15.11.2008
Stella de Sylvie Verheyde ****


Stella ou comment devenir grande quand on est une petite fille de 12 ans entourée d’adultes paumés qui vous regardent sans vous voir ? Malgré tout, Stella pousse tant bien que mal, un peu comme une herbe folle, pleine de doutes, de peurs et de violence. Elle intègre un collège du XVIème arrondissement où elle décide de baisser la tête pour ne pas se faire remarquer par tous les jeunes de son âge nantis qui se moquent de son allure, de ses vêtements. Elle vit avec ses parents débordés, dépassés mais affectueux, dans un troquet qui semble accueillir tout ce que Paris fait de marginaux, alcoolos, petits truands, clodos, chômeurs. Le soir on y chante, on y danse, on y boit encore et encore. Dès que Stella rentre de l’école, elle oublie son cartable jusqu’au lendemain où elle ne peut que constater qu’elle ne comprend rien à ce qui se passe en classe et évidemment qu’elle n’a jamais fait ses devoirs. Par contre, le poker, le billard, le flipper et la télé, elle connaît. Ainsi que les chansons de Sheila, Eddy Mitchell ou Daniel Guichard. Et puis un jour elle sympathise avec Gladys qui va devenir sa meilleure amie. Elève douée, fille de psychiatre Gladys fait découvrir la lecture à Stella dont la mère s’étonne qu’elle puisse lire des livres qui ne sont pas imposés par les profs. Stella va se prendre de passion pour Cocteau, Balzac, Duras : « je lis, je ne peux plus m’arrêter de lire » et découvrir les douces chansons pleines de rage de Bernard Lavillier qui parlent si bien d’elle.
Je reconnais qu’en tout premier lieu je suis allée voir ce film sans rien en savoir, juste parce qu’il y avait Guillaume Depardieu au générique. C’est évidemment un crève-cœur de le revoir et même difficile de retenir ses larmes car il y est plus que jamais tendre, calme et d’une infinie douceur. Être l’ami, un peu le Prince Charmant dont Stella rêve lui va forcément à merveille car dès qu’il est en présence d’enfants tout le charme, la gentillesse, la délicatesse dont il était capable semblent plus que jamais déferler sur l’écran. C’est également frustrant car son rôle, même s’il est capital pour l’épanouissement de Stella, est secondaire. Et puis en un long gros plan fixe sur son visage de plus en plus balafré, son énigmatique et insaisissable tristesse envahit l’écran. Inconsolable à jamais.
Stella, c’est une petite actrice Léora Barbara, absolument saisissante de justesse, de rage contenue et de volonté. Jamais elle ne minaude ou n’agace mais toujours elle surprend. Lucide au point de s’apercevoir sans presque l’aide de personne, que c’est seule qu’elle s’en sortira. La réalisatrice suit son évolution sur une année scolaire, véritable parcours du combattant, pour elle plus que pour d’autres, à une époque (les années 70) où les profs ne s’embarassaient pas de psychologie, où les mauvais élèves étaient humiliés devant toute la classe et renvoyés à leur condition de cancres. Jusqu’à ce qu’un prof étonnamment plus attentif que d’autres (formidable Christophe Bourseiller qui a bien joué les cancres dans sa jeunesse…) s’aperçoive lors d’un exercice d’une belle finesse que Stella est vibrante, intelligente, réfléchie et hyper sensible. C’est très beau. Tout d’ailleurs est très beau et très dur dans ce film d’une pertinence et d’une authenticité sidérantes. Il ne s’agit pas tant de la reconstitution une nouvelle fois parfaite d’une époque mais de tout un ensemble qui fera que tous ceux qui étaient adolescents à cette époque vont se retrouver immanquablement en Stella car tout y est juste et finement observé. Si les fillettes de l’époque accrochaient des photos d’Alain Delon dans leur chambre et passaient de longues heures alanguies ou révoltées à écouter des 33 tours, le culte du physique et la dictature de l’apparence n’étaient pas encore d’actualité, il fallait s’occuper, faire ses devoirs, montrer son bulletin aux parents qui ne s’occupaient pas de vous aider mais se contentaient de vous dire de travailler « c’est pour toi que je dis ça ! » et bien souvent comme Stella comprendre toute seule quels adultes étaient dignes de confiance et ceux dont il fallait se méfier.
Cette histoire et ce film sont à la fois bouleversants et plein d’espoir et le casting est étourdissant d’authenticité, empli d’acteurs aux rôles souvent border line. Je n’ajouterai rien à la prestation sans artifice de Guillaume Depardieu. Benjamin Biolay au bord du précipice mais affectueux avec sa fille est magnifique, Karole Rocher est une mère aimante, un peu vulgaire mais touchante parce que totalement perdue et malheureuse. Tous les autres sont dans le ton et la petite Léora Barbara est extraordinaire.
Et bravo mille fois à Sylvie Verheyde pour ce film fort, bouleversant, sincère.
Précipitez-vous !
09:37 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : stella, cinéma
