je veux devenir célèbre ». Ainsi commence l’histoire vraie de Charles Bronson qui, évidemment ne s’appelle pas Charles Bronson mais Michael Peterson. Il avait d’abord hésité à prendre Charlton Heston en guise de pseudo, mais cela lui fut déconseillé par un type qui l’a « utilisé » comme chien de combat… pendant les quelques semaines d’un de ses rares et brefs séjours en liberté.

En effet Charlie/Michael est le prisonnier le plus célèbre et le plus dangereux d’Angleterre. Malgré une enfance « normale », à 19 ans, pour sortir de l’anonymat, il braque un bureau de poste. Arrêté, il est condamné à 7 ans de prison.

C’était en 1974.

Depuis 35 ans, Bronson est toujours en prison, dont 30 passées en isolement total. Porté par on ne sait quelles pulsions d’ultra violence et cette unique ambition jamais rassasiée d’être célèbre, il ne peut s’empêcher d’attaquer en permanence ses gardiens. En fait, il n’est jamais plus heureux que quand il reçoit des coups ou qu’il en donne faisant de son seul corps une arme et une proie.

Réussir un beau film, drôle et profond sur un tel sujet avec un tel personnage relève véritablement de l’exploit et Nicolas Winding Refn le réussit haut la main en parvenant à fasciner tant par le fond que par la forme.

En la chorégraphiant, il a réussi à ne pas rendre la violence insupportable à l’écran et en en montrant quasiment que les effets sur le corps martyrisé de Bronson. C’est difficile à exprimer. Mais pour les petites natures telle que moi les coups et blessures, résultat de la fureur frénétique du « héros », restent regardables. Cela semble affreux dit comme ça, mais le réalisateur a réussi à ce qu'il soit littéralement fascinant. La musique souvent classique (Verdi) ajoute évidemment à cette impression de ballets.

Mixant un peu de « Orange Mécanique » pour la violence gratuite, le réalisme rétro-seventy de l’Angleterre, la musique en décalage total avec les images et de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » pour le séjour en hôpital psychiatrique où il ne manque que Miss Ratched, le réalisateur réussit néanmoins un film unique, audacieux mais jamais prétentieux, beau et drôle. Oui drôle. Il n’oublie pas non plus de dépeindre une vision pas très rassurante des milieux psychiatrique et carcéral de nos voisins Grands-Bretons.

Pour interpréter ce Bronson, il fallait un acteur majuscule et le réalisateur l’a trouvé en la personne de Tom Hardy. On a eu très chaud quand on pense que Jason Statham fut pressenti… Tom Hardy est un acteur hallucinant qui réussit une prestation comme on n’en voit que dans la filmo des plus grands. Il est prodigieux, immense, sublime et renversant. Jamais plus inquiétant que lorsqu’il sourit, d’une douceur inouïe avec les filles, la fureur incroyable et ingérable qui le possède, toutes ses contradictions et incohérences, sa tension permanente et imprévisible, sa naïveté qui frôle parfois la crétinerie, l’acteur parvient à tout retourner en sa faveur et faire de Bronson, un personnage d’un charisme insensé. Son corps (souvent nu, il faut apprécier la présence de certains muscles dont je ne savais même pas qu’ils existent…) semble être utilisé comme une machine, un outil indissociable de cette interprétation hypnotique à la fois fine et exaltée.

Ma scène préférée : celle où Bronson prend son prof d’arts plastiques en otage, sublime et angoissante.

Espérons que les réalisateurs aient l'imagination à la hauteur de cet acteur enragé !

 Nicolas Winding Refn dans Bronson (Photo)

  

Ci-dessous, quelques éléments de la biographie invraisemblable de cet homme :

  • De son vrai nom Michael Peterson, il est né en 1952. En 1987, l'organisateur de ses combats lui donne son nouveau patronyme : Charles Bronson.
  • Originaire d'Aberystwyth, à l'ouest du Pays de Galles, il s'installe ensuite à Merseyside, puis à Luton, que l'on considère souvent comme sa ville natale.
  • En 1974, alors âgé de 19 ans, il est condamné à 7 ans de prison pour un vol à main armée qui tourne court. Un vol au cours duquel personne n'est blessé.
  • Il a passé 34 années en prison, dont 30 en isolement cellulaire.
  • Il a été libéré le 30 octobre 1988, et a connu seulement 68 jours de liberté avant de commettre une nouvelle infraction. Incarcéré, il est de nouveau libéré le 9 novembre 1992, et connaît 53 autres jours de liberté.
  • Depuis 1999, il n'a plus le droit de se mêler aux autres prisonniers.
  • En 2000, il est condamné à la réclusion à perpetuité, et écope notamment de trois années d'emprisonnement pour avoir pris un enseignant en otage pendant 44 heures; même si l'enseignant en question n'a pas été blessé.
  • Il a été l'objet de violences physiques et psychologiques tout au long de ses années de détention. Depuis 7 ans, il n'a plus de comportement violent, et a été diagnostiqué sain d'esprit.
  • Bronson s'impose un entraînement physique intensif, et effectue quelques 2500 pompes par jour.
  • En 2002, il publie "Solitary Fitness", qui décrit son entraînement physique individuel dans des conditions difficiles et dans un espace extrêmement confiné.
  • Depuis une dizaine d'années, il se consacre à l'art. Ses oeuvres sont uniques en leur genre, et ont été exposées dans le monde entier. Poète à ses heures, il a remporté 11 Prix pour ses oeuvres et créations artistiques.
  • Bronson est toujours prisonnier de "catégorie A", et incarcéré en isolement cellulaire au Quartier de Haute Sécurité de la prison de Wakefield. Il est âgé de 56 ans.