01.09.2006

Je vais bien, ne t’en fais pas. De Philippe Lioret ****

 

Lili est accueillie par ses parents (froids et tendus) à son retour de vacances. Elle apprend que son jumeau Loïc est rentré aussi puis, suite à une violente dispute avec son père est reparti brusquement. Il ne donne pas de nouvelles, Lili s’inquiète puis cesse de s’alimenter. Après un séjour à l’hôpital psychiatrique où les pratiques et comportements douteux (elle sera attachée, gavée, privée de visites, à l’isolement…) mettent son père (et la spectatrice… autre débat) très en colère, elle reçoit une carte de Loïc « Je vais bien, ne t’en fais pas » et décide de partir à sa recherche. Ce qu’elle va découvrir est au-delà du supportable.

Philippe Lioret ancre sa dissection d’une cellule familiale (ses secrets, ses non-dits, sa vie très banale) dans un environnement quelconque. Ici, pas de profession de rêve ou de maison à l’architecture improbable : on est caissière ou agent d’assurance et on vit dans une cité aux maisons alignées et identiques. Lili dira à un moment : « c’est Truman Show ici », bien vu ! Les gens qu’on y croise, on les connaît, ils ressemblent aux gens de la « vraie vie » et les acteurs (TOUS) apportent force et vérité à leurs personnages admirables et ordinaires.

Mélanie Laurent (fragile et entêtée) porte ce film bouleversant et dérangeant, bercé par une chanson magnifique qui envoûte et émeut. Quant à Kad Merad, avec son visage qui parle mieux qu’un discours, claquemuré dans son silence et sa douleur, il est immense.

Impossible de juger ce qui se passe dans les familles (il faut vivre avec ses actes, ses erreurs, ses choix et leurs conséquences) et le post-it actuel colle parfaitement à ce film. Quoiqu’il ait fait, jusqu’où un père est-il capable d’aller pour protéger son enfant ?

On m’a dit : « pas de super héros dans ce film ! », et pourtant comment peut-on qualifier ce père ?

En sortant du petit cinéma de quartier où était projeté ce film en avant-première, le propriétaire de la salle, en découvrant l’état des spectateurs, avait sorti une boîte de kleenex sur le comptoir.

Vous êtes prévenus.