dimanche, 27 janvier 2008
Sweeney Todd –The demon barber of Fleet Street de Tim Burton ****


Benjamin Parker, barbier sans histoire, amoureux fou de sa jolie femme blonde et tout émerveillé par son joli bébé blond, est injustement condamné et emprisonné par le vilain Juge Turpin jaloux de ce bonheur. Quinze ans plus tard, Benjamin revient éperdu de vengeance. Il change de nom, devient Sweeney Todd, retrouve son échoppe et s’associe à Nellie Lovett, étrange boulangère qui confectionne les tourtes les plus infectes de Londres.
L’histoire tient en un mot : VENGEANCE, et Tim Burton l’étire sur deux heures d’en-chantement baroco-gothique étourdissant, visuellement splendide. Dès le générique, on est dans l’ambiance : c’est sombre et ça va saigner. Rapidement on se souvient que Johnny Depp a été Edward aux mains d’argent en d’autres temps et qu’il s’en souvient lui aussi, même si cette fois il joue de la lame de façon diabolique et malsaine. Sweeney est l’exact opposé d’Edward, son dark side, sa version funèbre et démoniaque. Alors qu’Edward s’excusait, tout penaud en présentant ses ciseaux : « je ne suis pas fini », Sweeney affirme en présentant ses mains armées de rasoir : « voilà enfin que mes bras sont complets ! ».
Avant d’en arriver à sa vengeance proprement dite, qui ne doit s’exercer que sur le juge et son bailli, Sweeney polit son bistouri dans la gorge de nombreux innocents (attention ça gicle rouge vif, fort et beaucoup...). Il le fait sans le moindre état d’âme, encouragé par son amoureuse complice qui passe les victimes dans un hachoir géant avant de les inclure à ses tourtes qui deviennent les plus appréciées de la ville. Elle le dédouane encore en lui affirmant : « vous ne tuez que des étrangers ! Personne ne peut les regretter ! ». A-t-il une âme d’ailleurs, a-t-il encore des sentiments, ce monstre, ce bourreau dont la caractéristique est qu’il en arrive à oublier le but ultime de son action, la vengeance, en prenant goût incontestablement à son nouveau job ? Sa minutie, le soin zélé et sadique qu’il prend à son nouvel emploi d’égorgeur public le conduit même à commettre d’irréparables fautes. Cet opéra meurtrier et sanguinaire n’empêche pas Nellie de rêver d’une vie respectable où son tueur et elle couleraient des jours heureux. Cette rêverie permet à Tim Burton d’abandonner un temps son univers lugubre et verdâtre aux couleurs désaturées (magnifiques) pour nous offrir une incursion dans un monde digne de Walt Disney tout en rose et paillettes où Sweeney s’étiole, rongé par sa vengeance inassouvie. Très drôle.
Les acteurs du film poussent tous la chansonnette, Jonnhy Depp et Helena Bonham Carter (son double féminin), plus pâles que des morts vivants... le font très bien et la musique tonitrue toujours à bon escient. Alors comment expliquer qu’un film musical ressemble tant à un film muet ? Parce que... Johnny Depp justement, Johnny Depp encore et toujours, qui ne se contente jamais d’être là où on l’attend mais qui mène l’outrance ou l’introversion à leur paroxysme. Moins il y a de dialogues mieux il se porte et on le comprend. Les expressions de son visage à transformation sont des tirades, des répliques, des monologues. Avec un personnage de monstre, impénétrable et taciturne il parvient une fois encore à capturer l’écran qu’il occupe avec simplicité, sobriété et voracité. C’est à n’y rien comprendre mais c’est ainsi, Tim Depp et Johnny Burton et réciproquement savent exactement où et comment nous embarquer.
Merci ! Encore !



11:00 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : sweeney todd the demon barber of fleet street, johnny depp, tim burton, cinéma
Commentaires
Écrit par : moonlight | vendredi, 25 janvier 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @Moonlight | samedi, 26 janvier 2008
Répondre à ce commentaireet quand on connaît son incommensurable talent, ce n'est pas peu dire !!!
Écrit par : Nico2312 | samedi, 26 janvier 2008
Répondre à ce commentaireCette fois ci je ne pouvais pas trouver de prétexte: le dernier Burton, il me le fallait!
J'ai été à la fois aussi émerveillé que toi et j'y ai vu les mêmes clins d'oeil que les fans pures et dures que nous sommes aux burton d'avant...mais j'ai eu du mal avec l'amoralité de cette fable. Je sais que le message est moins important que l'esthétique, le jeu des acteurs...mais je ne me suis pas laissée porter aussi facilement qu'avant.
Cependant, vu que c'est quand même johnny depp, tim burton, helena bonham carter, londres et un film musical, je ne pouvais qu'aimer...
Écrit par : emy | samedi, 26 janvier 2008
Répondre à ce commentaireContrairement à emy (que j'adore elle le sait même si je ne mets pas de com's chez elle), je ne te remercie pas.
C'était mon quart d'heure d'aigreur contre le mauvais goût absolu que je trouve ici.
heureusement, emy ELLE a eu du mal avec l'amoralité de cette fable. De cette fable ????? vous appelez ça une fable vous, le déchaînement sanguinolent d'un fou furieux !!!
Écrit par : splitch | samedi, 26 janvier 2008
Répondre à ce commentairec'est Tim Burton, qu'on te dit !
bon…
laisse, tu peux pas comprendre.
Écrit par : Agla | dimanche, 27 janvier 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ed | dimanche, 27 janvier 2008
Répondre à ce commentaireEmy : toute excusée... c'est dur de parler de films qu'on n'a pas vus mais merci de me lire !
Cette fois Burton ne parle plus d'une victime mais d'un bourreau. y'a plus d'espoir dans ce bas monde va !
Splitch : merci pour ce commentaire très à propos et très rafraîchissant.
Désolée de te filer des aigreurs... mais que tu en profites pour déclarer ta flamme à Emy, finalement ton passage n'est pas inutile !
J'ai parlé de fable ???
Écrit par : @Nico@Emy@Splitch | dimanche, 27 janvier 2008
Répondre à ce commentaireLaisse béton la timbrée, les vieilles filles parfois ont des aigreurs, faut les laisser s'exprimer... et puis t'sais bien que Tim Burton, elle croit que c'est une marque de chaussettes !!!
Écrit par : @Gla | dimanche, 27 janvier 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : jibouille | dimanche, 27 janvier 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @Jigouille | lundi, 28 janvier 2008
Répondre à ce commentaireCette histoire de folie meurtière due à la vengeance à finalement une morale que tu as eu le bon goût, comme à ton habitude de ne pas dévoiler. Et je m'en félicite....
Après les tourtes aux bouts de doigts, c'est les tourtes à la crème ici bas.
Fais gaffe l'entourtrage te guette.
Écrit par : hervé | lundi, 28 janvier 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @hervé | lundi, 28 janvier 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : nath | lundi, 04 février 2008
Répondre à ce commentairemais un détail m'a frappée, gênée, ou à vrai dire, m'a glacé le sang.
la chute des corps.
la gestuelle, lourde et désarticulée, les bruits d'os fracassés, de crânes explosant comme des pastèques… tout a été mis en scène avec une précision chirurgicale.
j'ai pas souvenir de quelque chose d'aussi réaliste dans ses films.
et ça m'a perturbée.
c'est peut-être un tournant dans sa façon de filmer… to be continued !
Écrit par : Agla | vendredi, 07 mars 2008
Répondre à ce commentaireBen c'est peut-être qu'il a fini de croire au Père Noël le Tim et qu'il vieillit !!! J'dis ça, j'dis rien !
Écrit par : @Gla | vendredi, 07 mars 2008
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